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Stéphane | BOUQUET

 

Marie dit la vie la vie

tu n’as que ce mot aux lèvres

c’est vrai j’avoue la vie est le seul

refuge, je ne sais plus trop à force

si « j’écris sur vous au lieu de

mourir » ou pour rejoindre un verbe au présent

« et me sentir mille choses heureuses à la fois »

ayant atteint « la bienveillance du réel »

du genre ces bras entre nous respirés

alors c’est gagné la vie la vie

 

 

MAISON DE LA POÉSIE PARIS Mardi 30 mars

 

 

Ce livre pose une question simple qui peut se dire de plusieurs façons: qu’est-ce que vivre ensemble ? et comment s’y prendre ? Quelles sont, aujourd’hui, les utopies (amoureuses, amicales, collectives) à notre disposition pour refonder un espoir commun ?
Ce livre pourrait sembler fourre-tout : il contient trois poèmes, une pièce de théâtre, trois récits. Mais son projet est plutôt de dire qu’il n’y a pas besoin, ni de raison, de tailler des territoires trop précis et étanches, des spécialités impénétrables. La porosité est l’idéal ici défendu : la frontière souple ou flexible, la limite qui n’en est pas une.

Lire un extrait

EN GUISE D’EXCUSE

Je médite un petit poème sur celui qui voulait savoir quels cachets j’avalais
la nuit. « Je prends des cachets de contr’absence. » Il est assis tout près oh j’adorerais
écrire une tristesse de plus sur l’inaccessible abri des épaules. Bien sûr
un ami m’a généreusement averti par mail de la substance un tantinet
narcissique de mes tactiques d’approche. Pas la peine alors le matin orageux
à Vienne, les acacias nous visaient directement dessus, ni la boîte
de prostitués bulgares, la nuit d’avant, quand nous avions dansé tout
près des corps parfois mineurs de l’humanité. Pas la peine et rien qui
concerne l’avenir de vivre ? Possible mais d’un autre côté écoute mes troubadours
intérieurs je les entends crier oc oc de plaisir chaque fois que je chante
ma moindre dame particulière. Lui, par exemple. Il provoque simplement
les vibrations accélérées du monde et nous offre un hiver plus profond : regardez
les arbres de la cour nus et droits dans leur écorce et la durée. C’est comme
d’entrer dans une saison attisée par le besoin : il n’est pas sûr que les trottoirs
garantissent l’équilibre mais si on se débrouille bien son visage nous servira
de déambulateur dans les rues. Qui a dit « toute existence n’est que la déclinaison
des corps » ? Personne peut-être. Pourtant c’est vrai, toutes
essaient
d’arracher des bribes à l’étreinte. Mettons une alouette soulève un ver de terre
et tu soulèves le bras de quelqu’un et lui sens l’aisselle et la suite se répand aussitôt
quand à force de déductions ou inductions même demain reverdit et nous devient
approximable. Lui, par exemple, dont il ne reste que le visage de loin,
j’apprends à respirer en absence et sous poumons différés. Au reste, ce matin
un chercheur expliquait à la radio qu’on savait déjà bio-photocopier 3-D
des lambeaux de peaux et des bouts de cornée, alors laisse-moi seulement
photocopier ton corps et je promis laisserai en paix l’original. De toute façon
mes amis j’écris de moins en moins de poésie. J’ajoute juste des mots à des jours
en espérant y trouver la raison de surpasser l’odeur intense de solitude qui
me stagne sans arrêt sous les bras et puis re-salves d’encouragement
des troubadours intérieurs : continue, continue d’entrelacer ton vers à la seule vérité
qui soit et la stupeur d’exister. Ainsi les mouettes remontent dans les terres, suivant
les fleuves de déchetterie en déchetterie parce qu’elles sont de bons exemples
des adjectifs : avides, affamées, faméliques, et toute la liste linguistique
qui veut simplement dire que tu me manques. Qui Tu ? Je t’ai dit hier, le moindre
membre du visage universel. En fait avec toi ou avec vous on serait tenus dans
les serres du monde si cette métaphore a un sens. C’est ce qui arrive à
Ganymède dans la légende, un aigle se l’approprie et vient le déposer dans le contre-
univers des choses ou l’univers des contre-choses, enfin j’espère qu’on se
comprend : c’est juste qu’il devient capable de refermer sur lui la circonférence
comme il arrive aux gens de s’enrouler dans une couette ou dans l’odeur adolescente
de l’espoir et il semble un instant que rien ne peut plus s’enfuir : ni
la carte postale vivante d’hier – pleine lune sur mer déchaînée & grains fouettant
les vitres – ni ce train ni rien. Et donc dans cinq ou six jours, je le reconnaîtrai : l’un
des millions à pouvoir effectuer la suture ou la liaison des peaux comme
la mousse parfois pousse à même les toits de tôle ondulée et on se demande
où elle trouve l’énergie de s’épanouir aussi follement en milieu hostile. Par
exemple c’est la mort ou la mort grandit mais je me trimballe avec la photocopie
de toi ou de vous et voilà exactement le masque ou le scaphandre dont
j’avais besoin pour ne pas finir, disons, déjà étouffé par la poussière polluée.

Référence explicite au fameux recueil de Ronsard, Les Amours, ce livre revisite la tradition de la poésie amoureuse et en propose une suite avec des outils contemporains, pour l’amour des vivants d’aujourd’hui.
Dans Les Amours suivants, opportunément pluriels, le poète propose de multiplier les muses, de penser l’amour comme une figure d’engagement dans la vie multiple, faire du monde mondialisé une surface de surf sur corps et visages où les affects obéissent à la même logique que celle de chacun de nos jours : une sorte d’accessibilité de tout partout, une disponibilité maximale, un bonheur qui ne cesserait de se répandre, ici et ailleurs. Un monde à foison où l’amour cesserait d’avoir un seul visage.

Nos amériques est l’histoire d’un séjour : à New York peut-être, mais surtout dans l’utopie presque réalisée, dans la lumière, près d’un fleuve qui coule, avec tous les gens qui marchent sur le trottoir, et les voitures, les poutrelles métalliques. Dans cette ville-là, plusieurs personnes parlent, des je tu il elle, afin qu’on soit sûr que la conversation est bien commune et le quasi bonheur mondialisé.
S.B.