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Collection RECUEIL
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L'extrait
* 31/12
Jude STEFAN
Le Sillographe
(Pp. 112-116)
«Ah oui, les Gens, parlons-en, eh bien je nen suis pas, des Gens, et dailleurs qui, les Gens? vous et moi! gens, la race humaine, gente dans trois langues latines, le oiJ povlloi des Grecs, le peuple, la foule, les 80% desclaves, à cause desquels on se tue, le commun, la majorité silencieuse, qui votent pour lUn par peur de lAutre, les éduqués à la famille, au travail et à la nation, les abonnés aux bonnes murs, qui comprennent lart cent ans après au mépris des modernes, les catéchisés perpétuels de la faute et de la tolérance, aux héros futiles Bruel et Douillet, les suppôts de TF 1: Horreur des «gens», des euphémismes cache-pensée Vieilles gens (pour les Vieux), Jeunes gens (pour casseurs et violeurs), Honnêtes gens (pour Hypocrites), Pauvres gens (pour Misérables), Bonnes gens (pour badauds et crédules), Petites gens (pour laissés-pour-compte), Gens darmes (pour flics sarkozyens), Gens de lettres (pour Paradeurs provisoires), Droit des gens (ne bombarder que si nécessaire), les Gens bien (pour Profiteurs), les Braves gens (pour les soumis) qui suivent humblement le sempiternel calendrier petit jésus étrennes-impôt-vacances de neige-pâques-tour de France-rentrée-électionstoussaint-gels-guerres dans le tourniquet des années répétitives, avec mariages et enfantements, modes et clichés, solécismes et oublis, à quand les Dernières gens?
Lindifférenciation généralisée qui nest point lanonymat ou rejet du nom dans laquelle se couler afin dinexister, par peur, par pudeur, par honte même, naura pu être le fait de quelques-uns qui réagissent contre le donné, se soulèvent, en vain, contre la mort, par refus dêtre de ces gens, conservateurs nés, empêcheurs de toute révolution. Que réclament en effet «les gens»? La tranquillité, le Gris du moins avec quelques «vacances» ou festoiements défoulateurs. Certes ils font pitié une des «vraies valeurs » judéo-chrétiennes! , ils sont émus aux enterrements, ils se vautrent sciemment dans leur vulgarité, on na pas le droit de les mépriser; alors on les leurre de bonnes paroles, ils ont le droit de protester en votant, une médaille à la retraite en récompense de navoir pas bougé, davoir pétitionné contre la pédophilie, réservé la peine de mort à certains cas linnocente enfance , voilà le produit de léducation parentale et scolaire, «Les gens» on songe à une chanson répétitive de Brel, avec grincements de dents.
Un des projets de Balzac frappait: «Les Gens ridés», ces gens soucieux que lon rencontre dans les transports, rongés dépreuves, aux années déjà enfuies, inquiets de la proche disparition et dont les plis du visage dénient la verdeur passée. De Dublin ou de Seldwyla, traités avec commisération grâce à lhumour une satire bienveillante! , nos gens sont pardonnés (ils sont comme nous, sinon notre prochain ou nos frères), il faut quils soient «de sac et de corde», pillards ou patibulaires pour être condamnés. Ils demeurent supportables, on ne les changera pas, pardonnez-leur car ils ne savent ce quils font, mais ils ne sont pauvres en esprit, sauf les pauvres avérés, les humbles et humiliés, qui, eux, naiment guère «les gens», la masse, qui peut dégénérer en canaille, en populace. Une monstrueuse globalité cachant les individualités irréductibles, mais confondues dans lirresponsabilité déculpabilisante. Lartiste trahit donc les gens, qui lui préfèrent nombre de médiocres, mais expulse tous ceux qui auront écrit pour «les gens»: Balzac les étudiait, à Th. Bernhard ils répugnaient pas son grand-père qui vivait à leur encontre. Alors, sauver les gens deux-mêmes, sils ne préféraient le général, la foire, la vallée promiscuitaire de Josaphat?
«On ferme». Oui, je suis un homme devenu fermé. À soixante-dix ans on ferme, comme on ferme à sept heures dans les boutiques. Je ne comprends pas que ces hommes ici-bas (se) parlent, écoutent des chanteurs vides, supportent des joueurs de pied ôtant leur maillot par orgasme procuratif, jouissent démissions les plus crapuleuses, se vautrent encore dans leurs superstitions ô guerres religieuses autant quéconomiques! Les hommes puent de vanité, dinconscience: on ferme! Pas le droit daimer sa sur, une fillette, des prostituées, de haïr son père, de fumer dans lennui de vivre, de boire trois verres de vin. Il faut jouer aux cartes, voter, fêter le faux Jésus, tuer les innocents animaux par plaisir: on ira voir ailleurs, la clé mise sous la porte, on sera parmi les 12 000 suicidés: on ferme, on arrête de jouer au billard, on range sa queue, on na jamais eu rien à faire parmi politiciens et veaux électeurs. Honneur aux handicapés, naines et charitons qui illustrent la misère!
Je naurai pas eu de biographie, sinon dans des documents, je ne serai plus né, renvoyé en fumée, cendres dispersées dans une décharge. On naura fait que me pousser dans collèges, casernes, salles crayeuses, stades, églises, précipité sur les corps féminins sans piété, renvoyé de ville en ville: comment être un château, une cathédrale, un port brumeux? Ce sont les autres qui parlent de vous, qui ne vous vivez même pas, soumis à vos organes ftaux ô bêtise des mères au-dessus des berceaux, joie des pères cloniques! Cest la rumeur qui décrit votre patronyme, cest sa bouche qui dit: baroque, provocateur, fusillable. Cancer, Sida, États-Unis règnent. «La situation est désespérée, mais pas sérieuse», on ne quitte rien, souvenir de la mer monstrueuse et des météorites cycliques, les volets sont clos, un curieux est venu frapper dont la compagne conclut: «Cest fermé».
(mars 03)
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