Martine | BOYER-WEINMANN

La littérature a longtemps ignoré les odeurs, ou presque. Depuis environ deux siècles celles-ci ont envahi la fiction et les récits de vie. Quel vocabulaire, quels détours pour traduire cet indéfinissable qui défie la précision de nos langues ? Parfumerie, gastronomie et œnologie ont bien sûr une large part dans les évocations d’odeurs, mais on préfère ici explorer des contrées plus obscures, plus vastes, plus inattendues, réelles ou imaginaires. De l’odeur des pieds au si désirable petrichor, dit « petite pluie » par les compositeurs impuissants à le reproduire, cinquante usages littéraires de l’aigre, de l’âcre, du fétide, du rance mais aussi de la violette et du papier, dessinent une carte des paysages sensibles qui surgissent quand nous plongeons le nez dans les livres.

Ancienne élève de l’ENS Paris (1978-1982), Martine Boyer-Weinmann est professeure émérite de littérature française à l’université Lyon2, spécialiste de littérature contemporaine.
Denis Reynaud a enseigné la littérature française à Lyon, en Angleterre, aux États-Unis et au Japon ; spécialiste de la presse du XVIIIe siècle, il est le créateur du site Le Gazetier universel.

Un siècle ne fut pas de trop pour embrasser toutes les vies de l’Allemande Irene (1921-2021) : aventurière lettrée, voyageuse transatlantique et travailleuse infatigable, elle fit de la bibliothèque de Babel la clé de voûte de son univers intérieur et de sa vocation professionnelle tout comme le théâtre de ses péripéties.

Sur fond d’archives et d’images, un metteur en scène-biographe part en quête de son personnage intrépide, de Munich à Chicago, du Canada à l’Afrique du Sud, de Paris à Washington D.C., d’Aix-les-Bains à Phoenixville. All is true ou presque dans ces renaissances successives d’un être combatif aux prises avec l’Histoire, du Troisième Reich à l’Allemagne réunifiée, de l’Amérique de la guerre froide à celles de Clinton, Bush et Obama.

 

Martine Boyer-Weinmann est professeure de littérature française à l’université Lumière-Lyon2. Elle consacre ses travaux aux écritures (auto)biographiques et aux écritures de soi, notamment avec les essais La relation biographique (Champ Vallon 2005) et Vieillir dit-elle (Champ Vallon 2013). Chez le même éditeur, en collaboration avec Denis Reynaud, elle a publié Vestiaire de la littérature, cent petites confections (2019) .

Quel écrivain conçoit l’écriture d’un roman comme un strip-tease à l’envers ? Quel confrère voulut bâtir son œuvre comme une robe, au motif qu’une nouvelle mode de Worth avait autant d’importance que la guerre de 70 ? Lequel soutient que nous ne changeons pas plus d’opinions et de maîtres que de chaussettes ? Quelle créature souhaita que fût chiffonnée la robe qu’elle avait voulue et cousue point par point ? Quel poète aurait préféré être renversé et dardé par l’éblouissement d’une jupe relevée plutôt que par un garçonnier pantalon? Quel personnage célèbre ne porta jamais de bonnet de nuit, ni de robe de chambre, ni de peignoir, ni de pantoufles ? Quel autre, acquérant avec l’âge la liberté de s’habiller, acheta à Venise un blouson révolutionnaire pour aborder l’année 1968 ?

Le lecteur amateur de vêtements et de livres trouvera la réponse à ces questions considérables – et à bien d’autres encore – dans ce livre frivole et savant qui explore les liens multiples entre mode et littérature, et affirme que le plaisir de lire consiste à découvrir ce que les personnages ont dans les poches et sous leur manteau tout autant que ce qu’ils ont dans la tête.

À quel âge est-on vieille en 2013 ? Comment les femmes perçoivent-elles l’effet de seuil du processus ? Si Balzac périmait nos aïeules à 30 ans, la réalité vécue est pourtant moins tranchée : George Sand septuagénaire encourage son « vieux troubadour » déprimé de Flaubert, à patienter jusqu’à ce plus bel âge de la vie pour accéder au bonheur. Duras se dit vieille à 18 ans, Beauvoir s’étiole dans ses 20, avant de vivre l’itinéraire à rebours. Leurs cadettes sénescentes confient désormais à leurs journaux intimes l’émoi de leurs reverdies successives et se sentent maintenant assez gaillardes pour renouveler leur jouvence jusqu’au marathon final. Aux anthropologues, philosophes, gérontologues et autres psychologues, les femmes écrivains (Beauvoir, Cannone, Cixous, Detambel, Duras, Ernaux, Huston, O’Faolain, Rolin…) mêlent au XXIe siècle la leçon de leurs voix de papier. Leur lucidité désinhibée libère souvent un gai savoir de crise aux antipodes des idées reçues.
Ainsi vieillir n’est plus l’enfer des femmes prédit par La Rochefoucauld. Si le bal de têtes proustien n’épargne pas nos contemporaines, elles ont désormais pris la plume elles-mêmes pour écorner quelques stéréotypes avec une énergie, une drôlerie, qui le disputent parfois à la lucidité des renoncements. Vieillir est un art du temps, avec ses ruses, ses foucades et ses têtes à queue turbulents. C’est aussi une affaire de style existentiel et d’intelligence du rapport au monde, auquel l’écriture confère une griffe complice.
C’est bien à une anthropologie littéraire de l’âge au féminin que le lecteur est convié dans cet essai de gai savoir, depuis l’effroi de la première ride jusqu’aux surprises ultimes de la connaissance de soi.

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Vieillir, dit-elle:
une anthropologie littéraire de l’âge
Le sommaire
Opening night 2013:
«Avoir l’âge»
La ballade de Narayama
Quand est-ce que je vieillis?
Le vieillir à l’œuvre
Petit détour par Diderot

I
Se connaître un âge: le moment Beauvoir

«Je suis vieille!»
«Oh! je suis encore une femme»
«Qu’est-ce qu’avoir une vie derrière soi?»
«La compassion me déchirait»
«La ligne de vieillesse»
Deux versions du voile noir

II
La confusion des âges (Huston, Ernaux,
O’Faolain et consœurs)

Du démon de midi
Le méridien des femmes: cap au pire?
(Huston, Cannone)
Entre les lignes: Annie Ernaux, extérieur nuit
Injonctions contradictoires
Nuala O’Faolain ou la condition quinquagénaire

III
D’âge en âge: épiphanies,
trous noirs et reverdies

Le gai savoir du vieillir selon Régine Detambel
Petite physique des trous noirs (Rosenthal, Groult)

IV
Athlètes du grand âge et
génie centenaire

Ève ou l’endurance selon Hélène Cixous
Les futurs immédiats de Dominique Rolin
Portrait de deux marathoniennes (de Romilly, Svetlana Geier)

Bal chez Temporel

Senesco ergo sum
Lire, écrire, oublier
Ce «mystérieux désir de paix des femmes» (Pachet)