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La succession des mois en toile de fond, et le jardin en motif principal. Comment faire une danseuse avec un coquelicot est une chronique des travaux et des jours. De mars à juillet, s'y égrènent notés par une certaine Mona, mère d'un petit Jacob dévoreur de livres et de tartines de confiture, récits, portraits, contes, réflexions, souvenirs. C'est un journal de bord. Un pêle-mêle. Une manière d'herbier où toutes ces notations d'un temps qui passe, d'un temps passé, trouvent leur place. En son cur, à sa source, le jardin d'enfance. Au fil des pages, les autres, familiers et étrangers. Le sien comme ceux croisés au hasard des routes. Comment faire une danseuse
est un roman. C'est écrit sur la première de couverture. On n'aurait pas cru. Quelle importance, au fond, sa nature ? Par sa fraîcheur, son tonus, le choix qu'il fait du vivant, ce livre rend heureux. C'est là ce qui compte. Son charme. Sa séduction immédiate. Le plaisir vif et soutenu que sa lecture procure ; Dans la typologie horticole, ce livre serait un jardin de curé : le genre fouillis délicieux où se mêlent en harmonies et dissonances étudiées de multiples espèces, d'infinies couleurs et senteurs. Par-ci par-là, de naguère, parfois de jadis, et surtout de maintenant, lui viennent des rires, des chagrins, des nostalgies, des petits drames, de grandes joies. On y découvre une littérature qui a la main verte, et des jardins comme des livres. Se trament des complicités de générations. Filiation, transmission. Le passé, humus du présent. Le lecteur fait son miel d'histoires de chat qui fugue et qui revient, de lectures à voix haute le soir dans la chambre, de graine de courage. La cause des pavots, la loi du géranium, la jonquille en figure de la jeune fille, la malédiction des limaces... : histoires naturelles et humaines. C'est la leçon des choses. Celle de la vie. La vie qui va, qui farniente, qui court ou qui s'enfuit. Concise, elliptique, Mona Thomas sait l'attraper de ses mots toujours bien choisis, de ses phrases prestement tournées. Jamais elle ne la fige. Cette femme a le secret de la pulsation, du rythme, de la cadence et des ruptures orchestrés. Sa phrase court, rapide elle aussi. Respire, s'arrête, repart de plus belle. Souple, vive. Vivante. On y revient toujours : pour grandir, et pour vivre tout simplement, rien de mieux que des livres, de l'amour et un jardin. Qu'il faut cultiver, bien sûr.
Nelly Gabriel
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