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Collection RECUEIL
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L'extrait
Le sens constamment fuit les mots, comme les astres, Roseraie à louest où le soleil disparaît, Cest lheure du soir où la bécasse traverse Le jeune soleil est monté au ciel: archer
Robert MARTEAU
Louange
(pp. 7-11)
Leurs plumes noires à lherbe, courent au buis,
Dérangent le lierre et le laurier. Ils grattent
La terre froide, parfois lèvent le bec comme
Sils interrogeaient. Ils épluchent; ils surveillent
Le corbeau venu surmarcher leur territoire.
Mésanges et ramiers sonorisent lair. Leau
Demeure immobile et muette, étale en lauge
Où laile à peine suscite un reflet. Croasse
Haut un corvidé, au-delà des bouleaux blancs
Que les étourneaux saluent en séparpillant.
Il y a dans le jardin sans fleurs des statues
Qui regardent à linfini. Une mouette
Alerte les alentours à cause des ombres.
(Jardin du Luxembourg, lundi 1er janvier 1990.)
Selon linterprétation des télescopes,
Les uns les autres, et vers aucune limite,
Et sans que nous voyions sagrandir lintervalle,
Ni lespace augmenter, se dispersent, fuyant
Vers linfini linfinité des centres quils
Constituent. Alors, ou contre tout, sans pourtant
Contraindre lorigine au temps, ny aurait-il
Pas pour nous perte ou déperdition? Alors
Moins clairement nous pourrions lire et contempler
Le texte en premier lieu tissé; nous de nous-mêmes
Séloignerait, la dispersion éloignant
Les messagers, ajourant de confusion
Le message avant nous qui nous fut confié.
(Mercredi 3 janvier 1990.)
Les larmes quelle a sur le seuil longtemps versées,
Un temps viendra-t-il enfin qui les essuiera
Sur les yeux mêmes dont elles sont la rosée?
Alors lustré lami mort ressusciterait
Lui qui se savait vivant tout entier parcelle
Du Christ et qui le connut dans sa propre chair,
Par le procès et la crucifixion
Concluant le chemin de croix. Elle est venue,
Délia, au beau nom prédestiné à rompre
Les liens. On lui vit sur les lèvres la grâce
Presque inconnue au regard ailleurs quen peinture.
Elle était avec nous comme lune des dames
De la pietà exposée au Louvre et peinte
Par Enguerrand Quarton, peut-être, en Avignon.
(Mercredi 3 janvier 1990.)
Eclairant de biais la lune ainsi partagée.
Le calcaire est rose; un oiseau gravite au fond
De la concavité où les teintures laissent
Des traces. Il y fait clair encore entre larbre
Et leau, dans lentrelacs des brindilles, lesquelles,
Cloisonnant la lumière, intensifient les teintes.
La nuit vient comme dans la mer la seiche souffle
Son encre: alors naît Vénus pareille à la perle
Au creux du coquillage. On attend les étoiles.
Le saule chevelu sabîme au bout de lîle
A laplomb de la lune insolite au sommet
Du ciel où elle fait une flaque lactée
Exempte absolument de toute turbulence.
(Jeudi 4 janvier 1990.)
Dun vol sec entre ciel et sillon. Violette
Est lombre dans lalisier. Guêtres et velours,
Le chasseur attend linsolite écart et vise
La plume qui passe et sévanouit si vite
Quil ne tire pas. Ecoutant il sinterroge,
Calcule en son âme et conscience quel poids
Devant Dieu il peut bien faire, scrute la nuit
Maintenant close et sans étoile aucune ni
Lune. Leffraie écarte en senvolant des branches
Sans feuilles. Il ny a dautre horizon que poudre
Aveugle au ras des yeux. Il se souvient des noces;
Il entend sous le laurier bruire loiseau
Qui saccueille et côche à lheure de sanuiter.
(Mardi 16 janvier 1990.)
On la dit, archonte et conducteur de chevaux.
Eucharistique, il est en toute part le feu
Générateur, le soufre animant lâme, lor
Déjà, mais vif et comestible en quelque sorte,
Et potable: extrait du pommier vespéral qui
Ombrage le jardin quHéraclès visita;
Puis il périt dans la pourpre, imitant le Christ
Eternel quil devançait ici sur la terre
Et dans le temps. Je nai plus en mémoire toutes
Les stations, ni tous les épisodes, mais
Je me souviens de lessentiel, par quoi souvre
La voie au pied pèlerin: alors tu la vois
Naître et sépanouir, létoile convoitée.
(Jeudi 18 janvier 1990.)
Éditions Champ Vallon
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