L'HOMME QUI ACHETAIT LES RÊVES PAGES DES LIBRAIRES Manouvrier est un vieux type qui vit à deux doigts de la clochardisation dans un appentis de dix mètres carrés. Il a vécu, bien vécu, sans trop d'ambitions cependant, et il se retrouve là, heureux à ne s'occuper que de mycologie, de sorcellerie et d'écriture (ses écrits sont très brefs, toujours plus, soumis à l'exigence d'une règle intransigeante). Toutefois, la matière de ses écrits est plus que vaporeuse puisque composée de ses rêves… Et qaund la source vient à se tarir, il n'a d'autre solution que d'aller négocier les rêves des autres avec la senora Doutora, plantureuse psychothérapeuthe brésilienne assez peu à cheval sur la réserve classiquement attendue de sa corporation; Tout aurait pu continuer aussi simplement si le pharmacien, ami de Manouvrier, n'était venu s'ouvrir à lui de quelque problème extra-conjugal. Sous le couvert d'une aimable histoire avec ce qu'il faut de légèreté et de drames ridiculement provinciaux, Michel Arrivé, en grammairien doublé d'un spécialiste de Jarry, cisèle un roman d'une perfection d'écriture rare et bourré d'humour. Michel EDDO L'AGREGATION Un bon lecteur de roman, disait Nabokov, doit savoir « caresser les détails. », car c’est dans les plis et les replis du texte que se cache l’essentiel. Un nom de lieu, un patronyme, un effet de réel en trompe-l’œil, une ironie sous-jacente, un mot de lexique oublié et qui soudain renaît sous la baguette du magicien. Le septième roman de notre collègue Michel Arrivé remplit, à cet égard, toutes ses promesses (and much much more…) L’action se passe d’août 1982 à août 1983 à Vendeuvre-sur-Barse, c’est-à-dire au diable vauvert, au cœur de la Champagne humide et dans une France rurale qui se meurt (les pleins et les déliés, les espadrilles, les lignes secondaires de la SNCF, le franc français, les bouilleurs de cru et les bons légumes achèvent d’agoniser dans quelques oasis archaïsantes, où l’on dit encore « 6 heures de relevée » pour « 6 heures de l’après-midi). Michel RENOUARD CORRESPONDANCIER DU COLLÈGE DE ‘PATAPHYSIQUE Acheter des rêves Kubla Khan et Olalla (que traduisit Jarry) sont parmi les plus célèbres œuvres écrites à partir de rêves. Mais l’onirographe qui ne rêve plus? Il ne lui reste plus qu’à acheter des rêves à une psychothérapeute peu scrupuleuse, prête, malgré ses protestations déontologiques, à vendre ceux que lui ont confiés ses patients.
Michel ARRIVÉ
(Janvier2012)
Librairie Lucioles, Vienne
(Mars 2012)
Deux habitants tiennent leur journal. Le premier est Rémy Manouvrier, un autochtone, qui vit d’une petite pension d’invalidité, jadis contraint de quitter l’École normale pour mener une vie de labeur. Le quinquagénaire a cependant quelques cordes à son arc : il aime le latin et l’Égypte, a des champignons une connaissance intime et se croit capable de tuer ses ennemis (les instituteurs qui ont pris la place qui lui revenait) par le feu de son seul regard, accompagné d’une formule cabalistique. Le second diariste est une de ses voisines, une certaine Lucrecia, surnommée la Doutora, psychothérapeute brésilienne à la forte libido mais élevée par des nonnes, qui a dû se séparer d’un mari recyclé à Sodome. Cette femme s’est créé une philosophie personnelle où se mélangent la religion baptiste, le candomblé du Matto-Grosso et les œuvres de Lacan et Sigmundo (sic) Freud. Son discours puritain ne l’empêche pas de se livrer sans déplaisir aux « assauts impies » des hommes, mais pour la bonne cause, la guérison de ses patients.
Or, Manouvrier, qui prépare un mystérieux manuscrit sur le rêve, décide d’acheter à Lucrecia les songes de ses clients (au tarif de 11 francs l’unité)… De son côté, le pharmacien Delamain qui rêve d’une carrière politique, fornique avec une jeunette ce qu’apprend la Brésilienne, laquelle, y voyant une source de revenus, se livre sur lui à un chantage… Le roman comporte aussi un narrateur, et il y a même, pour faire bonne mesure, une « note de l’éditeur » en bas de page. Se croisent, bien sûr, devant la gare, au marché ou au café, divers autres personnages, comme « l’Alfred », « la Julie Coulon », « le Gros Léon » ou l’évêque qui réussit « à faire entendre les majuscules ». Un vrai roman, qui se déguste en ronronnant, un verre de champagne à la main.
Les lecteurs du Correspondancier n° 16 ont pu constater que Vendeuvre-sur-Barse, dans l’Aube, y avait été immortalisée comme capitale de la «Sainteterie», cette manufacture qui avait industrailisé l’iconographie des élus.
La religion n’est pas absente du dernier roman du Régent Michel Arrivé, sous la forme de l’Eglise baptiste du Brésil. Ni l’art, représenté par un nouveau mode d’expression (ou plutôt d’impression) qui laisse loin derrière lui le sulpicien le plus pompier comme l’art conceptuel le plus avant-gardiste. Il s’agit de la sculpture sur tongs: nous voulons parler de ces chaussures, ultrasimplifiées que le héros du roman transforme patiemment en œuvres qu’il faut bien appeler «d’art», puisqu’elles sont encadrées. «Performance» originale dont les célèbres «anthropométries» d’Yves Kein n’étaient une approche grossière. Le journal et la biographie de cet artiste brut le père Manouvrier se croisent avec ceux de la Senhora Doutora, maîtresse chanteuse dans tous les sens de l’expression. Tout finira par un bon plat de cèpes farcis. La science mycologique, très bien exposée dès l’ouverture du roman, s’avère plus efficace que le jet de sorts, dont l’apparente scientificité ne résiste pas à l’expérimentation. Tant il est vrai que seule la science du particulier permet de distinguer Lepioda helveole et la grande courtemelle. Comme la bonne ivraie, suivant la formule du docteur Sandomir.
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