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Jean-Marie | LE GALL

Au temps des guerres d’Italie (1494-1559), lorsque les rois de France passaient les monts ou que l’ennemi menaçait, le royaume était placé sous la protection de saint Denis. Qui est donc ce saint tutélaire, paré d’un si grand prestige et investi de tant de pouvoir? Auteur d’une œuvre philosophique qui séduisit les humanistes, on le disait Athénien, disciple de saint Paul. Il passait aussi pour l’évangélisateur des Gaules, le premier évêque de Paris, où il périt martyrisé à Montmartre, le mont des martyrs.
Pourtant, après 1571, la monarchie ne rend plus hommage au «patron du royaume de France» (Guichardin) et, le 25 juillet 1593, la conversion d’Henri IV dans l’abbatiale de Saint-Denis, «lieu de mémoire» de la monarchie, là où reposent trois lignées de rois de France (Mérovingiens, Capétiens, Valois), ne renoue pas le lien multiséculaire entre les rois et Denis.
Pourquoi une telle déshérence? Ce livre examine les raisons de ce détachement entre la monarchie et le saint. Sans doute, la critique historique a-t-elle lézardé, pour la plus grande gloire de la France moderne, l’édifice de la légende médiévale en distinguant trois Denis jusqu’ici confondus en un seul. Mais surtout, la légende dionysienne embarrasse désormais la monarchie absolue qui s’affirme. D’autant que les reliques du saint ont été mobilisées par les ligueurs contre Henri III, le «vilain Herodes», et Henri IV, «le Béarnais»: la figure de saint Denis nourrit un autre absolu, un catholicisme intégral, hostile au protestantisme, comme à toute solution politique des guerres de Religion. Saint Denis fonde aussi une Église hiérarchique, monopolisant le sacré, et porte ombrage à la légende de Clovis, qui fonde la foi et la légitimité millénaire des rois.
Ce livre analyse comment la couronne a occulté le culte du saint dans la nécropole de Saint-Denis, par la captation systématique de l’inépuisable sang de France, la célébration de grandes pompes funèbres et l’inhumation de quelques grands capitaines au service du roi de guerre, comme Turenne.
Mais ce panthéon dynastique ne peut être panthéon national. L’imaginaire catholique de la Nation a dû élire un autre lieu de mémoire: Montmartre, où fut réédifiée une abbaye au xviie siècle et érigé le Sacré-Cœur au XIXe siècle…

Pourquoi travailler sur les moines de la Renaissance? Ces adeptes têtus du mépris du monde, crasseux et ignorants, paillards à l’occasion, méritent-ils plus que les sarcasmes d’Érasme, de Luther ou de Rabelais?
Pourtant, la Renaissance fut dans le royaume de France un moment de renouveau de la vie monastique. Les couvents se multiplient, leurs réformes aussi. Anciens religieux issus de maisons réformées, Érasme, Rabelais et Luther connaissent bien cette vitalité. Dès lors n’est-ce pas la prétention des religieux à incarner la perfection chrétienne plus que leurs turpitudes qui suscite autant d’ironies et de critiques?
Jean-Marie Le Gall prend le risque de travailler sur ces moines dans une période où l’historiographie les voue ordinairement à la décadence. À travers une multitude de sources (sermons, statuts, registres capitulaires, comptes, procès…) il entreprend une étude fouillée de ce monde des réguliers, qui attire ou qui révulse mais qui ne laisse jamais les contemporains indifférents.
Sa grande originalité est de regarder du côté de ceux qui sont réputés avoir refusé la réforme – les déformés – et de constater qu’être contre une réforme ne signifie pas être contre toute forme de réforme. Dès lors, dans leurs adhésions comme dans leurs refus, les religieux apparaissent bien être des acteurs essentiels de ce temps des réformes.
Ce livre enrichit donc la compréhension du travail de l’idée de réforme dans la société avant la Réformation. Qui réforme, pourquoi et comment ?