SOCIÉTÉ DES ETUDES ROMANTIQUES ET DIX-NEUVIÈMISTES

Le XIXe siècle ou l’affiche « à tous les coins de rue », mais aussi dans tous ses états. Réalité inépuisable – matérielle, industrielle, commerciale, étatique, juridique, politique, plastique, visuelle, typographique, publicitaire, urbaine, érotique, esthétique, littéraire, stylistique, sémiologique – mais aussi mythe, rêve, désir. Propre à captiver le regard de l’historien des mœurs, mais promue aussi à la dignité d’objet sur-réaliste apte à virevolter les imaginaires. De là le titre ici retenu : non pas « L’Affiche » tout cru, mais « À l’affiche ». Avec cette idée que le mouvement de monstration qui l’expose à la vue suppose une dynamique, mais aussi toute une économie libidinale. Ou lorsque le désir de vendre rencontre le désir de voir… De quoi prêter œil et oreille à l’intense bavardage visuel que les affiches mènent au long du siècle, tout en surveillant les inflexions qui en rythment le cours.

« Ô saisons ! »

Il n’est pas d’affinité a priori de ce siècle de l’histoire qu’est le xixe siècle avec la logique « saisonnière ». Mais comme la France reste plus qu’à demi paysanne et que le calendrier grégorien rythme de nouveau le temps, passée la césure révolutionnaire, la ronde des saisons continue d’y tourner, branchée sur les rythmes astronomiques, météorologiques, agricoles et religieux. Pourtant, une scission tend à se faire, à mesure que le siècle s’écoule, entre temps campagnard et temps provincial d’une part, temps urbain de l’autre. Aux uns, le rythme immémorial du labeur champêtre, serf de la météorologie, aux autres les saisons éphémères de la mode et le nomadisme d’été puis d’hiver qu’entraine « l’avènement des loisirs », tandis que calorifères et serres urbaines invitent déjà à conclure : « Il n’y a plus de saisons. »

Le Magasin du XIXe siècle propose cette année d’ouvrir la boîte de l’immeuble et de regarder « la vie mode d’emploi » du côté du XIXe siècle. La division par étages est en effet un élément de la vie pratique citadine mais aussi un imaginaire social régulateur, d’autant que les étages de la maison font immanquablement songer aux « étages de la société ». De quoi inviter Arthur Curnillon à affirmer : « Une maison est toute une civilisation en miniature. Chaque étage est comme une couche sociale » (1868).
À cet égard l’immeuble dit la ségrégation autant qu’il autorise la labilité des destins sociaux. Les classes y ont leurs paliers ; les « types », chacun sa petite boîte ; cependant, la proximité entre les divers étages favorise un turn over social. Ce qui n’efface le sentiment d’injustice des déshérités, portés à mesurer journellement leur servitude par comparaison, en montant les marches.

José-Luis Diaz, Introduction
Jean-Claude Yon, « Zu ebener Erde ou erster Stock (1835) de Nestory et sur son imitation française Du haut en bas (1842) de Mélesville »
Nathalie Preiss, « Arrêt sur étage. L’immeuble au prisme du panoramique »
Grégoire Tavernier, « Un dévoreur d’espace(s) : l’ambitieux et ses étages préférentiels dans le récit du XIXe siècle »
Olivier Lumbroso, « « La pourriture d’une maison, des caves aux greniers » : poétique de l’étage chez Zola »
Alice de Charentenay, « La domestique au seuil de la famille »
Jean-Didier Wagneur, « L’esprit de l’escalier »
Victoire Feuillebois, « Dostoïevski du sous-sol au grenier »
Marta Caraion, « Fiction d’immeubles : le XIXe siècle au miroir du XXe ».
Florence Bourillon, titre à venir

Le XIXe siècle comme « siècle des inventions », tel est le sujet du dossier que propose ce douzième Magasin du XIXe siècle, sous un titre incitatif : Eurêka ! Au cœur de l’enquête, les inventions telles que le siècle les accumule, année après année, faisant de la surenchère sur le siècle précédent, déjà remarquable en la matière, mais plus encore les réflexions, représentations et imaginaires qui accompagnent cette montée en puissance de l’invention sous toutes ses formes. La notion offre à la fois ce mérite et cette complexité d’être une catégorie amphibie, jouant sa partie dans les « deux cultures » : les sciences et les lettres. Mais le génie du titre retenu nous incite à mettre l’accent sur ce moment privilégié du processus heuristique : la soudaine conscience prise par l’inventeur lorsqu’il lance « ce mot sublime, ce cri de l’intelligence victorieuse et satisfaite qu’Archimède a légué à tous les inventeurs : eurêka ».

 

Sommaire

José-Luis Diaz, « Le siècle des inventions »

Philippe Hamon, « Cosinus »

Noé Maggetti, « Qu’inventent vraiment les écrivains ? Autour de quelques dispositifs de fiction »

François Jarrige, « Les figures de l’inventeur héroïque au xixe siècle »

Thomas Bouchet, « De découverte en invention : Charles Fourier, un « casse-cou » »

Marta Caraion, « Dire les inventions dans les discours d’exorte des Expositions universelles »

Anne Orset, « Le remède imaginaire. L’invention du placebo dans le roman du xixe siècle »

Claire Barel-Moisan, « Edison, d’une rive de l’Atlantique à l’autre : un inventeur dans les cultures populaires et médiatiques américaine et française »

Sébastien Thobie, « Henri de Ruolz, Un alchimiste au xixe siècle »

Jean-Didier Wagneur, « Dictionnaire des inventions parodiques »

Martine Lavaud, « Eurêka médiatique : découverte et événement »

Françoise Gaillard, « Les Eurêka de Flaubert »

Michel Pierssens, « Les découvreuses » ou Le génie féminin au xixe siècle »

Victoire Feuillebois, « Orientations bibliographiques »