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Collection RECUEIL
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Un extrait
Stéphane BOUQUET
Un monde existe
Poèmes
1. Rêve quun baiser à New York timidement savance
il le prend laccueille bouche ouverte, cest tellement ce quil veut for ages
Avoir la bouche pleine
Puis leur corps seront serrés lun contre lautre avec constance et avidité il demandera
timidement aussi
dans une langue qui nest pas sienne
en raison de circonstances adverses
fuck me
2. Lhomme bouge et ouvre les yeux
Cest encore un matin de vert
mais déjà de rouge et jauni
Bientôt il faudra se lever, ouvrir lenclos des poules, couper lherbe aux lapins, passer la main sous le cul des vaches
Pas encore. Pour linstant : profiter de la lumière ricochant sur la hampe où pend le drapeau national il ny a pas de vent
Jai servi, pense-t-il, il y a longtemps
uniforme et matricule
rasage chaque matin à lordre des chefs
Il bouge dans le lit lentement pour ne pas éveiller sa femme.
Rester seul dans la lumière croissante et le silence sauf les oiseaux mais ils ne sont pas un bruit
Depuis lenfance, les mêmes chants de matin, les mêmes races de chants mais certainement ce
sont les fils des fils combien vivent-ils
Deux ans / Trois ans au pire
Cinquante-cinq divisé par trois égale bientôt vingt
Des rouges-gorges issus de rouges-gorges issus de gorge rouge
Lhomme rêve à nouveau
Des choses arrivent
vers la lumière sur le drapeau
issues de lui
3. Connecticut muffin au coin de Prince & Elisabeth
LEtourdi or The Bungler, an early Molière comedy, his first in verse, NY Times, Tuesday, October 3, 2000
jignorais lexistence de ce titre le ciel est bleu mais il faut
tirer la tête en arrière
et juste à ce moment-là du vers le soleil franchit les étendues verticales en pierre & brique
encre un peu lombre des arbres feuilles fatiguées
éclaire le bitume appelé New York par le monde
et le pantalon fuschia triomphal de la femme quand je sors elle entre
4. Je promène les lambeaux qui sont moi
dans la rue les gens constitués
marchent cest New York que toutes les langues traduisent
le centre des choses et moi
il faut magripper au réverbère
résister à léparpillement de fontaine
qui aguette
tout se déchire déjà
derrière la surface de peau
5. Pourtant, ils ne cessent pas dexister
dans le district à flux tendu de la ville
où le ciel même nest pas gaspillé
Ils ont entouré leur calme de grilles
Le temps wheater and time a poncé les plaques
funèbres ils sont devenus personne
les premiers morts
les habitants de la continuité
les seuls avec qui je sais partager les mots
6. Au pied de Brooklyn Bridge en face Manhattan
le quartier sappelle Dumbo
down under Manhattan Bridge & over
une éclosion voilà le mot un uf se casse un étouffement cesse
il y a de lair lodeur est celle de la mer de lessence la lumière est grise-basse
à lhorizon des hauteurs dimmeubles
sous mes pieds le vert des prairies
là-bas un arbre se découpe dessous sassoient des mongoliens
les branches protègent
dun côté un long mur dusine brique salie fer rouillé du temps a passé depuis que les lieux ont servi
de lautre le ressac de lHudson river bientôt touchant locéan
dans le ciel les hélicos de la police les avions pour JFK ou La Guardia
à mi-distance du ciel et dici lincessant trafic automobile
Cela fait un monde auquel jappartiens
je ne dis pas jaurais pu si
je dis je suis sur cette terre
cest une origine possible
les bruits célèbrent la naissance
7. Lhomme lève la tête
il a semé quinze arpents de blé sans penser
mais quelque chose arrive quoi ? un ouragan ?
une tempête ? un vent violent vient dévaster son travail dhier et
daujourdhui ? ce nest pas cela
Le soleil est calme la lumière
arrose les champs les alimente
en futur
Lhomme le dîner la tête dressée vers lest et la nuit croît
Sa femme et son dernier fils répètent
plusieurs fois ça va
Il dit que oui chaque fois pourtant la terreur réside derrière ses dents
Le
fils la voit couler sur le menton de son père
La nuit est partout. La femme dort. Lhomme regarde la lune briller sur la hampe où pend le drapeau
Il murmure en se retournant lentement : cinquante-cinq ans né de eux-mêmes nés de eux- mêmes nés il remonte jusquà lIrlande
Cela ne le calme pas
on dirait quil sait quun malheur approche
tout droit de lest
8. Elégie à la mémoire de Randolph Vincent Rhea
Tu ne lattends plus maintenant impatiente tous les soirs à la sortie des cours
Tu ne guettes plus partout lannonce de soirées où vous serez
Ensemble.
Tu ne cours plus vers lui heureuse dans le parc de Fullerton ta robe blanche rayures roses celle quil préfère
Tu nespères plus son visage son sourire son odeur lui se tenant sans plus rien là-
Bas.
Tu nas jamais rendez-vous au diner
Des premières fois ni jamais tu ne longes la rivière vous visiez vos visages avec des cailloux
une fois tu las touché regarde Randy tu tes laissé glisser dans létoffe de létreinte
une main sest posée au point précis de lorigine de la
Bave du désir.
Lui aussi cétait la première fois
O
Randy.
Tu nattends plus avec peur des nouvelles
Tu ne vas désormais jamais dans le quartier de sa mère a-t-elle des nouvelles
Tu ne pleures plus tous les soirs et les jours tes amies ayant monté un comité de surveillance
de ta tristesse et taccompagnant
Mais ne taccompagnant pas jusquà la répétition de la solitude
Affolante
Cest un endroit où tu étais perdue.
Tu ne vas plus au cimetière en un quotidien pèlerinage
Tu as des enfants, un mari. Même tes parents ne sont pas encore morts. Tu te souviens parfois de ce premier visage
Pincée de nostalgie Mais
Est-ce lui que tu soupires ou léclat qui fut triomphal de toi
10 avril 1949 12 novembre 1969, Fullerton, Californie, panneau 16 ouest, ligne 66, mémorial des soldats morts du Viêt-nam
Éditions Champ Vallon
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