Dans Livres Hebdo (19 novembre 2010) L’amour au temps du TGV Grand éclectique, l'excellent Jean-Pierre Martin est à la fois universitaire, biographe de Michaux (chez Gallimard en 2003), essayiste anti-célinien (chez Corti en 1997) et romancier peu conventionnel. On ne s'étonnera donc pas de le voir cette fois nous embarquer à sa suite dans un drôle de TGV, machine emballée de l'amour fou, dont un simple trajet nourri de tous les hasards peut décider d'une multitude de destins. Martin lui-même, professeur de littérature contemporaine à Lyon-Il, paye à la fin de sa personne, en passager-narrateur qui avoue aimer écrire dans les trains. J.-C. P. Au train où vont les choses, un jour les choses iront au train, et il en passe des choses et des gens dans les trains : prenez la voiture 16 du TGV 9864, le Nice-Bruxelles, un jour comme un autre. Un peu plus de deux cents pages pour un bon millier de kilomètres, de la Très Grande Virtuosité. Le lecteur embarque à Marseille, le temps que Sébastien Fernandez, le conducteur, arpente le quai d'un bout à l'autre pour changer de poste de pilotage, prendre la queue pour tête puisque Saint-Charles est une gare de butoirs et qu'il faut repartir à contresens. C'est son quatre cent cinquième voyage, il aime son métier, sa machine, il l'appelle Alice. Parfois Alice prend la parole, cela surprend, mais elle garde la tête froide. L'auteur, lui, a dû monter à Nice, il voit dès les premières lignes les choses de sa place, les choses et les gens, il leur donne des prénoms qu'il finira par apprendre, Enzo, Rachel, Sandra, ou des titres provisoires, la psychanalyste de la voiture 16, la mère du beau jeune homme brun, l'ethnologue du proche. Jean-Baptiste Harang Transports amoureux C'est quoi ça, l'amour ? Là, maintenant, de nos jours, quand tout se presse, se compresse, à très grande vitesse ? A l'heure du TGV, par exemple. Parfois, ils sont à l'heure, les TGV. S'ils ne le sont pas, c'est encore mieux. Ça laisse de la marge pour le batifolage et autres surprises agréables. Comme ce roman, bijou d'humour et de finesse, de pure élégance, judicieusement intitulé Les Liaisons ferroviaires. Pierre Choderlos de Laclos peut frémir dans sa tombe ou se rendormir sur ses Liaisons dangereuses. Il vient de se faire doubler par Jean-Pierre Martin, essayiste très -sérieux et écrivain très taquin, qui sonde tout en s'amusant ce qui, depuis le commencement du premier jour, fait chavirer l'humanité : l'amour, l'amour, encore et toujours. Martine Laval Dans Confitures de lecture (28 février 2011) Deeeeemandez les bonnes lectures… On ne sait plus où donner des yeux tant il paraît de bons livres, qui ne sont pas nécessairement ceux dont on parle le plus. Trois lus récemment, dans trois genres très différents. Ceux qui aiment prendront le train Insaisissable Jean-Pierre Martin qui, après nous avoir donné un très sérieux essai sur les vertus de l'apostasie, revient avec un court roman jubilatoire sur Les Liaisons ferroviaires que nouent les passagers d'un train de Nice-Bruxelles. Un livre enlevé, pétillant d'intelligence et d'humour, où l'on voit défiler une galerie de personnages hauts en couleur et finement tracés. Parmi eux, une universitaires, un jeune saxophoniste, une psychiatre esseulée, un sociologue venu d'Ardèche, mais aussi l'écrivain (Jean-Pierre Martin lui-même?), qui profite de son voyage pour écrire un roman sur la séduction. «En d'autres termes, sur la drague. Ou encore, d'une certaine façon, sur l'amour. L'amour au sens très large du terme. L'attention à l'autre. La charité libidinale.» Léger, drôle, parfois vaudevillesque, ce roman évolue petit à petit vers une interrogation plus profonde sur nos mœurs contemporaines, comme si la pratique de l'amour et la cour était à elle seule un baromètre de nos sociétés et du monde dans lequel on vit. Une ode à l'amour courtois, à la relation humaine, à l'attrait des corps et des esprits, à une époque où tout est vitesse, y compris le langage et le voyage. Il semblerait qu'au temps des TGV et des téléphones portables, l'amour soit toujours aussi compliqué. Et cela nous a tout l'air d'être une bonne nouvelle… Y.N. Dans Le Matricule des anges (mars 2011) Dans la voiture 16 du TGV 9864 NiceBruxelles, Étienne Montgolfier, adepte d'une approche éthologique des comportements sexuels, observe les micro-stratégies libidinales d'un échantillon de séducteurs de tout poil. Un voyage à 300 km/h à bord d'une «grande écurie ferroviaire», avec ses allées et venues, ses arrêts en gare et son équipage engageant, voire égrillard, est l'occasion rêvée de saisir les prémices d'une aventure érotique ou amoureuse. Essayiste et romancier, Jean-Pierre Martin semble avoir pris un malin plaisir à enfermer ses cobayes de papier dans le wagon d'un train polyglotte et cosmopolite qui, prosopopée faisant, avoue être une « chaude partisane du contact humain». Par l'entrecroisement des monologues d'un chapelet de passagers, Les Liaisons ferroviaires esquisse un facétieux madrigal à l'ère du speed dating, de Meerie, d'Easyflirt et de chichou. eom. Jérôme Goude A.F.
Jean-Pierre MARTIN
Les liaisons ferroviaires
par Jean-Claude Perrier
Un roman à sketchs, une mini-comédie humaine, un régal.
Dans ce train-là, donc, le Nice-Bruxelles 9864 qui cause lui-même sous le nom d'Alice , il y a d'abord des gens qui travaillent. Comme Julien, le freudien, contrôleur cultivé et charmeur qui ressemble à Lambert Wilson. Sa collègue Emilie, qui ressemble à Audrey Tautou. Ou encore Wassim, le steward, « beurlover», beau gosse et intello, dont on apprendra, au fil de son récit, que, parfaitement intégré, il est athée, et à la fois musulman et juif!
Et il y a aussi des passagers, très nombreux, dont certains se font remarquer d'une façon ou d'une autre, jusqu'à devenir personnages chez Martin: Sam, le prédateur, entraîneur portugais d'un club de foot vietnamien, qui ne peut pas s'empêcher de draguer; Etienne Montgolfier, l'Ardéchois, «sociologue de la sexualité» ou « ethnologue du proche», en fait un voyeur, sous prétexte de réaliser une étude sur les amours ferroviaires; Laurence Fisher, la psy délaissée, qui exercera son art à la voiture-bar sur un CRS dépressif; Rachel Saxod, sa patiente, universitaire (et même «dix-septièmiste »), qui craque pour le jeune Enzo, saxophoniste de jazz particulièrement timide. Après Roissy, voyant que rien ne vient, c'est elle qui ira lui proposer: « Je vous offre un café?» S'ensuivront une longue conversation, puis un échange de numéros de portables et peut-être un revoir parisien, une idylle… Sait-on jamais?
Jean-Pierre Martin, conducteur tout-puissant de ce TGV romanesque où tout le monde joue un rôle, une partition (qu'on se rassure, le vrai conducteur s'exprime aussi dans l'histoire), a composé un petit bijou d'humour et de tendresse. Un roman à sketchs à base de monologues intérieurs, de dialogues et d'historiettes racontées par leurs différents protagonistes ou témoins, chacun selon son point de vue ou d'ouïe, et en toute subjectivité.
Au passage, on assiste à un remake désopilani des Lettres de la religieuse portugaise par Rachel, qui adapte le texte de 1668 en français très contemporain, et en résume ainsi l'argument: c'est l'histoire d'une cruche et d'un blaireau. Décidément, ce professeur Martin est un écrivain épatant.
Non, lui, on le connaît, l'ethnologue du proche, il s'appelle Étienne Mongoifler, on le prend pour l'auteur du livre, c'est son dix-huitième trajet, toujours dans la même voiture, il distribue des questionnaires, il s'intéresse aux relations sexuelles, il voudrait bien comprendre pourquoi les hommes sont des animaux comme tout le monde et semblent l'ignorer. C'est un scientifique. Alors, il observe, il écoute, donne des prénoms, identifie les dragueurs, se trompe. Ce n'est jamais le couple sur lequel il a misé qui s'enferme dans le coin nurserie tandis que les bébés s'abîment dans leurs couches. Mongolfier ne peut pas comprendre, avec ses théories à la noix...
Les autres sont moins professionnels, ils voient bien que le contrôleur ressemble à un acteur mais confondent Lambert Wilson avec Daniel Auteuil, sacré bavard, le contrôleur, et féru de psychanalyse, oui, parce que en fin de compte la psy s'appelle Laurence Fisher, elle est assise à côté d'un type qui lui rappelle Sami Frey, mais c'est le contrôleur qui lui tient la dragée haute. Le lecteur a tout faux, il le saura, vers la fin, grâce à «la passagère lilloise d'origine égyptienne », vous verrez bien. Son voisin est écrivain, elle est volubile, il se confie au point de lui lire le début de son livre «Je vibre à l'unisson de ce convoi humain, de ce grand corps imprévisible qui frémit de milliers de connexions secrètes, de sensations multipliées, d'infimes mouvements intérieurs. Et je sais que la séduction est toujours plus singulière et plus sublime que le sexe, que c'est à elle que nous attachons le plus de prix.» L'Égyptienne aime bien la dernière phrase. Faut dire que c'est plutôt mieux tourné que les élucubrations de Mongolfier, on dirait le début du formidable roman polyphonique de Jean-Pierre Martin, Les Liaisons ferroviaires. 
Dans la voiture 16 du Nice-Bruxelles, les désirs circulent à grande vitesse. Le roman taquin d'un essayiste pointu.
Le TGV est un prétexte. Il sied à merveille à un théâtre en miniature de notre monde contemporain. Unité de temps : le trajet Nice-Bruxelles, 7 heures 48 d'intimité chevronnée. Unité de lieu : train 9864, voiture 16 et quelques échappées vers le wagon-bar. Unité d'action : la séduction, ou la rencontre amoureuse, du regard au frôlement, de l'assaut à l'effacement. Attraction. Rétraction. L'alchimie des coeurs. La chimie des corps. Ici, ça cause flirt, badinage, béguin, tocade, drague et autres bagatelles sulfureuses. Jean-Pierre Martin folâtre avec ses personnages, les passagers de la voiture 16. Il leur invente un nom, une histoire, un métier, des tics, des désirs, des lassitudes, et les fait parler un à un. Astucieux, il a flanqué parmi eux un certain Etienne Montgolfier, « ethnologue du proche » (diantre !), sociologue de la sexualité, éminent directeur de laboratoire. Son dada : les hormones, les ondes, les fluides, le trafic des fantasmes.
Voiture 16, il est en plein boulot, il observe « le manège » entre les uns et les autres, interroge, note, analyse. Constatation. Déduction. Scientifique de haut vol, sans préjugés sur la « chose », il est catégorique : homme, animal, tous des bêtes. Il étaye son propos, s'emballe : « Il faudrait saisir de l'intérieur ce que ressent une écrevisse pendant une extase sexuelle qui, à ce qu'il paraît, dure vingt-quatre heures. » Certains ont de la chance.
Aux jeux de l'amour et du hasard, il y a le monsieur qui lit Les Echos, celui qui s'endort sur Bret Easton Ellis, la psychanalyste en rut, la championne de karaté endormie, le CRS mélancolique, le barman beur de service. Et le contrôleur - la gueule de Lambert Wilson, poète du rail et séducteur incorrigible, fier de son métier et passionné par... la passion : n'a-t-il pas en charge « le transport des corps et la circulation des désirs » ? TGV mon amour, ou le va-et-vient incessant des sentiments...
Jean-Pierre Martin, spécialiste d'Henri Michaux, a publié des ouvrages pointus : Le Livre des hontes et Eloge de l'apostat (éd. du Seuil, 2006 et 2010). Deux autres essais sont attendus en mars : Les Ecrivains face à la doxa. Essai sur le génie hérétique de la littérature (éd. José Corti) et Queneau losophe (éd. Gallimard). Avec ce roman, il s'adonne à une comédie de moeurs tamponnée d'ironie, tout en sympathie pour le genre humain. Il s'autorise de fausses vérités, « 27,4 % des contrôleurs sont des séducteurs », et de vraies convictions sur la littérature. Il égratigne certains livres, en loue d'autres, avec humour, sérénité - joyeuse insolence. « Je le câline, mon voyageur des Lettres », fait-il dire à l'un de ses employés du rail. Jean-Pierre Martin bichonne sa narration et embarque le lecteur pour une unique destination : le plaisir.
par Pierre Jourde sur son site de Nouvelobs.com
Un roman, pour commencer. Un roman drôle, réjouissant, brillant : Les liaisons ferroviaires, de Jean-Pierre Martin, aux éditions Champ Vallon. Pensées, regards, échanges entre les passagers d’une rame de TGV, qui s’observent, s’attirent, se désirent, se draguent. (Ça ressemble un peu à du Laclavetine, celui de Matins bleus notamment). Voilà un texte qui a cette vertu de légèreté vantée par Calvino (vertu que j’admire d’autant plus qu’elle demeure hélas hors de ma portée, je suis un mi-lourd incorrigible, en catégorie sportive comme en littérature). Pour autant, l’air de rien, sans avoir l’air d’y toucher, il dit beaucoup de choses, joue avec la psychanalyse, avec la sociologie. C’est un de ces livres allègres et piquants comme on savait en faire au XVIIIe siècle. 
par Jérôme Goude
Hors l'artefact redondant qui consiste à affubler la plupart des personnages d'un sosie de star et le sentiment que cette ingénieuse traversée aurait mérité plus de gauloiseries, le lecteur des Liaisons ferroviaires n'aura pas à regretter de ne pas être resté à quai. Entre les annonces excentriques d'un jeune steward, les approches balourdes d'un sérial-séductent, l'insistance d'un contrôleur auprès d'une analyste et, entre autres, les atermoiements d'un séduisant saxophoniste, Jean-Pierre Martin décoche des traits fulgurants. Ainsi, alors que le conducteur, véritable «poète du rail », est obnubilé par le tableau de bord d'Alice, un spécialiste de la «névrose du roulant» affirme que la «frigidité c'est quand la morale et la psychologie couchent ensemble». Ou bien, quand Etienne Montgolfìer médite sur la durée de l'orgasme sexuel de l'écrevisse, une dix-septiémiste maugrée contre la « cruauté pathétique des passionnés larmoyants, les sanglots longs des violons, les trémolos du flamenco ou du fado, la balalaïka», tout en pensant qu'elle intitulerait volontiers sa conférence sur les Lettres portugaises de Guilleragues «La cruche et le blaireau».
Des voyageurs livrés au jeu de la séduction et du hasard, et soumis aux lois de l’attraction. Réjouissant!
Il faut monter dare-dare dans le TGV 9864 qui relie Nice à Bruxelles. C'est dans ce train, tiré par une locomotive douée de parole et prénommée Alice, que Jean-Pierre Martin a situé l'action de son nouveau roman, Les liaisons ferroviaires. On croisera une foule de personnages tous plus ou moins à la recherche de l'amour. Installée à la place 78 de la voiture 16, Rachel Saxod est une «dixseptiémiste» rousse à la peau presque laiteuse qui ne veut plus de passion, juste que ce soit «aimant, pacifique». La voilà rapidement abordée par un dénommé Enzo Camon. Un type d'environ 40 ans qui évoque par son physique un danseur de tango, ne porte pas d'alliance, mais trimballe un étui à saxophone.
A bord, on trouve aussi Laurence Fischer, une psychanalyste qui a de nouveau envie de séduire. Ou Sébastien Fernandez, le conducteur qui fait corps avec sa machine. Cloîtré dans sa cabine «à tête de lézard», il ne perd jamais de vue le tableau de bord. Le steward de la voiture-bar, Wassim, cite volontiers Omar Khayyam et Raymond Queneau dans l'annonce qu'il destine à ses futurs clients. Quant au contrôleur qui ressemble à deux acteurs français connus, il ne peut s'empêcher de flatter les passagères qui lui plaisent!
N'oublions pas de mentionner la présence d'un jeune homme brun et d'une jeune fille blonde. D'une karatéka célèbre. D'un écrivain qui s'intéresse à la question de la séduction et aime écrire en direct. D'un «ethnologue du proche» ne perdant pas une miette du spectacle qui se joue sous ses yeux. On s'en doute, Jean-Pierre Martin n'a sans doute pas choisi pour rien un train dont le trajet est particulièrement long. Ce qui permet toutes sortes de rencontres à grande vitesse.…, et de «liaisons ferroviaires». Le romancier passe de l'un à l'autre de ses protagonistes avec aisance et verve. Il s'amuse de l'arbitraire des places attribuées, du rôle du hasard. Laisse s'engager les échanges et les conversations. Le lecteur, lui, termine le voyage absolument conquis. Assis à la place 48 de la voiture 16 d'un autre TGV, c'est bien simple, il n'a pas levé le nez de son livre de tout le voyage!
Éditions Champ Vallon
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