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Collection RECUEIL
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Un extrait
Christian DOUMET
Illettrés, durs d'oreille, malbâtis
poèmes
Époque de gel, de simple
Cest une époque de gel, de simple
Dhommes lointains et désertés dans leur mangeaille
Buté vieux bonze
Vieux Lustucru
Le temps, la nuit te tirent toi aussi par lestomac
Comme eux tu fais ta soupe, eaux bouillonnantes, racines
Et par les yeux du gras, tu vois, tu te vois
Tout épluchage, tout raclement
Tarabuster la couvaison
De ton bruit de termite
Buvant, broutant, tu ingurgites
Tout autour le brouillis monde ségalise et se reclôt
Solitaire chabrot solitaire ta solitude!
Le démon ventre-creux te laissera encore en paix ce soir
Puis les persiennes métalliques claquent dans le noir
Est-il parmi les ruines une mémoire capable de stopper cette artillerie?
Parmi les tristes semblables toits
Une religion pour entendre ce cri, cette piteuse résumation de lâge de fer?
Salut à lIllettré
Salut à lIllettré
De dos contre sa nuit
Salut aux buissons noirs, aux chevilles, aux chimères!
Dans un petit matin davril qui tient encore serré contre les pierres son roucoulement
Tu écoutes sans comprendre
Ne sachant lire un mot
Depuis quon ta coupé des océans
Cependant Femme la seule, debout déjà,
Glapit contre les dernières ombres elle na quun il
Tu fuis
La paix! La paix!
À linstant justement quavec les freux lancés en mottes sur le ciel clair
Tu rêvais à
Là-bas-les-vagues
Là-bas-le-vent
Et tout cet impossible à écrire autrement que deux pieds dans le rétréci
où tu pioches
Pitié de vie! Six heures! Croassement!
Elle te cherche assidue
Les feuilles du poirier sont assez larges pour te cacher
Pense à dautres qui sont restés
Ont pris racine, coutumés des femmes de là-bas, noires par dedans les mots que non plus elles ne savaient écrire
Mais noires vives
Cest aux volubilis maintenant que tu parles
Et de phrases qui foisonnent comme tu peux,
Semis, semences, lève la tête, regarde,
Lhorizon, ça radote
Dos au soleil, maintenant
Tu feras du journal un couvre-chef en forme de trois-mâts
Cest lheure du premier rouge celle aussi du dernier
Revenir au poirier, y rôder (les feuilles verdelettes)
Un arrosoir (vide), une corde à la main
À peine titubant cette fois
À peine balançant
Bientôt fixé, un peu raidi, menton cloué dans la poitrine, tête penchée
Environnée dencre, de mots et de soleil comme un rucher
Corde en cravate
Les pieds ballants
Salut à lIllettré!
Éditions Champ Vallon
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