Milieux | La Totalité | Pays/paysages | La compagnie du paysage |
| Époques | | La chose publique | L'or d'Atalante | Détours | Recueil |
| L'esprit libre | Des villes | XIXe | Champ poétique | Revue Le Nouveau Recueil | Revue Recueil | Divers


ACCUEIL

Collection DÉTOURS

Gabriel BERGOUNIOUX Il y a un

(roman)

«Combien auront grandi, seuls face à leur mère ? Les pères étaient au front depuis si longtemps qu'ils ont fini par oublier leur vie avant. L'enfant ne voit pas comment il serait appelé quand sa classe sera enrôlée. Pourtant, on l'affecte comme les autres ; il va rejoindre la flotte qu'on arme pour une expédition. Il y a un tel besoin de techniciens qui maintiendront la communication à distance. Le récit se termine en haute mer puisque le reste (les hommes en armes et les murailles), on l'a raconté.»

un volume 14 x 22 de 256 pages,
ISBN 2.87673.387.0, 2004, 18 euros

Avant la guerre. La déclaration de guerre. La guerre, et encore la guerre. Un tout jeune garçon parle de sa vie dans une ville de province. Il se souvient de son père, du matin où il est parti, de l’appartement où ils ont vécu. Il grandit. Il décrit les rationnements, cet emploi à domicile que sa mère a dû accepter, les alertes, les campements d’immigrés, la formation militaire au lycée, les mutilés qui reviennent détruits des combats, les annonces du journal télévisé et les reportages. Ce sont, à travers les espérances et les blessures d’un enfant, des chroniques martiales et on doute.
Vraiment, ce conflit planétaire, il existe ou bien la population est la victime d’une gigantesque machination politico-policière ? Ils ont trouvé le moyen de la mater. Ils lui imposent un travail épuisant et des conditions de vie misérables.
À moins que la guerre ne soit finie depuis longtemps, à l’avantage de l’ennemi. Ils asservissent le pays par cette diversion. Ils mettent en scène des batailles qui n’ont pas eu lieu. Ils accaparent la main d’œuvre et l’essentiel de la production sous couvert d’un effort de défense qui se prolonge, indéfiniment.
Certains indices le laissent penser, mais tout autant le narrateur pourrait n’être qu’un fabulateur. Il trouve de l’apaisement dans un mythe belliqueux qui réinterprète le divorce de ses parents, la misère, les privations et surtout qu’il est seul, dans le noir.
Pour ce qu’il connaît du monde, celui qui raconte. Il est aveugle. Non, il ne le dit pas, on le sait. Avec ce qu’il entend, il fabrique les images d’un rêve. Plus de frontière entre les affabulations du gosse et un roman d’adulte. Et puis, sans ami à qui se confier – même en imagination –, à qui il parle ?
L’épreuve de vérité survient quand, contre toute attente, il est mobilisé. Malgré son infirmité, en dépit des démarches intentées par sa mère, il se retrouve opérateur-radio sur un navire de combat destiné à renforcer le blocus d’une cité portuaire. Le récit se termine là.

À cet aveugle en guerre, mythomane devenu l’improbable messager des guerriers, il reviendra de donner sa version du siège. C’est Troie, ainsi que le laisse à entendre Il y a un que suit l’il-y-a-deux d’Iliade. Voici donc la jeunesse de celui qui a chanté la légende des hommes et des armes sous les murailles.

Lire un extrait
Voir des extraits de presse

Il y a de
roman

« On avait déballé, déployé les lances, préparé les chaloupes, armé les batteries, sorti n’importe quoi dans l’urgence, partout, sur le pont, aussi sec nous retomber dessus : Ce que c’est que ce foutoir que vous vous croyez où ? Le navire impeccable, tout de suite. Ça se relâche. Nettoyer du matin au soir, et aussi la tenue, vérifier le pli du pantalon et la ganse, les manches, les coudes, lève les bras. Inspection sur inspection, à peine sortis d’une qu’ils annoncent la suivante : Garde-à-vous, sur trois rangs, présentez le paquetage, disposez devant vous l’ensemble des effets dans l’ordre conformément à leur disposition apprise durant l’instruction, remettre, déplier, replier. Toi, fais voir comment t’as en dessous dans le sac. Et tondus toutes les semaines. On a dit : Impeccables »

 A la désorganisation sociale enrayée par la déclaration de la guerre et à une enfance dans un pays engagé dans un interminable conflit que mettait en scène Il y a un, succède Il y a de, le terrible huis clos d’un vaisseau solitaire participant à distance au blocus d’une citadelle mystérieuse.
Un équipage affecté à une mission de surveillance d’autant moins convaincante que l’objectif n’est pas en vue et qu’il n’y a jamais de confrontation avec l’ennemi, une totale et incompréhensible absence des officiers, des caïds qui prennent le commandement, déclenchant en retour une résistance des matelots qui annonce une mutinerie… c’est, en un temps désocialisé, la cohésion même du vaisseau qui ne tient plus.
A la fin, dans les rétractations des sollicitations du monde extérieur, il ne reste plus de place que pour une épopée à la taille d’un cuirassé hors d’âge et la liste infinie des exactions à l’encontre de ceux qui, comme le narrateur aveugle affecté aux liaisons radio, ne peuvent s’adapter à un univers où la survie est devenue précaire…

un volume 12 x 19 de 256 pages,
ISBN 2.87673.444.3, 2006, 18 euros

Lire le début
Voir des extraits de presse


Gabriel Bergounioux est né en 1954 à Brive. Docteur en linguistique, il enseigne à l’Université d’Orléans.

Éditions Champ Vallon
F 01420 Seyssel
Tél. 04 50 56 15 51 Fax 04 50 56 15 64