Champ Vallon

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Parutions à venir

25 avril 2025

Sur un paisible campus de province, au milieu des années 1980, des étudiants en Lettres découvrent la littérature de la fin du siècle précédent et le roman policier, montent des ciné-clubs et écoutent du rock branché. Comme dans un film d’Éric Rohmer, mais par le détour de leur correspondance, ces jeunes gens modernes pratiquent l’art de la conversation, de l’éducation sentimentale ou des projets de livres, voire de bandes dessinées (en ligne claire). Au fil de leurs lettres, ils citent Jean de Tinan, Oscar Wilde et Richard Brautigan, mais aussi les chansons d’Elli et Jacno. Le roman épistolaire se mue doucement en roman d’apprentissage, sans que la réalité ne prenne pour autant le pas sur la rêverie.

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François Souvay enseigne les Lettres et le cinéma à Orléans. Il a publié en 2022 Ciné-club aux mêmes éditions.

Couv Lettres

28 mai 2025

«B. L.» : ces initiales sont celles d’un feuilletoniste du Journal de Paris. C’est sous ce masque qu’Henry Beyle, autrement dit Stendhal, déploya son inventivité journalistique. Les œuvres de pure imagination côtoient, dans ces chroniques, de piquants comptes rendus, les critiques littéraires de fausses lettres de lecteur…

Le célèbre écrivain travaillait alors pour Joseph Lingay, le rédacteur en chef et conseiller du président du Conseil. Jusqu’en 1827, date de leur interruption, ces articles formaient comme un terrain de jeu littéraire, l’occasion de croquer la vie mondaine et de peindre les infortunes de la presse… Une introduction restitue les conditions de cette étonnante découverte. Fruit d’une vaste enquête dans les archives, elle lève le voile sur un secret jusque-là bien gardé. .

 

Olivier Ihl est professeur de sociologie historique à Sciences Po Grenoble. Après plusieurs ouvrages sur les rites politiques comme La fête républicaine ou Le mérite et la république (chez Gallimard), il s’est tourné vers la représentation photographique avec Le premier portrait ou La barricade renversée (aux éditions du Croquant). Ces chroniques inédites de Stendhal ouvrent un nouveau cycle sur le célèbre écrivain et la représentation littéraire.

28 mai 2025

Ce volume propose une enquête collective sur l’élaboration d’une pensée de la culture matérielle par la littérature, depuis les années 1830, lorsque l’avènement conjoint du réalisme et de la révolution industrielle fait des choses des entités littéraires à part entière, jusqu’à la période contemporaine. Plus de quarante spécialistes signent les trente-six chapitres et quatre-vingts encarts de vulgarisation de ce panorama du monde littéraire des objets. On y trouvera des objets rares et des objets de grande consommation, des objets précieux et des objets pauvres, des machines et des reliques, des bijoux et des pots de chambre, des boîtes d’archive et des porte-plumes, du parchemin et du plastique, des objets de mélancolie et des ordinateurs ; des lectures rapprochées de grands textes littéraires, des traversées de larges corpus d’écrits techniques ou industriels, de poèmes, de romans, d’utopies, d’écrits ethnographiques, de récits de soi…

 

Marta Caraion est professeure de littérature française à l’université de Lausanne, Sophie-Valentine Borloz est chercheuse en littérature française à l’Université de Lausanne et Judith Lyon-Caen est directrice d’études à l’EHESS

Le 13 juin 2025

La vie politique fourmille de personnages changeant au gré des majorités qui se font et se défont. Mais comment la girouette est-elle née dans la culture politique française? De quelle façon réapparaît-elle lors de chaque crise et de quelle manière désorganise-t-elle la vie parlementaire?
La littérature pourrait donner un début de réponse. Un personnage de fiction surgit au xixe siècle: le transfuge, qui, sous le visage de l’arriviste cynique, contribue au façonnement de l’archétype du «Judas politique» moderne. Pourtant tout n’est pas sorti de l’imagination des romanciers. Le transformisme idéologique provient de l’expérience traumatisante que les Français ont connue entre 1814 et 1816, lorsque se succèdent à une cadence soutenue Napoléon et Louis XVIII, lorsque les serments de fidélité ne durent que quelques semaines… Ce n’est pas la première fois que la France voit ses élites renoncer à leurs paroles. La monarchie puis la Révolution ont déjà été confrontées, de façon conflictuelle parfois, à la question de la fidélité religieuse d’abord, politique ensuite. Ce ne sera pas non plus la dernière fois, comme les événements de 1940 le montreront.
La girouette en soi vaut surtout par ce qu’elle révèle: la construction d’un pouvoir exécutif qui ne peut plus s’appuyer sur un pouvoir d’origine divine. Le personnage-caméléon incarne alors un technicien de la politique ou un professionnel de l’administration dont la vocation consiste à faire marcher la chose publique au-delà des opinions ou des contingences idéologiques. Pour cela, mieux vaut se trouver en un centre politique, mieux vaut être capable de s’adapter et de saisir rapidement les leviers du pouvoir en toutes occasions, afin de rejeter à la périphérie les radicaux et les perturbateurs de l’ordre public. L’authentique anomalie de la vie politique française ne serait pas cette lutte entre «blancs» et «rouges» depuis deux siècles, mais l’émergence d’un centre invisible et pourtant omniprésent.
Qui mieux que le général accomplissant le coup d’Etat du 19 brumaire a perçu cet «extrême centre» lorsqu’il résumait ainsi son programme politique: «Ni talons rouge, ni bonnet rouge»? Ce livre interroge finalement, de façon dérangeante mais nécessaire, la place de Bonaparte, éminent politique, au cœur de la construction républicaine française depuis deux cents ans.

Lire le sommaire

La république des girouettes
1795-1815 et au delà
une anomalie française: la France de l’extrême-centre

Le sommaire

Du mont des Oliviers
à la caverne de Jotapata
préhistoire de la trahison

PREMIERE PARTIE
Le Transfuge,
figure romanesque et personnage historique
ou… les liaisons dangereuses de l’Histoire
et de la littérature au xixe siècle

Chapitre I: La girouette: figure réelle et anti-héros de papier
I. L’histoire d’un siècle caméléon
II. Mémoires de Girouettes:
naissance d’une figure médiocre dans un genre mineur.
III. «Des Machiavel sans qualités»
IV. La vie de bureau est un vrai roman…
ou les français mythomanes
III. Histoire d’une conversion

Chapitre III: Grands écrivains et petites créatures
I. Balzac, ou… la comédie des girouettes trop humaines
II. Stendhal… ou autant en emporte Lewen

Chapitre III: Quinet… ou l’historien bouleversé
I. Confession d’un doute
II. La Révolution trahie
III. Mirabeau, au tribunal du juge historien
IV. Le vrai Machiavel ou la vertu calomniée
Épilogue: France… 1945: Jules Isaac,
un juste au pays des francisques en poche
et des vestes retournées

SECONDE PARTIE
Naissance d’une figure politique française:
la girouette

Chapitre IV: 1814-1816, météo politique instable:
régimes à tous vents
I. Avril 1814: les «Judas» entrent en scène
II. La drôle de Restauration
III. Les Cent-Jours
IV. Fiction ou réalité d’un Empire libéral?
V. Juillet 1815… Le retour du roi, «quand même»…

Chapitre V: La girouette
Quand Le Nain Jaune et sa cohorte
tiennent 1814-1816, météo politique instable
sur les fonts baptismaux…
I. Une bataille de… «Nains» pour une controverse géante
II. Le Nain Vert et la farce féroce:
ou, à droite, rira bien qui rira le dernier…
III. Le Dictionnaire des Girouettes
IV. La queue de la girouette

Chapitre VI: Contre-figures de la girouette
Nouveaux travestissements
ou visages adultes de la politique…
I. Épurer?… Épurons!
II. Les «contre-girouettes»… ou les sauveurs de l’État
III. Les braves à l’assaut…
IV. Antonelle le précurseur et Jullien le conciliateur
ou… un nouveau jacobinisme
en accord avec la société civile
V. Où il est question, encore, et non pour la dernière fois,
des «Modérés» et du Centre
Épilogue: la girouette ou la modernité empoisonnée
«Néo-caméléons» Ultras, censeurs, homes du juste milieu

Troisième partie
De Thermidor à L’Empire,
le compromis dans l’intransigeance?…
ou la République de l’Extrême-Centre
et l’origine de l’anomalie française

Chapitre VII: Brèves histoires des girouettes
Des guerres civiles de religion
à la guerre civile de la Terreur
I. La girouette au temps des rois
II. La Révolution ou l’entrée en scène du Janus bifrons

Chapitre VIII L’an III ou la République recentrée
Des transfuges aux honnêtes gens…
ou comment passer de la République
des renoncements à la Cité de l’ordre public
I. Où les historiens de l’an III
s’accordent sur la présence des girouettes…
et s’opposent sur la direction des vents dominants!
II. À qui sommes nous?…
III. Ferme opinion du peuple
contre versatile opinion publique
IV. Germinal an III: Un honnête homme
contre des honnêtes gens,
ou Carnot face à Siéyès et consorts…

Chapitre IX: Du Directoire au Consulat:
Un laboratoire pour une idéologie de l’extrême centre
I. Il est temps de s’expliquer sur l’«extrême centre»
II. La controverse Adrien Lezay Marnésia-
Benjamin Constant
III. Inventer le Centre
IV. Bonaparte ou la quintessence d’une République du centre,
contre les bonnets rouges et les talons rouges
Conclusion: La République toujours plus au centre…
jusqu’à sa perte?

Chapitre X: L’empire du milieu
I. Une résistante: Madame de Staël
et ses considérations sur la Révolution Française
II. Thibaudeau… ou le préfet de Marseille,
en «jacobin poudré» impérial
III. Fiévée, penseur de l’Empire des intérêts…
contre la Révolution des opinions
IV. Constant… «et vogue la galère»…
V Napoléon-Bonaparte…
ou le mémorial de l’Empereur Janus

Épilogue
Variations dramatiques sur un même sujet
Les girouettes d’une épuration à l’autre….

Conclusion
La girouette, une figure du passé… jamais dépassée

Bibliographie


Revue de presse

     Le Monde du vendredi 27 mai 2005

Vents changeants
Le « centre », de la Révolution à la Restauration

Pierre Serna ouvre de façon originale et convaincante les voies à l’explication d’une culture politique à la française submergée par les extrêmes, de droite comme de gauche, au point d’avoir laissé peu de place dans la mémoire collective aux partisans de ce qu’il appelle le  » centre « , à ceux d’un parti  » médian « ,  » mixte « , d’une troisième force dont la marque de fabrique serait celle de la raison et de la modération.
La figure allégorique qui dans l’histoire a largement contribué à cette occultation est celle de la girouette. L’homme-girouette est le traître par excellence, le corrompu, le transfuge de toutes les causes, une sorte de sangsue du pouvoir qui s’épanouirait sur le cadavre de l’intérêt général. Si le motif de la girouette apparaît en 1815 avec le dictionnaire du même nom publié en juillet par le publiciste Alexis Eymery, à l’issue des convulsions politiques inhérentes à la succession rapide des régimes – quatre en un peu plus d’un an, et autant de serments – celui-ci traverse toute notre histoire politique et sociale. Autour de l’image polémique de la girouette – et du vent toujours changeant qui l’accompagne – s’agrègent comme à un aimant autant de questions qui sont celles d’un XIXe siècle lent à terminer la Révolution : celle des rapports de l’éthique à la politique, de la meilleure république possible et de la meilleure façon de la servir.
La rupture de 1789, la transformation d’une société d’ordres et de corps en autant d’individus citoyens isolés, la désagrégation des anciennes valeurs engendrent de l’inquiétude, et de cette inquiétude naît la controverse.

Contre-figures

En remontant le cours de l’histoire, de la Restauration au Directoire, en entrecroisant ses sources – littéraires et politiques – en convoquant une foule de textes peu connus voire méconnus, Serna nous invite à saisir tous les enjeux d’une histoire culturelle du politique à partir d’une simple figure de combat. Celle-ci, comme en une efflorescence, engendre autant de contre-figures qui toutes apportent des éléments de réponses à la question centrale de la construction de l’Etat comme de l’inclusion du social au politique. De ces contre-figures restées dans l’ombre, Serna exhume l’histoire enfouie de la conversion face à la trahison, de la transition face à la rupture, de la modération face à la violence, en esquissant une lecture fine, neuve et convaincante d’une écriture politique précisément marquée au fer rouge du chiffre de nos antagonismes, de nos clivages et de notre dualité. Ce nouvel opus du biographe d’Antonelle (éd. du Félin, 1997) vaut mieux que son sous-titre. Derrière la notion d' » extrême centre « , paradoxale et volontairement provocatrice, on trouvera des trésors de science et de subtilité.

Emmanuel de WARESQUIEL

29 août 2025

Daniel Fleury aimait citer ces phrases de Kafka : « je ne suis rien d’autre que littérature ». « Tout ce qui ne concerne pas la littérature, je le hais ». Or, la littérature, idole faillible, ne manque pas de tromper son dévot d’une manière incompréhensible avec le tout-venant de ses adorateurs : il en ressent de l’amertume. Quant à  son « église », il la juge, à bon droit, plutôt désespérante : ses prêtres (les éditeurs), ses théologiens (les théoriciens, les critiques), ses fidèles (les lecteurs, les amis même), n’ont de cesse de vous faire diversement sentir que vous êtes inexistant.

En 2015, ce sentiment de déréliction fut assez fort pour que l’écrivain cherche à en rendre compte par des Carnets. Ce ne sera pas sans force péripéties, sans un retournement heureux de situation (la parution en 2019, chez Champ Vallon, de La poursuite en péniche du lac migrateur) ni sans un affrontement sans fin avec un autre malin génie littéraire : l’alcool. Cependant, le pli une fois pris de cette expérience intérieure tardive, Daniel Fleury s’y tint, essayant des diverses manières de la pratiquer (réflexive, polémique, anecdotique, lapidaire, cocasse) en artiste impénitent. Et cela simultanément à l’écriture d’un dernier roman (Zoltan Zékator et Joseph Staline mangent des artichauts, Champ Vallon, 2024). Il n’attendit même pas que cette œuvre connaisse ce qu’il appelait « une existence typographique » pour aller reposer, on l’espère enfin en paix, dans le sein de sa divinité jalouse.

 

Daniel Fleury a publié chez Champ Vallon La Poursuite en péniche du lac migrateur (2019) et Zoltan Zékator et Joseph Staline mangent des artichauts (2024).

12 septembre 2025

Ce livre propose une histoire de la corruption, telle que les Français l’ont perçue et comprise, quelquefois en recourant à des pratiques dissimulées d’intérêts et de pouvoir, plus souvent en la dénonçant et en la condamnant, des années 1750 aux années 1950. Or, comme l’on s’en doute, les pratiques ont varié d’une période à une autre, ainsi que les réponses apportées à ce qui était considéré comme un problème de moralité collective. Pour le dire autrement, il n’y a pas une corruption immuable dans l’histoire de France, mais bien un ensemble de questions qui ont évolué au fil du temps, comme en témoignent les sens changeants du mot lui-même.

 

Spécialiste d’histoire politique de la France, et en particulier des phénomènes de complot, de corruption, de patronage et de clientélisme, Frédéric Monier a notamment publié Corruption et politique : rien de nouveau  (Armand Colin, 2011) et Léon Blum, la morale et le pouvoir (Armand Colin, 2016).La corruption publique en France: XVIIIe-XXe siècle

17 octobre 2025

En décembre 1944, le Conseil national de la Résistance décide de la tenue d’États généraux de la Renaissance française à Paris du 10 au 13 juillet. Les comités départementaux de Libération doivent préalablement organiser des assemblées communales chargées d’élaborer des « cahiers de doléances », empruntant à 1789. Leur objectif : permettre une appropriation collective du programme du CNR, proposer à leur échelle des déclinaisons concrètes d’une « véritable démocratie économique et sociale » et s’attacher aux questions sociétales et macro-politiques qui se sont précisées ou ont émergé depuis la Libération. Les synthèses départementales et des centaines de cahiers communaux conservés par Louis Saillant, alors président du CNR permettent une plongée dans la France de 1945 et ses aspirations.

 

Danielle Tartakowsky est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris 8. Spécialiste de l’histoire sociale et politique en France au XXᵉ siècle. elle est présidente du conseil scientifique du campus Condorcet depuis décembre 2022.

 

La souche que l’on mettait jadis au feu pendant la messe de minuit, la vraie « bûche de Noël », a été considérée pendant très longtemps comme l’un des objets magiques les plus puissants et les plus répandus dans une grande partie de l’Europe. Avant son déclin au XIXe siècle, sa transformation en dessert et sa quasi-disparition au profit du sapin, elle guérissait les hommes et les animaux de tous les maux, protégeait de la foudre, repoussait les sortilèges et aidait les cultures à être fructueuses.

Pour percer le mystère de la bûche, il faut retrouver la magie de l’entre-deux qui caractérise le Noël rural d’antan, celle d’une période solsticiale intermédiaire, qui se concentre à minuit ou à un carrefour. La bûche et le gras offre une plongée dans un univers à première vue très étrange, où les œufs pondus, la fleur de fougère, les chandelles ou même la graisse du bouillon captaient une puissance magique dont la nature est irréductible aux schémas savants ou aux christianismes institutionnalisés. Un univers très étrange, à première vue seulement : car dans ce qui porte chance ou malheur aujourd’hui, dans nos formules de politesse ou dans les cadenas d’amour accrochés aux ponts, les mêmes processus sont toujours à l’œuvre. Ils montrent que notre monde n’a pas tout à fait fini d’être magique.

 

Docteur en histoire, Anton Serdeczny est actuellement chercheur au Medici Archive Project à Florence. Il est l’auteur de Du tabac pour le mort. Une histoire de la réanimation (Champ Vallon, 2018).

7 novembre 2025

Le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), dès ses lendemains, devint un objet d’histoire conflictuelle. S’opposèrent des historiens catholiques ou protestants qui cherchèrent à expliquer comment un crime d’une telle intensité avait pu se produire à contre-sens d’une concorde orchestrée par le roi Charles IX. Il ne s’agissait que d’un début puisque, depuis ce temps, se sont multipliées les histoires d’un événement qui est toujours apparu comme une violence inouïe et qui fut donc façonné selon des narrations antagonistes obéissant aux enjeux religieux, politiques, ou idéologiques immédiats.

La Saint-Barthélemy est, dans ce livre, scrutée comme une hantise française constamment projetée dans des passions se succédant les unes aux autres. Une hantise qui n’est pas sans laisser transparaître l’angoisse d’une vérité historique, certes instrumentalisée, mais peut-être pour toujours introuvable…

 

Professeur émérite d’histoire moderne à l’université de Paris IV-Sorbonne, spécialiste des guerres de Religion et des pratiques de violence à la Renaissance, Denis Crouzet a construit une œuvre essentielle, de ses Guerriers de Dieu (Champ Vallon, 1990) à  Paris criminel. 1572 (Les Belles Lettres, 2024), en passant par Le XVIe siècle est un héros. Michelet, inventeur de la Renaissance (Albin Michel, 2021) et Christophe Colomb. Héraut d’une apocalypse (Payot, 2006).

21 novembre 2025

On dit souvent qu’on connaît moins bien les fonds marins que les différentes faces de la lune, mais que sait-on de leur histoire ? Comment ont-ils été découverts, explorés, exploités, appropriés et transformés au cours des siècles passés ?

Alors que la pollution plastique touche désormais les fosses abyssales, que les projets d’extraction minière profonde se multiplient et que s’ouvrira bientôt à Nice une Conférence décisive des Nations Unies sur le devenir de l’océan, cet ambitieux ouvrage collectif croise histoire, sociologie, anthropologie et droit pour tenter de restituer aux environnements sous-marins un peu de leur profondeur historique. De la pêche des huîtres perlières dans les Caraïbes du XVIe siècle aux habitats sous-marins destinés à abriter l’homo aquaticus au temps de la Guerre froide, en passant par la colonisation verticale du Maghreb à la fin du XIXe siècle, ces études apportent un éclairage inédit sur les interactions de longue durée entre les sociétés humaines et les fonds marins.

 

Romain Grancher est historien et chargé de recherche au CNRS. Il est l’auteur de La mer en commun. Une histoire par en bas du monde de la pêche (Dieppe, XVIIIe-XIXe siècle)  (Éditions de la Sorbonne,  2025) . Solène Rivoal est historienne, maîtresse de conférences à l’Université d’Albi . Elle a notamment publié Les marchés de la mer. Une histoire sociale et environnementale de Venise au XVIIIe siècle, aux éditions de l’École française de Rome en 2022.

Textes de Lino Camprubi,  Christophe Camus,  Fabien Clouette, Fabien Locher,  Nelo Magalhães,

Beatriz Martinez-Rius, Tania Navarro-Rodriguez, Postodoctorante Pascale Ricard, Hugo Vermeren, Maria C. Villarin, Molly Warsh.

21 novembre 2025

« Ô saisons ! »

Il n’est pas d’affinité a priori de ce siècle de l’histoire qu’est le xixe siècle avec la logique « saisonnière ». Mais comme la France reste plus qu’à demi paysanne et que le calendrier grégorien rythme de nouveau le temps, passée la césure révolutionnaire, la ronde des saisons continue d’y tourner, branchée sur les rythmes astronomiques, météorologiques, agricoles et religieux. Pourtant, une scission tend à se faire, à mesure que le siècle s’écoule, entre temps campagnard et temps provincial d’une part, temps urbain de l’autre. Aux uns, le rythme immémorial du labeur champêtre, serf de la météorologie, aux autres les saisons éphémères de la mode et le nomadisme d’été puis d’hiver qu’entraine « l’avènement des loisirs », tandis que calorifères et serres urbaines invitent déjà à conclure : « Il n’y a plus de saisons. »