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Denis | CROUZET

Tout commence vers 1525, quand monte en France l’angoisse du châtiment divin. Dans le ciel et sur la terre apparaissent des signes qui disent l’imminence du Jugement. Voici le temps des guerriers de Dieu: d’une violence d’abord intérieure surgit la force conquérante d’un prophétisme panique qui ordonne la mise à mort des hérétiques. S’opposant à la violence désacralisatrice des huguenots, la violence mystique des catholiques culmine en août 1572 lors du double massacre, royal et populaire, de la Saint-Barthélemy. La Ligue marquera l’ultime retour de l’angoisse prophétique, force agissante d’un long XVIe siècle, qui vise à unir le peuple au Christ de la Passion. La rupture surgit en la personne d’Henri II qui, en pacifiant le royaume, est l’artisan d’un désangoissement et d’un désenchantement du monde. La « félicité du royaume », ordonnée par le roi de raison d’une monarchie absolue et resacralisée, est à la source de notre modernité. Un livre « destiné à occuper dans l’historiographie du XVIe siècle, non seulement religieux, mais spirituel et mental, une place capitale. » (D. Richet)
.

Denis Crouzet est professeur émérite d’histoire moderne à la faculté des Lettres de Sorbonne Université. Ses livres traitent de la guerre et de la paix au XVIe siècle, de l’action politique et des imaginaires religieux, des attentes eschatologiques et des utopies violentes.

Dieu en ses royaumes évoque les affrontements religieux dans la France des années 1490-1610 en racontant une histoire saturée d’angoisses et de rêves.
Au commencement, il y eut le tragique d’une grande peur de la damnation face à un Dieu toujours plus distant et menaçant. La fin des Temps approchait et chacun se devait de se préparer au face-à-face avec le Christ, dans la pénitence, la prière et une obsession de pureté exigeant l’éradication violente de tous ceux qui attisaient par leur impiété ou leur hérésie la fureur divine. En contrepoint de ce noircissement culpabilisant du monde humain, Calvin proposa au fidèle une voie alternative et libératoire qui supprimait l’angoisse du salut en portant le fidèle à vivre dans une «bonne crainte» de Dieu.
Au plus profond des guerres de Religion qui opposèrent «papistes» et «huguenots», ou plutôt au cœur même de la dynamique des fixations confessionnelles, s’installait la violence d’un conflit entre hantise eschatologique et désangoissement: deux royaumes de Dieu s’affrontaient.
Dans le cours de cette histoire saccadée, le centre de gravité dramatique se déplaça: le pouvoir monarchique tenta d’entraver la crise en fixant dans la personne royale la mission messianique d’établissement d’un ordre de paix transcendant le jeu mortifère des imaginaires. Dieu en ses royaumes raconte alors l’histoire d’un second grand conflit, opposant les rêves apocalyptiques et violents des catholiques intransigeants à l’utopie de modération d’un roi Christ luttant contre les passions de ses sujets, une modération dont les grandes figures furent Michel de l’Hospital, Catherine de Médicis, Charles IX et son frère Henri III.
C’est à la monarchie d’Henri IV qu’il revint de clore cette tragédie par le truchement d’un autre jeu de symbolisation. L’Histoire fut alors érigée, à travers la figure d’un roi providentiel guidant ses sujets vers un nouvel âge d’or, en une instance de résorption des angoisses et des peurs eschatologiques.

Dieu en ses royaumes évoque les affrontements religieux dans la France des années 1490-1610 en racontant une histoire saturée d’angoisses et de rêves.
Au commencement, il y eut le tragique d’une grande peur de la damnation face à un Dieu toujours plus distant et menaçant. La fin des Temps approchait et chacun se devait de se préparer au face-à-face avec le Christ, dans la pénitence, la prière et une obsession de pureté exigeant l’éradication violente de tous ceux qui attisaient par leur impiété ou leur hérésie la fureur divine. En contrepoint de ce noircissement culpabilisant du monde humain, Calvin proposa au fidèle une voie alternative et libératoire qui supprimait l’angoisse du salut en portant le fidèle à vivre dans une «bonne crainte» de Dieu.
Au plus profond des guerres de Religion qui opposèrent «papistes» et «huguenots», ou plutôt au cœur même de la dynamique des fixations confessionnelles, s’installait la violence d’un conflit entre hantise eschatologique et désangoissement: deux royaumes de Dieu s’affrontaient.
Dans le cours de cette histoire saccadée, le centre de gravité dramatique se déplaça: le pouvoir monarchique tenta d’entraver la crise en fixant dans la personne royale la mission messianique d’établissement d’un ordre de paix transcendant le jeu mortifère des imaginaires. Dieu en ses royaumes raconte alors l’histoire d’un second grand conflit, opposant les rêves apocalyptiques et violents des catholiques intransigeants à l’utopie de modération d’un roi Christ luttant contre les passions de ses sujets, une modération dont les grandes figures furent Michel de l’Hospital, Catherine de Médicis, Charles IX et son frère Henri III.
C’est à la monarchie d’Henri IV qu’il revint de clore cette tragédie par le truchement d’un autre jeu de symbolisation. L’Histoire fut alors érigée, à travers la figure d’un roi providentiel guidant ses sujets vers un nouvel âge d’or, en une instance de résorption des angoisses et des peurs eschatologiques.

Réédité en avril 2015, collection Les Classiques

Michel de L’Hospital semble une des figures fondatrices d’une identité française qui se serait progressivement dégagée depuis la Révolution. Sa statue demeure disposée devant l’Assemblée nationale en témoignage de son rôle de précurseur de la « modernité » politique parce qu’il aurait, le premier, tenté d’applique le principe de « tolérance ». Mais celui qui, à partir de juin 1560 et avec comme projet d’empêcher l’extension des troubles civils découlant de la division religieuse, accéda à l’office de chancelier, dans une séquence d’extrême instabilité due aux tensions montantes entre Catholiques et Calvinistes, demeure un personnage mal connu, voire livré à l’anachronisme. L’objet de ce livre n’est pas de reconstituer un parcours biographique, mais d’essayer de comprendre quel fut l’imaginaire qui put produire, contre les acteurs mêmes de la rupture de l’unité religieuse et contre leurs rêves d’une France unifiée ou réunifiée dans leur foi, l’idée d’une cohabitation des religions, de comprendre aussi quel fut le sens véritable de ce projet qui apparut à nombre de contemporains comme voué à l’échec, impensable et irréalisable, faisant encourir
la malédiction divine sur le royaume de France.

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La sagesse et le malheur
Michel de l’Hospital, chancelier de France
Le sommaire

Introduction
Jalons d’une recherche introspective

Préliminaires biographiques
Chapitre I:
Une tempête évangélique
Aventures extraordinaires sur le Pô
L’autre voyage sur les eaux
Entre Thalasse et les îles de la «mer atlanticque»
Une profession de foi en la justice de Dieu
Chronique d’une indignation communiquée
Une diction de l’espérance
«Que la loy evangelique … seroit exaulcée»
Conclusion: «… son front légèrement emprunt dans la roche»

Chapitre II:
Le paradoxe du serpent aux «ailes légères»

Un savoir qui est ignorance et une ignorance qui est Savoir
Sous la puissance de la jalousie de Dieu
Dans l’amour débordant de Dieu
Le Christ restaurateur de l’innocence
Une liberté dans l’alma fides
Un évangélisme cicéronianiste
Un Mystère dans Le Miroir…
Conclusion: vers un regard intérieur

Chapitre III:
La satire d’un monde à l’envers

Le «fiel de l’histoire»
Le règne de la cupidité et l’ambition
La complaisance dans le mensonge et la calomnie
La furor du désir
Un royaume dont le nom est l’oubli de Dieu
Du manteau de religion au théâtre des cruautés
Luther, les Papistes, Calvin face à Michel de L’Hospital
Conclusion: les ressorts d’un impossible silence

Chapitre IV:
Les devoirs de l’amitié

Des récits de vertu: les sens d’une écriture du moi
Liberté et solitude
Histoire d’une tentation
Le dragon du jardin des Hespérides
Amour humain, amour sacré
Pour Dieu et la patrie
Le vir fortis au milieu des siens
Conclusion: certitudes et incertitudes de la mort

Chapitre V:
L’herméneutique d’un prince de vertu

La puissance symbolisante de la royauté
Un monarque aux aguets: sur le métier royal
Un prince qui est un miroir ou le roi comme représentation
Le prince de l’irréductibilité
Un pouvoir qui est Raison
Le souverain de la compassion
Le réformateur du royaume
Conclusion: la paix royale comme ruse du Christ

Chapitre VI:
De Raphaël Hythloday à Nomophylas

Langages de crise: l’édit de Janvier et ses reflets
Le discours du discours: loi du roi, Parole du Christ
Dans la «sagesse de Dieu»: l’orateur, la loi, et le temps
La Politique comme artifice de la foi
Feinte contre feintes: le combat contre le mal et le malheur
Masque contre masques: l’autre combat contre le mal et le malheur
Le rêve d’une religion réformée
Conclusion: quand la patria devait devenir Utopia

Conclusion générale
La révélation d’Outre-tombe

Sources et travaux
Table des matières