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Michel | BIARD

Dans La Comédie humaine, Balzac pourfend à diverses reprises un modèle français incarné par ceux qui dans chaque département représentent le pouvoir central : les préfets. À ses yeux, la Nation tout entière serait comme prisonnière de «fils lilliputiens» maniés par les représentants d’un État «centralisateur». Brocardés par toute une littérature au xixe siècle, ces mêmes préfets ont souvent été perçus, depuis Tocqueville, comme les héritiers naturels des intendants. Si cette idée d’une continuité entre les efforts «centralisateurs» de la monarchie dès l’Ancien Régime et l’influence du «jacobinisme» sur la France a été remise en cause par les historiens, force est de constater qu’elle imprègne aujourd’hui encore l’historiographie et le «grand public». Il est vrai que certaines continuités existent entre les hommes que le pouvoir central a tour à tour choisis comme représentants dans les provinces, car le contrôle et la connaissance du territoire national restent fondamentaux pour tout pouvoir. Différents personnages se sont ainsi succédé au fil des temps et ont matérialisé en France la présence concrète d’un État par nature abstrait. En supprimant les intendants en 1789, la Révolution a pourtant voulu faire disparaître tout intermédiaire entre pouvoir central et pouvoirs locaux. Mais, face à ce vide, sitôt que le pays est entré dans une crise multiforme, elle a dû se résoudre à innover dans l’urgence. Avec force hésitations, la recherche de solutions nouvelles a ainsi fait naître successivement les représentants du peuple en mission, les commissaires centraux du Directoire, puis les préfets.

Tous ces personnages ont été l’objet d’appréciations sévères, voire de légendes noires pérennes, tant il est vrai que la critique de l’État et de son poids est presque devenue une sorte de sport national. Alors que la France est entrée depuis 1982 dans une phase dite de «décentralisation» et que fleurit un discours capable de vanter les vertus du «global village» mondial autant que les mérites d’une politique de «proximité», le présent ouvrage entend rappeler ce qu’ont été les hommes du pouvoir dans les provinces françaises du xviie siècle à 1800, avec leurs similitudes aussi bien qu’avec leurs profondes différences. Le lecteur y trouvera matière à réflexion sur notre modèle national de res publica, sur ses racines ainsi que sur nombre d’idées reçues.

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     Les Lillipputiens de la centralisation:
des intendants aux préfets. Les hésitations d’un «modèle français»

Le sommaire

Introduction

Chapitre I: Au XIXe siècle, un «préfet modèle» pour la satire

I. Eux aussi, au prix de quelques appuis,
entreront dans la carrière…
II. Au préfet… dire un peu son fait? ou bien l’écarter?
III. Voter et élire sous la surveillance
de l’administration préfectorale
IV. Aimer, manger, danser: trois temps forts d’une vie préfectorale
V. L’art difficile de la représentation

Chapitre II: «Quand un peuple a détruit dans son sein
l’aristocratie, il court vers la centralisation
comme de lui-même»…?

I. Tocqueville face à ce qu’il estime être un «despote»: l’État
II. Au-delà du déluge, le jeu des résurgences
III. «Le lecteur […] trouvera peut-être que j’ai surabondamment prouvé ma thèse»

Chapitre III: Les «hommes du roi»,
ou la naissance d’un mythe

I. L’origine d’un monde
II. Le vivier des maîtres des requêtes
III. Des pouvoirs étendus pour une tâche immense
IV «La balance de Thémis dans les mains d’un intendant,
cela fait sourire l’imagination»
V. Favoriser le développement
d’une autre administration provinciale?
VI. 1787-1789, les intendants dans la tourmente

Chapitre IV: «Aux enfers» l’intendant!

I. «Il faut les pendre!»
II. Les Tyrans anéantis, ou Foulon, Ex-Contrôleur général
des Finances, & l’Intendant de Paris punis par la Nation
III. L’Audience des enfers.
IV. «Puissent des jours de joie succéder bientôt
aux jours de supplice».
V. Attendre le «dénouement»…

Chapitre V: Que faire face à la peur du vide (1789-1793)?

I. «Le retard des municipalités provient de l’ignorance
de ceux qui sont à leur tête»
II. Les heurts directs entre la capitale et les départements
III. Le retour progressif des commissaires du pouvoir central:
Acte I. Une époque opaque (été 1791-été 1792)
IV. Le retour progressif des commissaires du pouvoir central:
Acte II. Le début d’une époque épique
(été 1792-printemps 1793)

Chapitre VI: La Révolution et ses légendes noires,
ou la recherche confuse
d’une solution idéale (1793-1799)

I. Les «missionnaires de la République»,
ou des envoyés très spéciaux
II. 8e plaie, les sauterelles. Commissaires envoyés
dans les Départements, Carrier, Collot, Fréron,
Joseph Le Bon, etc.
III. Le temps de la transition entre le moment «révolutionnaire»
et la naissance d’un gouvernement «constitutionnel»
IV. Les commissaires centraux du Directoire.
La première solution constitutionnelle de l’après-Thermidor

Chapitre VII: 1800: la naissance de l’institution préfectorale

I. La loi du 28 pluviôse an VII
et l’installation des premiers préfets
II. Mettre en place des hommes du «pays» ou des «horsains»?
III. «Cette place vous impose des devoirs étendus,
mais elle vous offre dans l’avenir une grande récompense»

Chapitre VIII: 1982-2006: haro sur le «jacobinisme»!

I. Qu’est-ce que ce «jacobinisme»,
objet de tant de dénonciations?
II Un «Jacobinisme au petit pied».
Où il est question de quelques obsessions de nos législateurs…
III. Les missions des préfets actuels

Conclusion

Annexes
Annexe 1. Une commission d’intendant en 1637
Annexe 2. Les intendants dénoncés sous la plume ironique
de Louis Sébastien Mercier
Annexe 3. Naissance d’une institution «révolutionnaire»:
les représentants du peuple en mission
Annexe 4. Une dénonciation des «proconsuls»
Annexe 5. Principes d’administration exposés
par le ministre de l’Intérieur, dans une circulaire
aux préfets du 21 ventôse an VIII – 12 mars 1800
Annexe 6. Les pouvoirs des préfets à l’aube du xxie siècle

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