Denis | REYNAUD

La littérature a longtemps ignoré les odeurs, ou presque. Depuis environ deux siècles celles-ci ont envahi la fiction et les récits de vie. Quel vocabulaire, quels détours pour traduire cet indéfinissable qui défie la précision de nos langues ? Parfumerie, gastronomie et œnologie ont bien sûr une large part dans les évocations d’odeurs, mais on préfère ici explorer des contrées plus obscures, plus vastes, plus inattendues, réelles ou imaginaires. De l’odeur des pieds au si désirable petrichor, dit « petite pluie » par les compositeurs impuissants à le reproduire, cinquante usages littéraires de l’aigre, de l’âcre, du fétide, du rance mais aussi de la violette et du papier, dessinent une carte des paysages sensibles qui surgissent quand nous plongeons le nez dans les livres.

Ancienne élève de l’ENS Paris (1978-1982), Martine Boyer-Weinmann est professeure émérite de littérature française à l’université Lyon2, spécialiste de littérature contemporaine.
Denis Reynaud a enseigné la littérature française à Lyon, en Angleterre, aux États-Unis et au Japon ; spécialiste de la presse du XVIIIe siècle, il est le créateur du site Le Gazetier universel.

Quel écrivain conçoit l’écriture d’un roman comme un strip-tease à l’envers ? Quel confrère voulut bâtir son œuvre comme une robe, au motif qu’une nouvelle mode de Worth avait autant d’importance que la guerre de 70 ? Lequel soutient que nous ne changeons pas plus d’opinions et de maîtres que de chaussettes ? Quelle créature souhaita que fût chiffonnée la robe qu’elle avait voulue et cousue point par point ? Quel poète aurait préféré être renversé et dardé par l’éblouissement d’une jupe relevée plutôt que par un garçonnier pantalon? Quel personnage célèbre ne porta jamais de bonnet de nuit, ni de robe de chambre, ni de peignoir, ni de pantoufles ? Quel autre, acquérant avec l’âge la liberté de s’habiller, acheta à Venise un blouson révolutionnaire pour aborder l’année 1968 ?

Le lecteur amateur de vêtements et de livres trouvera la réponse à ces questions considérables – et à bien d’autres encore – dans ce livre frivole et savant qui explore les liens multiples entre mode et littérature, et affirme que le plaisir de lire consiste à découvrir ce que les personnages ont dans les poches et sous leur manteau tout autant que ce qu’ils ont dans la tête.