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Martine | BOYER-WEINMANN

Un siècle ne fut pas de trop pour embrasser toutes les vies de l’Allemande Irene (1921-2021) : aventurière lettrée, voyageuse transatlantique et travailleuse infatigable, elle fit de la bibliothèque de Babel la clé de voûte de son univers intérieur et de sa vocation professionnelle tout comme le théâtre de ses péripéties.

Sur fond d’archives et d’images, un metteur en scène-biographe part en quête de son personnage intrépide, de Munich à Chicago, du Canada à l’Afrique du Sud, de Paris à Washington D.C., d’Aix-les-Bains à Phoenixville. All is true ou presque dans ces renaissances successives d’un être combatif aux prises avec l’Histoire, du Troisième Reich à l’Allemagne réunifiée, de l’Amérique de la guerre froide à celles de Clinton, Bush et Obama.

 

Martine Boyer-Weinmann est professeure de littérature française à l’université Lumière-Lyon2. Elle consacre ses travaux aux écritures (auto)biographiques et aux écritures de soi, notamment avec les essais La relation biographique (Champ Vallon 2005) et Vieillir dit-elle (Champ Vallon 2013). Chez le même éditeur, en collaboration avec Denis Reynaud, elle a publié Vestiaire de la littérature, cent petites confections (2019) .

Quel écrivain conçoit l’écriture d’un roman comme un strip-tease à l’envers ? Quel confrère voulut bâtir son œuvre comme une robe, au motif qu’une nouvelle mode de Worth avait autant d’importance que la guerre de 70 ? Lequel soutient que nous ne changeons pas plus d’opinions et de maîtres que de chaussettes ? Quelle créature souhaita que fût chiffonnée la robe qu’elle avait voulue et cousue point par point ? Quel poète aurait préféré être renversé et dardé par l’éblouissement d’une jupe relevée plutôt que par un garçonnier pantalon? Quel personnage célèbre ne porta jamais de bonnet de nuit, ni de robe de chambre, ni de peignoir, ni de pantoufles ? Quel autre, acquérant avec l’âge la liberté de s’habiller, acheta à Venise un blouson révolutionnaire pour aborder l’année 1968 ?

Le lecteur amateur de vêtements et de livres trouvera la réponse à ces questions considérables – et à bien d’autres encore – dans ce livre frivole et savant qui explore les liens multiples entre mode et littérature, et affirme que le plaisir de lire consiste à découvrir ce que les personnages ont dans les poches et sous leur manteau tout autant que ce qu’ils ont dans la tête.

À quel âge est-on vieille en 2013 ? Comment les femmes perçoivent-elles l’effet de seuil du processus ? Si Balzac périmait nos aïeules à 30 ans, la réalité vécue est pourtant moins tranchée : George Sand septuagénaire encourage son « vieux troubadour » déprimé de Flaubert, à patienter jusqu’à ce plus bel âge de la vie pour accéder au bonheur. Duras se dit vieille à 18 ans, Beauvoir s’étiole dans ses 20, avant de vivre l’itinéraire à rebours. Leurs cadettes sénescentes confient désormais à leurs journaux intimes l’émoi de leurs reverdies successives et se sentent maintenant assez gaillardes pour renouveler leur jouvence jusqu’au marathon final. Aux anthropologues, philosophes, gérontologues et autres psychologues, les femmes écrivains (Beauvoir, Cannone, Cixous, Detambel, Duras, Ernaux, Huston, O’Faolain, Rolin…) mêlent au XXIe siècle la leçon de leurs voix de papier. Leur lucidité désinhibée libère souvent un gai savoir de crise aux antipodes des idées reçues.
Ainsi vieillir n’est plus l’enfer des femmes prédit par La Rochefoucauld. Si le bal de têtes proustien n’épargne pas nos contemporaines, elles ont désormais pris la plume elles-mêmes pour écorner quelques stéréotypes avec une énergie, une drôlerie, qui le disputent parfois à la lucidité des renoncements. Vieillir est un art du temps, avec ses ruses, ses foucades et ses têtes à queue turbulents. C’est aussi une affaire de style existentiel et d’intelligence du rapport au monde, auquel l’écriture confère une griffe complice.
C’est bien à une anthropologie littéraire de l’âge au féminin que le lecteur est convié dans cet essai de gai savoir, depuis l’effroi de la première ride jusqu’aux surprises ultimes de la connaissance de soi.

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Vieillir, dit-elle:
une anthropologie littéraire de l’âge
Le sommaire
Opening night 2013:
«Avoir l’âge»
La ballade de Narayama
Quand est-ce que je vieillis?
Le vieillir à l’œuvre
Petit détour par Diderot

I
Se connaître un âge: le moment Beauvoir

«Je suis vieille!»
«Oh! je suis encore une femme»
«Qu’est-ce qu’avoir une vie derrière soi?»
«La compassion me déchirait»
«La ligne de vieillesse»
Deux versions du voile noir

II
La confusion des âges (Huston, Ernaux,
O’Faolain et consœurs)

Du démon de midi
Le méridien des femmes: cap au pire?
(Huston, Cannone)
Entre les lignes: Annie Ernaux, extérieur nuit
Injonctions contradictoires
Nuala O’Faolain ou la condition quinquagénaire

III
D’âge en âge: épiphanies,
trous noirs et reverdies

Le gai savoir du vieillir selon Régine Detambel
Petite physique des trous noirs (Rosenthal, Groult)

IV
Athlètes du grand âge et
génie centenaire

Ève ou l’endurance selon Hélène Cixous
Les futurs immédiats de Dominique Rolin
Portrait de deux marathoniennes (de Romilly, Svetlana Geier)

Bal chez Temporel

Senesco ergo sum
Lire, écrire, oublier
Ce «mystérieux désir de paix des femmes» (Pachet)

Pour de multiples raisons, critiques et université ont longtemps dénigré, en France, le succès public de la biographie littéraire. Taxée d’arrière-garde et d’indigence intellectuelle, cette pratique a cependant, depuis près de vingt ans, retrouvé adeptes et défenseurs. Romanciers reconnus, nouveaux historiens et théoriciens de la fiction s’intéressent à ce matériau d’une infinie souplesse. Rares pourtant demeurent, dans notre pays, les réflexions globales spécifiquement consacrées à la biographie littéraire.
Quels sont ces aventuriers contemporains de la biographie? Quel type de relation complexe parviennent-ils à nouer aujourd’hui, à frais nouveaux, avec leur objet d’étude: une vie, une œuvre, un mythe d’écrivain?
Cet essai se propose de cerner la singularité du paysage français de la biographie littéraire depuis le tournant des années 1980. Pour éclairer et limiter l’inventaire méthodique et la diversité de ses traductions littéraires, l’auteur a choisi d’encadrer la généalogie et l’exposé du débat de fond par trois études de cas biographiques concrets.
Trois grandes voix littéraires du xxe siècle (Rimbaud, Colette, Malraux), chacune porteuse d’un mythe vivace, sont données à entendre dans la perspective critique et polémique de leurs biographes successifs. Autant de voix secondes, autant de sens possibles d’une vie à l’œuvre, avec parfois, à la clé, la naissance d’un nouvel écrivain sous le biographe.

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La relation biographique:
enjeux contemporains
Le sommaire

Avant-propos
LIBIDO BIOGRAPHICA: VERS UN NOUVEAU PARADIGME LITTéRAIRE? 5
Chapitre I
Odi et amo: (Anti)biographismes contemporains
Les désarrois d’Alma Mater
Totem et Tabou: Proust contre Sainte-Beuve?
Portrait du biographe en Judas
«Qu’est-ce qu’on garde?»
De l’effet Bergotte à l’effet Pivot
Chapitre II
Cano virum: des relations biographiques

Enjeux épistémologiques
Le paradoxe Sartre
Deux obstacles philosophiques
Deux obstacles déontologiques
Le roman de la biographie impossible:
une boîte noire théorique
De la quête à l’enquête biographique:
Byatt et l’effet-labyrinthe
Enjeux et contrats biocritiques
Le trajet critique d’une relation impliquée
Pacte biographique / pacte autobiographique
Biographies blanches / biographies à projet
Biographies holistes / biographies partielles
Proto-, ana- et métabiographique
Biographie de l’autobiographe
Entre l’essai et la fiction
Rhétorique de la raison biographique
Excusatio propter infirmitatem
Le recours au paradoxal
Le discours de la méthode

Chapitre III
Paradigme Rimbaud: biographies d’un silence

Vie du poète ou œuvre-vie?
Un silence mal entendu?
Un silence de dissensus
Dialogue de sourds autour d’un silence
Célébrations mythologiques:
Voyages en grande Rimbaldie
Territoires géopoétiques de la Rimbaldie
Contre-offensives anti-mythologiques
Rimbaud devant ses biographes:
une perspective historique
L’Arthur Rimbaud de Lefrère:
une généalogie critique du biographique
Jean Bourguignon et Charles Houin:
les protobiographes dépossédés
Pierre Petitfils: le retour aux faits
Enid Starkie et le Rimbaud négrier
Jean-Luc Steinmetz: une biographie de la présence
De l’anabiographie aux fictions biographiques
De la fiction biographique à l’autofiction:
Rimbaud le fils de Michon
L’essai biographique: au-delà des récits projectifs
ou de révélation
Critique-fiction ou fiction critique?

Chapitre IV
Relation biographique et «génie féminin»:
Colette une question de genre?

Ses vérités, ses apprentissages
«Et voilà comment je suis devenue écrivain»
Masculin/féminin et «hermaphroditisme mental»
«Qu’il m’est doux d’être un bien indivis!»
Malentendus radiophoniques
Photo-génie du féminin
La place du témoin
Colette devant Eckermann: les petites secrétaires
Témoignage et intimité
Monsieur Colette: du «meilleur ami»
à l’ordonnateur du Prima inter pares
Un débat (méta)biographique:
génie féminin ou universel différencié?
Ouvertures-bilans métabiographiques:
une certaine France vs la chair du monde
Naissance d’un écrivain vs
naissance d’une femme en écriture
Colette au féminin pluriel

Chapitre V
Malraux et les paradoxes du biographique
ou «un chat chez Mallarmé»

Approches du chat et art de l’esquive
Biographes et biographié:
colloques et autres «dyableries»
Colloque sentimental: le Malraux de Lacouture (1973)
Colloque jungien: le Malraux de Cazenave (1985)
Colloque intertextuel: de méta- en hypobiographie
Colloque sceptique: Le Malraux de Todd (2001)
Trois mises en scène (auto) biographiques
«Je n’ai pas eu d’enfance»
«Qu’importe ce qui n’importe qu’à moi?»
«J’ai su quelquefois agir»
Requiem pour un chat: entre totem et tabou
Lyrique, forcément lyrique
Épique certes, mais lucide
De l’arsenic dans la relique
Pour solde de tous comptes: canonisation contre omerta?

Chapitre VI
Entre véridiction et invention:
vers une poétique de la biographie non fictionnelle

Référence, histoire et discours:
une controverse théorique
Liberté d’intrigue et «rétrodiction» selon Paul Veyne
Fait et signification selon Ira Nadel
Primauté de l’attestation pour Paul Ricœur et Dorrit Cohn
De l’archive à la reconfiguration:
mémoire, témoignage, biographie
Un triangle conflictuel
Deux lectures critiques du témoignage par Lefrère et Thurman
Un protocole d’alliance:
lecteur compétent et biographe anti-mythographe
Vérité biographique, vérité critique
De la réénonciation à la réinvention
La biographie comme traduction: formes et variantes
Transvocalisation, transmodalisation, pastiche:
deux cas-limites
Imagination et création biographique
La biographie imaginative et ses limites
Art poétique du biographique

CONCLUSION
MAUVAIS GENRE, BON OBJET

BIBLIOGRAPHIE