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Parce quils sont plus près des dieux, les animaux ignorent les commencements.
Jamais vraiment chassés du Paradis, nonchalamment ils errent parmi nous en cet Eden que peint parfois Bruegel, immense réserve animalière où les espèces vont tantôt dormant, tantôt broutant aux sublimes herbages.
Une histoire, donc, sans commencement. Quon lise. Quon ne lise pas. Hors de nous, loin de nous, en nous à notre insu, se redit luvre de sauvagerie. Et quand bien même nous croirions y mêler un peu de notre pouvoir sur les choses et les êtres, ce serait en pure perte. En pure perte de temps.
Que dheures, cependant, consumées à cette vaine équivalence daimer et de chasser! Que de pays courus à la traque du désir! On en revient tout autre: couturé déraflures, apaisé pour un temps, solitaire et muet. Le taillis est le seul lieu où lon aspire encore; leau des mares, le seul bien.
Créature détournée des hommes et nourrissant, à lécorce des arbres, la haine de leurs clairières, en toi que se célèbre lassomption de la parole. Quà tes buissons, tes étangs elle se trempe et rejaillisse inondée de semence.
Je parle de Cerf aux lyriques ramures. De cette peine à recréer chaque saison si hasardeux poème, et chaque fois plus beau.
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Il nest pour lhomme, à certaines époques de rage et de famine, que deux façons déchapper à lennui: la poursuite des bêtes et la caresse des femmes.
Lune et lautre tellement liées au même désir que leurs rites, infiniment complexes et dilatoires, finissent par présenter de fortes ressemblances. Les grands traités de vénerie côtoient les premiers romans damour.
Lhomme est au centre de ce cercle. Son appétit et son appel. Mais si tendu vers lune et lautre proies, si défait dimpatience, et lancé à cette courre sur les traces du vent, quil finit par disparaître: enseveli sous des branchages, au cur de maint taillis, ou étendu dans lherbe haute comme égaré au labyrinthe de cette homonymique cour qui, défiant sa hâte, le mène peu à peu vers lamante.
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On dit du cerf quà la saison du rut, sa vie nest plus quun abandon à la fureur: dans les sous-bois, on le voit qui soudain surgit tout essoufflé au terme de longues courses, puis insatiable saccager de ses bois le tronc des arbrisseaux, se ruer aux halliers, fouir le sol en geste de désespoir. Cest au même temps que lhomme lattend, et à la même clairière que, remâchant ses souffrances damant, il guette linstant de sa charge. Poursuite de labsente, désirable, fatale, biche ou proie, femme ou victime: ils mènent lun et lautre leur chasse; et ainsi se partage le territoire armé, touffu, hérissé des forêts où se rejoue le drame.
De lun et lautre, nous parlerons ici. De lhomme tapi et de la bête en rage. Et peut-être plus encore de cette illusoire femelle, vaine proie, bondissante parfois entraperçue dans un rai du couchant, si agile à la fuite et à céder si rare.
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