Parutions à venir
Le 7 mai 2026
Après l’armistice du 22 juin 1940, le découpage de la France ne se limita pas à deux zones, une occupée et une dite libre: le nord de la France fut rattaché au commandement militaire allemand de Bruxelles; de la Somme à la frontière suisse, une « zone réservée » au peuplement allemand fut créée; et les bandes littorales de la Manche et de l’Atlantique furent construites d’ouvrages fortifiés pour prévenir un possible débarquement allié. Ces « zones interdites » n’avaient jamais donné lieu à une étude comparée, le présent livre entend combler ce manque historiographique en proposant des contributions inédites sur la spécificité « zones interdites » en France occupée. En s’appuyant sur des archives à la fois allemandes et françaises, l’ouvrage aborde tour à tour les projections mais aussi les hésitations de l’Occupant sur ces espaces, l’exploitation économique poussée qui y fut tentée au bénéfice du Reich, mais aussi la manière dont les Français furent affectés dans leur quotidien par le tracé de ces lignes interdites et les peurs que celles-ci suscitèrent pour l’avenir de ces régions.
Professeure d’histoire contemporaine à l’Université Marie & Louis Pasteur à Besançon, chercheuse au Centre Lucien Febvre (UR 2273), spécialiste de l’histoire de l’Allemagne au XXe siècle, Marie-Bénédicte Vincent travaille en particulier sur l’histoire du nazisme et de la dénazification après 1945 en Allemagne. Elle a récemment publié : Kaltenbrunner, le successeur de Heydrich, Paris, Perrin, 2022.
Le 7 mai 2026
Cet ouvrage, à la suite du colloque international organisé à Baugé-en-Anjou en septembre 2021, à l’occasion des six cents ans de la bataille du Vieil-Baugé (1421), propose une réflexion entièrement renouvelée sur cette victoire franco-écossaise de la guerre de Cent Ans. Il s’ouvre aussi sur d’autres conflits depuis l’Antiquité tardive jusqu’au xxie siècle. Il rapproche l’Anjou du Brésil, le Pacifique de la Libye, le Rwanda de l’Ukraine. Autour d’un même objet, les dépouilles, cette rencontre interdisciplinaire qui réunit historiens, archéologues, anthropologues, médecins légistes mais aussi juristes et littéraires, s’inscrit dans des débats majeurs sur le statut des restes humains.
Introduction de Jehanne Roul
Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau
TEXTES DE Steve Arnold, Pierre-Jérôme Biscarat, Isabelle Bollard-Raineau, Michael Brown, Bruno Cabanes, Elodie Cabot, Bertrand Chandouineau, Caroline Costedoat, Pierre Courroux, Denis Crouzet, Jean-Philippe Csajaghy , Anne Curry , Yves Desfossés, Christophe Furon, Guy Jarousseau, Auxanne de Lépinau, Loreleï Margely-Lardeyret, Pascale Martinez, Marine Meucci, Stephan Naji, Daniel Prigent, Anne Prouteau, Anne Rolland, Clotilde Rouge-Maillart , Jehanne Roul, Sébastien Rozeaux, Pierre Schill, Michel Signoli, Franck Torres, Émeline Verna
Conclusion de Christian Ingrao
Le 5 juin 2026
Ses prédictions ont tant alimenté les pronostics les plus fous des marchands d’apocalypse qu’on en oublie que Michel de Nostredame (1503-1566), dit Nostradamus, était un homme de la Renaissance.
Pour Denis Crouzet, on s’évertue en vain à donner du sens à ses Prophéties, qui échappent précisément à toute tentative d’interprétation. Plutôt que de dire l’avenir, Nostradamus aurait voulu « prophétiser », c’est-à-dire délivrer aux hommes la parole de Dieu. En penseur du doute, il les conjure de prendre conscience de leur ignorance et de leur nature résolument pécheresse. Dans un siècle traversé par les violences les plus extrêmes, celui des guerres de Religion, Nostradamus est un chrétien doté d’une foi profonde, évangélique, qui, refusant les déchirements confessionnels, tente d’initier ses contemporains à une piété de l’intériorité fondée sur la présence, en soi, du Christ. Un rêve de paix intérieure inspiré par Marsile Ficin, Érasme et Cornelius Agrippa, et nourri par Marguerite de Navarre, la sœur du roi François Ier. Comme Rabelais, pour qui le récit burlesque était une thérapie contre les maux de ce temps, Nostradamus se pensait en médecin des âmes, en plus d’être un médecin des corps. Effrayant ses lecteurs en leur dévoilant des lendemains terribles et menaçants, il leur montrait que la haine était le plus grand des périls et que le seul remède était de vivre dans l’amour et la paix du Christ.
Professeur émérite d’histoire moderne à l’université de Paris IV-Sorbonne, spécialiste des guerres de Religion et des pratiques de violence à la Renaissance, Denis Crouzet construit une œuvre pénétrante, de ses Guerriers de Dieu (1990) au récent Paris criminel. 1572 (2024), en passant par Michel de L’Hôpital (1998) et Christophe Colomb (2006). Réédition de l’édition Payot (2011).
Le 21 août 2026
Cet essai, qui croise la philosophie avec l’histoire et la politique internationale contemporaines, s’attaque à deux idées reçues corollaires l’une de l’autre : que les interventions dans les affaires intérieures d’un pays sont toujours inefficaces au mieux, dangereuses au pire ; et qu’au nom de la souveraineté des États, solennellement réaffirmée dans la Charte des Nations unies, et du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », la non-intervention doit être de règle.
Or, depuis la guerre d’Espagne (1936-1939) jusqu’à la guerre de Syrie (2011-2024), en passant par une série presque continue de guerres, civiles ou étrangères, et de drames humanitaires, l’histoire du siècle écoulé montre assez le caractère désastreux des non-interventions qui ont permis aux despotismes de s’installer ou de perdurer et aux tragédies humaines (crimes de guerre et crimes contre l’humanité, génocides, famines) de prendre une ampleur catastrophique.
Intervenir, c’est avoir conscience de la réalité d’une humanité commune et d’une solidarité universelle. Pourquoi ce qui est de règle au sein d’une société ne le serait-il pas à l’échelle du monde ?
Philosophe, Christian Godin est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages. Les derniers parus sont L’Histoire en phase terminale (Puf, 2025) et Le Mythe du patriarcat et la condition féminine (Kimé, 2025).
4 septembre 2026
Le procès du duc de La Force, entre février et juillet 1721, a tout d’une anecdote scandaleuse de la Régence. Une des premiers personnages du royaume, duc et pair de France, ministre et ami du Régent, est jugé pour avoir tenté de faire commerce clandestin de thés et de porcelaines.
L’accusation de monopole dont il doit répondre avec ses « complices » stigmatise l’accaparement de biens et de denrées par des particuliers trop puissants, ce qui met en danger les structures traditionnelles de l’économie de la capitale. Le contraste entre la qualité de l’accusé et la teneur de son crime est si extraordinaire qu’il menace de faire vaciller tout l’ordre d’une société hiérarchique. Ce procès ouvre les portes d’un XVIIIe siècle contestataire de l’ordre social bien avant les Lumières.
Nicolas Lyon-Caen est chargé de recherche au CNRS, à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (IHMC). Il est l’auteur de La boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2010.
Mathieu Marraud, chargé de recherche au CNRS, a notamment publié La noblesse de Paris au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, coll. « Univers historique », 2000 et Le pouvoir marchand. Corps et corporatisme à Paris sous l’Ancien Régime (Champ Vallon, 2021).
4 septembre 2026
La société politique du XVIe siècle accorde, comme de nos jours, une place centrale à l’information. Alors que les guerres de Religion remettent en cause l’unité du royaume, les pouvoirs urbains s’appuient sur la circulation des nouvelles pour bâtir leur action et protéger la cité. En prenant l’exemple de Lyon, ce livre interroge le rôle de l’information dans l’art de gouverner une ville plongée dans la crise politique et religieuse. Les lettres échangées, les messagers envoyés et les rumeurs combattues font surgir un arsenal informationnel mobilisé par les autorités. Cette étude de l’information urbaine pose un autre regard sur les pratiques de gouvernement de la première modernité, et, plus largement, replace les villes au cœur des réflexions politiques du temps des guerres de Religion.
Gautier Mingous est maître de conférences en histoire moderne à l’Université Bordeaux Montaigne. Membre du CEMMC, ses travaux portent sur l’information de la première modernité et sur les sociétés urbaines au temps des guerres de Religion.
2 octobre 2026
Comment le suffrage universel masculin a-t-il recomposé le lien politique entre les concitoyens ? C’est à cette question que l’enquête contribue à répondre en centrant le regard sur la sélection et les recompositions des élites locales (1848-1880) dans un département rural du centre de la France, interrogeant la construction démocratique, revisitant la chronologie du Second Empire et dévoilant toute une économie morale oubliée. L’analyse des lieux, des moments, des structures de l’échange politique éclaire les mécanismes de fonctionnement d’une société d’interconnaissance, structurée par de fortes identités territoriales, l’importance du service rendu et le souci du libre choix de ses édiles. Une histoire utile pour mettre en perspective les problèmes les plus contemporains.
2 octobre 2026
C’est au début du xxe siècle que fut inventé du côté des Indes ce « Moyen-Orient » qui aujourd’hui semble se défaire dans le sang sous nos yeux : il est alors conçu comme l’ensemble des territoires qui gardent, face aux menaces ottomanes, russes, françaises ou allemandes, l’approche de l’Empire anglo-indien.
Cette invention, comme le démontre Guillemette Crouzet, procède d’une lente genèse qui eut pour cadre l’aventure britannique dans le golfe Persique. L’impérialisme britannique et anglo-indien est en effet actif tout au long du xixe siècle dans les eaux et sur les rivages de la péninsule Arabique, de la Perse et du nord de l’océan Indien. Par la violence mise en œuvre contre des « pirates » accusés de perturber la liberté des mers, par une politique systématique de traités imposés aux pouvoirs locaux, par des grandes entreprises cartographiques marquant symboliquement une prise de possession de l’espace, par une lutte acharnée contre les trafiquants d’esclaves, par le grand projet de création d’une route rejoignant la Méditerranée par l’Euphrate, Londres, Bombay et Calcutta imposent leurs règles, du détroit d’Ormuz jusqu’au Koweït. Dans ce contexte, les flux commerciaux, licites et illicites, augmentent, et le Golfe participe à une mondialisation croissante de l’économie. Ce sont alors autant de trafics de perles, de dattes et d’armes, autant de réseaux marchands et de connections multiples qui se découvrent.
Guillemette Crouzet le souligne, l’or noir n’est pas encore exploité mais le golfe Persique a déjà acquis une centralité stratégique que les historiens avaient pourtant jusqu’à présent minorée. Si le « Moyen-Orient » protège le joyau de la couronne britannique que sont les Indes, il n’en est pas moins, dans la géopolitique mondiale de la fin du xixe siècle, déjà en voie de s’autonomiser.
Du siècle des Lumières finissant à la veille de la Première Guerre mondiale, cet essai d’histoire globale renoue avec des études spatiales de vaste ampleur et de longue durée pour restituer un espace multiplement connecté (mer Rouge, Perse, océan Indien, péninsule Arabique, Asie du Sud) : le golfe Arabo-Persique au cœur de sa première mondialisation.
Guillemette Crouzet, agrégée d’histoire, docteur en histoire contemporaine de l’Université Paris-Sorbonne, est actuellement Max Weber fellow à l’Institut universitaire européen de Florence.
2 octobre 2026
Dans quel régime vivons-nous depuis le printemps 2017 ? La question est légitime tant l’interprétation que fait le nouveau président des institutions de la Ve République vise à renforcer le pouvoir exécutif et le système de l’état d’urgence quasi permanent.
En se plaçant au-dessus des partis, Emmanuel Macron abuse d’une formule éprouvée depuis 1790 puis 1793, et lors de chaque crise politique française grave, en 1795, 1799, 1815, 1851, 1940, 1958 et finalement en 2017-2019. Le pouvoir exécutif, en la personne d’un sauveur, tente de supplanter le pouvoir législatif que l’on décrédibilise en exagérant son inefficacité ou son éloignement du peuple, au risque de fragiliser la démocratie représentative. En adoptant la modération, celle du juste milieu, qui est censée réparer les excès des députés, un centre politique, semblable et différent selon les générations, s’invente lors de chaque crise. La saison des tourne-veste répète les mêmes recettes depuis deux cent trente ans, de 1789 à 2019.
La vie politique française, malgré ce qu’en dit toute une tradition historiographique, n’est pas bloquée par une lutte handicapante entre droite et gauche, mais par un poison: celui d’un extrême centre, flexible, prétendu modéré mais implacable qui vide de sa substance démocratique la République en la faisant irrémédiablement basculer vers la république autoritaire. Le macronisme n’est pas une Révolution : c’est une vieille histoire.
Pierre Serna est professeur d’histoire de la Révolution française à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’Institut d’histoire de la Révolution française. IHMC
23 octobre 2026
Alors que la Première Guerre mondiale apparaissait encore il y a peu de temps comme lointaine, l’horizon contemporain a brusquement ranimé la peur d’un conflit majeur. C’est dans ce contexte que cet ouvrage aborde la guerre à travers les trajectoires de plusieurs soldats criminels de la Grande Guerre. Une histoire par le bas de ces anti-héros que la société française avait oubliés. À travers les archives inédites des conseils de guerre permanents de Paris, des archives policières et de la presse quotidienne, ce livre offre un voyage dans les interstices sociaux de la guerre, que ce soit à travers l’imaginaire criminel dans la presse, les transferts de pratiques de violence ou la réalité crue des crimes commis par les soldats à l’arrière du front.
Pierre Perroton est historien, docteur de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), membre du laboratoire IRIS (UMR8156 – U997, CNRS/EHESS). Spécialiste de l’histoire de la violence, de la justice militaire en temps de guerre et de la masculinité.
23 octobre 2026
La perte de la neige, probablement l’une des transformations les plus vertigineuses liées au changement climatique dans l’hémisphère nord, et notamment dans le contexte européen, est l’objet de ce livre. Il se propose de faire l’analyse de cette perte qui se déroule sous nos yeux en privilégiant (sans s’y limiter totalement) la période qui se déroule depuis le milieu du XIXe siècle – moment d’essor de la société capitaliste industrielle et des loisirs – jusqu’à nos jours. Il rend compte du phénomène dans sa complexité, en étant attentif aux interactions culturelles, médiatiques, économiques, politiques, sociales que les hommes et les femmes entretiennent avec la neige, pour comprendre la puissance de sa disparition.
Sophie Corbillé est professeure des universités à Sorbonne Université.
Emmanuelle Fantin est maîtresse de conférences au CELSA Sorbonne-Université.
Sébastien Fevry est professeur à l’Ecole de Communication de l’Université catholique de Louvain