EXTRAITS DE PRESSE
(4 septembre 2003) LA PETITE REINE EST MORTE Est-il indispensable de comprendre ce quon aime? On peut aimer sans comprendre, on ne peut guère aimer sans chercher à comprendre. On da pas tout compris de ce premier roman quon aime sans beaucoup de réserve, dont on admire l'écriture sans barguigner. On n'a pas compris pourquoi une langue si précise, si construite, tant coulée dans la respiration naturelle du geste d'écrire, dans la communion devinée, pressentie, espérée, du geste de lire, pourquoi cette langue sembarrasse de coquetteries typographiques comme l'absence d'un point en fin de chapitre, d'une capitale en début de paragraphe, ou l'insistance de trop longs blancs entre cer tains mots. La maîtrise que Thierry Hesse a de son style et de son livre le dispensera de nous envoyer d'autres signes que sa seule et belle écriture. Elle impose le silence par ses mots, par l'ombre portée de la douleur ou de l'ennui, par le souffle quelle coupe au lecteur, elle découpe l'espace de la page par son seul rythme, le saut des phrases, le sursaut des paragraphes, elle marche sans béquilles et peut les déposer. * TÉLÉRAMA DU 16 SEPTEMBRE 2003
Thierrry HESSE
Le cimetière américain
(roman)
Dans les Vosges en 1983, on retrouve le cadavre dune adolescente, mais cest toute la vallée qui est morte et enterrée.
On ne comprend pas le titre le Cimetière aaméricain, on le comprendra plus tard, à la toute fin, cette courte cinquième partie dite des Trois cimetières, dont l'un est américain, sans savoir pourquoi nous y voilà rendu, sans ressentir "l'éblouissement" promis par léditeur sur la quatrième page de couverture. Mais, cette fois, la faute nous appartient, ces quelques pages sur le cimetière américain sont de la même eau que toutes les autres, elles ont forcément leur place ici puisquelles y sont, couleurs montées en haut d'un mat. Tout le reste coule en nous comme une perfusion nécessaire, avec le picotement de l'aiguille quon nattend pas dans le creux du bras, avec la lenteur goutte à goutte d'un supplice chinois, avec les bulles d'air hésitantes dans le cathéter, et la peur quon a que le sang donné dans une page nous soit repris dans l'autre. Nous sommes dans une vallée désolée des Vosges entre 1983 et aujourd'hui, de plus loin encore pour quon sache ce qui la désole: la fermeture des fabriques, la fin d'un monde. Le livre dit l'histoire de Reine, une jeune adolescente enfuie et disparue, et retrouvée morte. Enterrée, déterrée, enterrée encore, comme si on pouvait épouser ume terre, s'en séparer et se remettre ensemble. Le livre dit beaucoup plus que l'histoire de Reine. Il reconstitue un puzzle dont les pièces ne jointent pas, il ne les dit pas dans l'ordre, en tout pas dans l'ordre du temps mais dans l'ordre du livre, un ordre impérieux, imposé par le poids des morceaux quon ne saurait remettre ensemble tant les choses sont définitivement détruites. Lespérance est détruite. Reine est morte il y a plus de quinze ans, les survivants ne vont guère mieux. Un autre est mort assassiné, dans des circonstances qui ressemblent à un autre fait divers dont on se souvient dans une vallée des Vosges, initiale "V.", comme ici, la ville sappelle Raze, capitale de l'ennui et de grandes douleurs. La seule distraction du lieu était le travail. Le travail y a été confisqué. La vie meurt. Reine ne sera jamais :shampouineuse. Thierry Hesse dit le malheur dattendre lorsquil y a si peu à espérer.
JEAN-BAPTISTE HARANG



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