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Denis (dir.) | CROUZET

L’Europe des XVe et XVe siècles voit émerger puis triompher le mouvement humaniste. Comment l’humanisme, né comme une contre culture et diffusé par des réseaux intellectuels italiens épris de la redécouverte des classiques, s’impose-t-il aussi vite comme un modèle dominant ? A cette question classique, ce livre apporte des réponses nouvelles. Il montre que l’humanisme triomphe à travers l’Europe selon des formes, des expressions et des degrés variables selon les espaces, les publics et les écosystèmes socio-politiques et socio-intellectuels. Il évoque les résistances parfois farouches que ce système d’interprétation du monde rencontra. Il brosse, en laissant toute leur place aux multiples capacités d’adaptation de cette culture, le tableau bigarré des humanismes européens.

Nous vivons aujourd’hui un moment de rejet affirmé d’un idéal européen qui a pourtant, entre autres points positifs, conditionné plus de sept décennies de paix sur le vieux continent. Pourquoi cette crise qui est le fond de commerce des démagogies populistes, en France comme ailleurs ? Comment réagir pour neutraliser les forces recourant à l’anachronisme absurde, à l’erreur négationniste, à la caricature polémique pour mieux masquer d’obscurantistes idéologies ?

La réponse donnée Historiens d’Europe, historiens de l’Europe est que l’Europe souffre d’un déficit à la fois d’historicité et d’historicisation, que l’aventure européenne proposée au grand public est réduite souvent à une aventure tronquée et partielle. Il a été certes beaucoup écrit à propos de la construction européenne, à propos du passé de l’Europe envisagé sous l’angle d’une collection d’histoires nationales et de leurs temporalités interconflictuelles. De l’Europe comme référent commun, il y a eu des approches, mais limitées à des séquences discontinues.

Pourtant, depuis le début du XXe siècle, de très grands historiens britanniques, italiens, allemands, russes, français, belges, hollandais ont travaillé autour de l’Europe. Les uns ont inventé ou promu un autre art d’écrire l’histoire en faisant de l’Europe l’instrument autorisant un renouvellement des problématiques. Les autres ont écrit une histoire qui avait pour fin de montrer que l’Europe était sur le long terme une substructure de l’imaginaire transcendant de façon plus ou moins consciente les identités.

Réactualiser par l’histoire la figure d’espérance et de liberté de l’esprit que porte l’Europe dans sa longue durée, et que le patient travail d’historiens européens n’a cessé de valoriser, retrouver un désir d’être que la seconde partie du XXe siècle n’a fait que réaliser, tel est le projet de ce livre qui est un livre de combat et de défense d’une conscience de soi qui est aussi nécessairement une conscience de ce que l’autre est soi. Il est encore un appel à ce que l’histoire se replace désormais dans les chemins parcourus au XXe siècle par de grands historiens qui, entre autres, s’appelaient Pirenne, Huizinga, Febvre, Le Goff, Hobsbawm… appréhendant l’Europe non pas comme un épiphénomène soumis à des vicissitudes toujours récurrentes, mais comme le premier pallier d’une anthropologie humaniste de la globalité permettant de dire et redire la certitude d’une universalité…

textes de L. Badel, L. Bély, J. Bergin, M. Boone, F. Béthencourt, G. Castelnuovo, G. Chaix, J. Chiffoleau, D. Crouzet, J.-B. Delzant, C. Dolan, J.-F. Dunyach, M. Greengrass, S. Keymeulen, J. C. Maire Vigueur, T. Maissen, B. Müller, P. Ouvarov, J.-P. Poussou, Y. Rodier, F. O. Touati.