ROZENN MILIN La honte et le châtiment

L’une des plus grandes mutations que la Basse-Bretagne a connues au XXe siècle est le changement de langue. Jusqu’aux années 1950-1960, la principale langue familiale dans les campagnes était le breton, que tous connaissaient et transmettaient de génération en génération. Quelques décennies plus tard, il n’est plus parlé quotidiennement que par quelques dizaines de milliers, voire quelques milliers de personnes. Comment une langue autrefois florissante a-t-elle pu décliner aussi vite ? Quel a été le rôle de l’école et de méthodes comme celle du « symbole », un objet stigmatisant dont on affublait les enfants qui commettaient la « faute… (lire la suite)

FRÉDÉRIC JACQUIN Mourir de la peste

COUV Jacquin

Le 23 janvier 1721, à Aix-en-Provence, Marguerite Nouvelle qui est âgée de vingt ans et qui habite près de la porte Saint-Jean, se réveille. Après avoir vaqué à ses occupations toute la matinée, elle se met à table vers midi. Alors qu’elle entame son repas, elle est frappée d’un malaise et commence à ressentir les premières manifestations d’un mal qui lui provoque une alternance de frissons intenses, de spasmes et de fièvres brûlantes. Puis, prise de nausées, sa tête est assaillie par des douleurs aiguës. Quelques heures plus tard, sa peau se couvre de charbons et de bubons qui lui indiquent qu’elle est atteinte de la peste. Elle n’y survit pas… (lire la suite)

ANNE SERRE Au secours

Anne Au secours réimp

« Non, je ne sentais pas exactement de tendresse pour elle. Plutôt une grande curiosité et le désir de m’affronter à elle, de jouer un jeu dangereux. Je sentais qu’elle pouvait faire de moi quelqu’un d’autre, de nouveau, dont je ne soupçonnais même pas les caractéristiques. Elle était capable de me retourner comme un gant, moi pas. Elle, elle ne changerait pas, elle était immuable. C’est agréable d’avoir une mère immuable. C’est comme l’arbre d’un jardin ».

« Peu importe qu’il y ait, dans les événements qui jalonnent l’attente, de l’aberrant, de l’inexplicable : tout nourrit le monologue où se succèdent arguments, interpellations désinvoltes,… (lire la suite)

BENOÎT CONORT Le cri du lézard

Le cri Benoît Conort

Le cri du Lézard se veut la suite de Sortir (Champ Vallon, 2017). Une brève méditation sur le sort du lézard voué, en raison du changement climatique, à disparaître dans un cri silencieux, ouvre le livre. Quand il crie, ouvrant large la gueule, le lézard ne fait retentir aucun son (seul animal dans cette situation), quelles que soient les souffrances qu’il endure. En cela il constitue une métaphore de la voix de poésie qui, quand bien même sonore, est devenu inaudible dans notre société et semble en voie de disparition. Pourtant, malgré ce constat initial, d’un monde défait, marqué par la destruction et la mort, une terre à venir est possible:… (lire la suite)