Champ Vallon

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Jonathan | BARANGER

Il est des bourgades pittoresques du New Hampshire qui échouèrent à devenir de petites villes. C’est le cas de Hobbards, dont l’existence est chroniquée de 1908 à 1998, sous la forme de dix récits et à raison d’un par décennie. Comment expliquer, malgré l’abondance de curiosités locales, les êtres singuliers qui l’ont peuplée et les drames qui s’y sont succédé, que Hobbards ait tiré sa révérence au seuil du 21ème siècle ? Un goût certain pour la falsification, l’orgueil de ses habitants, les refus polis qu’on adressa à l’Histoire lorsqu’elle chercha à s’inviter, un rapport singulier au paysage et à l’Homme, sont autant de traits qui caractérisent Hobbards, ont assis sa renommée, légitimé sa gloire et favorisé sa désintégration.

 

 

Jonathan Baranger a précédemment publié Chokolov City, Don Creux est mort, Le legs psycho-batave, tous chez Champ Vallon.

La glorieuse odyssée apostolique des idoles psycho-bataves se poursuit dans ce deuxième volume en prise directe sur l’Éternité.

Dix ans après les événements relatés dans Don Creux est mort, Sred Sweign, assisté de son page Jean-Pierre Paul-Poire, goûte une retraite bienheureuse dans son havre de New Bedford lorsqu’il apprend de son ami, l’officier de police Boulter Lewis, la nouvelle du décès de Hildegarde, sa sœur. Mais il ignorait que celle-ci avait, depuis leur dernière confrontation dans le Désert Mojave, épousé Carnaby Fletcher, le Témoin de Jéhovah le plus riche du monde. On missionne Jean-Pierre Paul-Poire pour retrouver la trace du fils prodigue, Jean Pop II (anciennement Jeremiah), inexplicablement terré dans une bourgade de l’Indiana, et à qui un héritage substantiel est promis en échange d’un service d’une nature pour le moins étonnante…

Il est cependant un deuxième héritage auquel Sred Sweign accorde une plus grande importance, celui du Psycho-Batave, rejeté une première fois par Jean Pop II. Or peut-être un autre Psycho-Batave, distinct de celui enseigné par Randall Webb, ce père encombrant qu’il s’agit de tuer, s’est-il élaboré dans la solitude de Elwood, où s’est réfugié Jean Pop II, et peut-être Jean-Pierre Paul-Poire en sera-t-il le premier apôtre.

Les phrères psycho-bataves sont de nouveau sur le pied de guerre : rixes sanglantes ! intimidations psychologiques ! magie incantatoire ! basket-ball ! pathologies rares et travestissements multiples ! On remue ciel et terre pour le legs psycho-batave.

 

Jonathan Baranger vit à Orléans. Il a publié Don Creux est mort, en 2020, chez Champ Vallon.

En 1965, Randall Webb apprit la bonne nouvelle à ceux qu’il appelait ses phrères : l’Amérique se dotait enfin de son corps électrique, c’est-à-dire d’une musique à son image, enfantée par de jeunes hommes pubères dans les garages de banlieues pavillonnaires, et qui, transcendée en une éthique et en une vision, reçoit le nom de Psycho-Batave. Dès 1968 toutefois, affaibli par le pressentiment des difficultés à venir, le Psycho-Batave entrait dans son crépuscule… Avant que les ténèbres ne débutent leur règne en 1971, année de l’exil européen de Randall Webb, dont nul parmi les phrères lancés à sa poursuite ne put retrouver la trace.

En 1980, Don Creux, considéré comme « la clef de voûte » du Psycho-Batave, décède dans sa Floride natale. C’est le moment choisi par Randall Webb pour revenir d’entre les morts. Escorté du sage Sred Sweign et de la pupille de celui-ci, l’adolescent Jeremiah, Randall Webb accomplit un périple jusqu’au Désert des Mojaves, où seront dispersées les cendres de Don Creux. Ce long voyage émaillé de rencontres, de fugues, de faux-semblants et de missions, est à la fois le requiem d’une époque enfuie et le récit de la découverte d’une nouvelle Amérique.

Pourra-t-on faire reverdir la terre désolée, y semer à nouveau les graines du Psycho-Batave ? Car Randall Webb sait bien qu’on ne meurt que pour mieux ressusciter. C’est pourquoi l’adolescent Jeremiah sera initié aux arcanes du Psycho-Batave, afin qu’une deuxième fois, en dépit de l’universelle surdité, la bonne nouvelle soit répandue.

Qui se souvient des Bulgares de New York ? Leur présence en Amérique fut restreinte, mesurée, typique du génie de ce peuple confidentiel. Ainsi il ne se trouva personne pour pleurer l’amour malheureux qui unit l’actrice Elaine Chokolov au pâle Bogdan Oblanov, personne non plus pour étudier l’étonnante genèse du talent littéraire de Dean Grosslick. On ne sait toujours rien des conspirations de la camériste Feya Grubev, pas plus qu’on ne fit l’effort de comprendre et de louer le sens du devoir inégalé de Granville Kling. Nul ne tenta d’élucider le mal mystérieux qui égara la raison de Cornell Morris, et le monde entier s’appliqua à ignorer le destin fantomatique et pourtant fondamental de Jon Khalov, l’homme au beau visage.

Tant de fortunes diverses, eussent-elles été moins bulgares, auraient fourni la matière de savoureuses comédies et de drames pitoyables, universellement acclamés… Ou peut-être fallait-il justement être bulgare et rien que bulgare pour vivre ces aventures-là, et sans doute devra-t-on l’être encore davantage pour les lire.

Chokolov City est un roman composé de six chapitres qui retracent le destin d’une communauté imaginaire de Bulgares à New York, des années 1900 aux années 1960. Ces Bulgares doivent très peu aux Bulgares réels, pas plus que le cadre ne prétend restituer le véritable New York. Parce que Chokolov City se réclame d’une autre authenticité, celle du fantasme désuet de la grande ville américaine moderne, tel que la comédie classique hollywoodienne l’a façonné. Dans ce New York de studio, produit par la MGM, dirigé par George Cukor, vit et meurt un peuple poli, élégant et raffiné, sans doute trop parfait pour jamais exister.