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YANNICK RUMPALA Hors des décombres du monde

YANNICK RUMPALA Hors des décombres du monde

Écologie, science-fiction et éthique du futur

L’humanité doit-elle se préparer à vivre sur une planète de moins en moins habitable ? Comment adapter l’équipement intellectuel collectif pour éviter cette situation ? Et pourquoi pas en recourant à la science-fiction et à son potentiel imaginaire ? Dans la masse de récits et de représentations qu’elle offre, on peut trouver des ouvertures inspirantes, aidant à réfléchir, éthiquement et politiquement, sur les manières pour une collectivité de prendre en charge les défis écologiques. La science-fiction, au-delà du découragement ou du sursaut de conscience qu’elle est censée susciter, offre à la réflexion, en plus d’un réservoir imaginaire, un support de connaissance qui est susceptible de nous aider à habiter les mondes en préparation. Et à avancer vers une autre éthique du futur…

« La science-fiction expérimente les conditions de la vie en commun »
Entretien avec Yannick Rumpala dans USBEK & RICA

Biographie

Yannick Rumpala, maître de conférences (HDR) à l’Université de Nice, est membre de l’Equipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés (ERMES). Il appartient au comité scientifique de Res Futurae, revue d’études sur la science-fiction.
Il a publié notamment Développement durable ou le gouvernement du changement total, Le Bord de l’eau (2010). Il est l’auteur de nombreux articles et a participé à plusieurs ouvrages collectifs.

Yannick Rumpala Hors des décombres du monde 2018
Paru en août 2018
14 x 22, 288 pages
ISBN 979-10-267-0724-0
23 €

CHARLES-FRANÇOIS MATHIS, EMILIE-ANNE PEPY La ville végétale

CHARLES-FRANÇOIS MATHIS, EMILIE-ANNE PEPY La ville végétale

lUne histoire de la nature en milieu urbain, France, XVIIe-XXIe siècle

Cette vaste synthèse étudie l’occupation urbaine depuis le XVIIe siècle par les plantes, parcs et jardins, mais aussi plantes « hors-sol » qui circulent dans l’espace urbain (fruits et légumes, fleurs coupées, déchets végétaux, etc.). Il s’agit de montrer que loin d’être un espace absolument artificialisé, non « naturel », la ville a constamment été imprégnée de végétaux, mais que cette présence a fluctué au fil des siècles. Sont interrogés les raisons, les acteurs et les défis de la végétalisation urbaine qui repose sur des motivations nombreuses, esthétiques, sanitaires, écologiques. De même, la végétalisation a sans cesse été soutenue par ceux que nous appelons les mains vertes, qui sont tout aussi bien des particuliers, des professionnels que les pouvoirs publics. Mais étendre ou maintenir la présence végétale en ville impose de relever de multiples défis (fonciers, financiers, esthétiques, biologiques…) qui ont pu varier au cours des siècles.

Ce livre propose aussi une réflexion neuve sur les usages qui ont été faits de la nature en ville, paradoxalement instrument d’urbanité, de sociabilité et donc d’affirmation sociale, mais aussi inversement jungle, ferment de discorde et d’ensauvagement, objet d’affrontements politiques. On peut également faire usage du végétal pour bien être et bien vivre, accompagner les plaisirs, exercer les corps ou cultiver les esprits. Plus prosaïquement, la ville est aussi, tout au long de ces quatre siècles, un lieu de production et de consommation important de végétal. Enfin, c’est aussi en ville qu’une science botaniste et un savoir sur les plantes se développent.

Ce tableau général, inédit, permet ainsi de voir la ville autrement et d’offrir des pistes de réflexion sur la nature en milieu urbain aujourd’hui.

Biographie

Normalien, agrégé et docteur en histoire, Charles-François Mathis est Maître de Conférences en histoire contemporaine à l’Université Bordeaux Montaigne. Spécialiste d’histoire environnementale et britannique, il est notamment l’auteur de In Nature We Trust. Les paysages anglais à l’ère industrielle (PUPS, 2010) et a dirigé, avec Jean-François Mouhot, Une protection de l’environnement à la française (XIXe-XXe siècles) ? (Champ Vallon, 2013). Il préside le Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (RUCHE).

Normalienne, agrégée et docteure en histoire, Émilie-Anne Pépy est Maître de Conférences en histoire moderne à l’Université Savoie Mont Blanc. Spécialiste d’histoire environnementale, particulièrement des environnements montagnards, et de la constitution et de la circulation des savoirs naturalistes, elle est notamment l’auteure de Montagne sacrée, montagne profane. Le territoire de la Grande Chartreuse, XVIe - XVIIIe siècles (PUG, 2011) et a co-dirigé plusieurs ouvrages.

La ville végétale – Charles-François Mathis et Émilie-Anne Pépy 2017
Paru le 16 novembre 2017
14 x 22, 360 pages
979-10-267-0633-5
25 €

GRÉGORY QUENET Qu’est-ce que l’histoire environnementale ?

GRÉGORY QUENET Qu’est-ce que l’histoire environnementale ?

Ce livre se propose d’introduire dans le débat intellectuel français l’un des champs de recherche les plus novateurs de ces dernières années : l’histoire environnementale, dont la portée dépasse largement les frontières de la discipline historique, pour s’adresser à l’ensemble des sciences sociales et humaines, mais aussi des sciences de la nature, des sciences de la vie et des sciences exactes.

Les défis environnementaux qui engagent le futur de nos sociétés ont contribué à décloisonner cette discipline, dont les approches ne sont plus aujourd’hui l’apanage des seuls historiens mais des questions partagées par tous : comment en sommes-nous arrivés là et de quelle manière les différentes sociétés humaines sont-elles caractérisées ?

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Qu’est-ce que l’histoire environnementale?

Avant-propos
Première partie
Théories et structuration du champ

Chapitre 1
LE CREUSET ÉTATS-UNIEN, 1970-1990

L’acte de naissance, entre Earth day et New Left History
Des débuts difficiles, la structuration d’un nouveau
champ de recherche
L’écologie, un modèle et ses limites
L’américanisation de l’histoire environnementale

Chapitre 2
INTERNATIONALLISATION ET RECOMPOSITIONS : DES ENVIIRONNEMENTS ET DES HISTOIRES

L’histoire environnementale face au tournant culturel
Pour en finir avec la wilderness
Le décentrement de l’histoire environnementale
Environment and History et la géographie historique
Une seule planète, des environnements multiples
Fragmentation théorique et nouveaux enjeux

Chapitre 3
LES HISTORIENS FRANÇAIS ET L’ENVIRONNEMENT

Les Annales et la structuration de l’histoire environnementale
Les malentendus d’une proto-histoire
de l’histoire environnementale8
Les historiens face à l’institutionnalisation
de l’environnement
Le tournant non historien de l’histoire écologique
Le temps des malentendus
La naissance de l’histoire environnementale en France
Revenir aux Annales ?
Deuxième partie
Chantiers de l’histoire environnementale

Chapitre 4
HISTOIRE ENVIRONNEMENTALE DE L’URBAIN

Histoire de l’environnement urbain : contexte et émergence
Définition, concepts, méthodes
L’impact des villes sur l’environnement naturel
L’impact de l’environnement naturel sur les villes
Les réponses urbaines aux problèmes environnementaux
Les relations environnementales entre les villes
et leur hinterland
Inégalités et enjeux environnementaux urbains
Éco-biographies de villes

Chapitre 5
HISTOIRE DE LA COLONISATION ET DE L’IMPÉRIALISME

École tragique et colonisation
Destructions écologiques et développement
Des subaltern studies à l’histoire environnementale
Les colonies, un laboratoire environnemental
Histoire coloniale de l’Amérique du Nord
L’histoire des politiques de conservation
Catastrophes coloniales

Chapitre 6
HISTOIRE DES CHANGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX

Histoire de la prise de conscience environnementale
Changement économique, social et environnemental
L’histoire sociale en question
Environnement et inégalités de race, classe, genre
Conservation et luttes sociales
La privatisation des communs
Histoire des ressources
Les racines de la crise environnementale

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE
INDEX

Revue de presse

NONFICTION
(4 mai 2014)

Par un juste retour des choses, il était indispensable que le premier livre entièrement dédié à l’histoire environnementale soit publié chez l’éditeur qui, le premier, a ouvert une collection réservée aux publications relevant de ce champ, en contribuant ainsi à la diffusion de ces travaux dans le milieu de la recherche en France. Par un juste retour des choses, il était indispensable que ce livre soit signé par l’auteur qui, le premier, a créé un enseignement en histoire environnementale à Sciences Po en 2008, et qui a lui-même joué un rôle actif dans l’introduction de ce domaine de recherche, ne serait-ce qu’en assumant les fonctions de directeur de la remarquable collection « L’environnement a une histoire » aux éditions Champ Vallon, dans laquelle ont déjà été publiés les excellents ouvrages de John McNeill, Du nouveau sous le soleil, et de Michael Bess, La France vert clair.

Voilà qui est donc chose faite avec la parution ces jours-ci de Qu’est-ce que l’histoire environnementale ? par Grégory Quénet. Qu’on ne s’y trompe pas : contrairement à ce que suggère le titre trop modeste, l’ouvrage propose bien plus qu’une simple synthèse ou qu’une simple introduction à l’histoire environnementale. Le lecteur y trouvera certes une présentation et une discussion critique des principales contributions faites à ce jour en histoire environnementale – dont chacun a plus ou moins entendu parler dans la mesure où plusieurs best-sellers lui ont permis d’atteindre un assez large public –, mais il y trouvera aussi une histoire intellectuelle et contextualisée des travaux publiés dans le domaine au cours des trois ou quatre dernières décennies, une histoire de l’histoire environnementale depuis la formation de ce courant de pensée au début des années 1970 dans les pays anglo-saxons, une sociologie de la structuration de ce champ disciplinaire et des modalités de son internationalisation, une étude comparative de l’histoire de l’environnement telle qu’elle s’est développée en France après la Seconde Guerre mondiale (sous l’influence de l’Ecole des Annales et notamment de Fernand Braudel) et de l’histoire environnementale anglo-américaine initiée par Roderick Nash et Donald Worster, une interrogation sur les réquisits épistémologiques d’une « histoire totale » qui se voit contrainte de mobiliser des concepts et des méthodes pourtant incommensurables les uns aux autres (ceux des sciences de la nature, d’une part, et ceux des sciences sociales et des humanités, d’autre part), et, last but not least, une réflexion prospective sur une thématique émergente – celle des humanités environnementales – qui, selon l’auteur, « est potentiellement capable de réorganiser les études sur les sociétés et leur environnement et de prendre sous son aile, non seulement l’histoire environnementale, mais aussi toute les disciplines qui font les humanités : le droit, la littérature, l’histoire de l’art, l’anthropologie, la sociologie, la science politique et la philosophie » .

L’ouvrage, on l’aura compris, est d’une exceptionnelle richesse et se lit en outre très agréablement d’un bout à l’autre, étant servi par un style fluide que n’encombrent pas les inévitables et érudites notes de bas de page, ici réduites au strict minimum. Divisé en deux parties comportant chacune trois chapitres, il propose en un premier temps une étude de la formation de l’histoire environnementale comme champ de recherche et de sa lente démarcation par rapport aux domaines connexes de la géographie historique et de l’anthropologie culturelle. Le premier chapitre avance les éléments généraux de définition permettant de fixer à titre provisoire l’identité disciplinaire de l’histoire environnementale. Le second examine les conditions de l’internationalisation de ce courant intellectuel et son éclatement actuel. Le troisième met au centre de son attention le « cas français » – particulièrement digne d’intérêt en ce que, après avoir été l’un des derniers pays à avoir accueilli l’histoire environnementale dans ses programmes des recherche, la France se distingue aujourd’hui comme l’un des lieux les plus dynamiques en Europe . La seconde partie de l’ouvrage présente trois études monographiques, organisées autour des trois thématiques majeures de la recherche en histoire environnementale, à savoir la thématique de l’urbain (dans laquelle se sont illustrés des auteurs comme Martin Melosi, William Cronon et Mike Davis), la thématique de l’impérialisme colonial (qui a fortement contribué au succès de l’histoire environnementale aux Etats-Unis : que l’on songe aux travaux fondamentaux d’Alfred Crosby, repris et développés par Jared Diamond, mais aussi aux travaux de Ramachandra Guha, de Richard Grove et de Mike Davis),et la thématique des changements environnementaux (l’ouvrage pionnier demeurant, ici, celui de Donald Worster sur le Dust Bowl, bientôt suivis par ceux de Richard White, John McNeill et Carolyn Merchant).

Hicham-Stéphane Afeissa

Biographie

GREGORY QUENET est agrégé, professeur en histoire moderne à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est aussi membre de l’Institut Universitaire de France et consultant sur la sismicité historique et la vulnérabilité aux tremblements de terre pour l’industrie et les installations nucléaires en France. Il a publié Les Tremblements de terre aux XVIIe et XVIIIe siècles (Champ Vallon, 2005).par un certain type de relation à ce qui les entoure ?

Qu'est-ce que l'histoire environnementale ? Grégory Quenet 2014
Paru le 7 mai 2014
14 x 22 cm, 320 pages
ISBN 978.2.87673.958.1
23 €

CHARLES-FRANÇOIS MATHIS et JEAN-FRANÇOIS MOUHOT (dir.) Une protection de l’environnement à la française ?

CHARLES-FRANÇOIS MATHIS et JEAN-FRANÇOIS MOUHOT (dir.) Une protection de l’environnement à la française ?

XIXe–XXe siècle

Changement climatique, biodiversité, épuisement des ressources, pollution, et de nombreux autres problèmes environnementaux alimentent les médias quotidiennement. Ces problèmes, même s’ils se sont accentués récemment, ne sont pas nouveaux. Les tentatives pour remédier à ces difficultés ne datent pas d’hier non plus, en France comme dans le reste du monde. Pourtant, la France est souvent considérée comme étant un pays en retard en matière de protection de la nature et de l’environnement (de PNE), en particulier par rapport aux voisins allemands, britanniques et aux Américains.
Ce livre interroge cette spécificité française – ou son absence — en matière de PNE, en réunissant les contributions de 25 spécialistes parmi les meilleurs travaillant sur ces questions en France et de l’étranger, et qui, dispersés dans différentes disciplines, ont rarement l’occasion de travailler ensemble. Il montre que le soi-disant « retard » français doit être relativisé, et que bien des aspects de l’histoire de la PNE ne sont pas spécifiques à la France.

Textes de M. Barroca-Paccard, N. Baron-Yellès, F. Benhammou, J.-P. Bozonnet, M. Barroca-Paccard, H. Bourfouka, L. Chabason, V. Chansigaud, L. Charles, F. Charvolin, M. Dupuy, S. Farmer, S. Frioux, H. Jaffeux, B. Kalaora, N. Krautberger, R. Lajarge, J.-P. Raffin, M. Stoll…

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PRÉFACE
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Charles-François Mathis et Jean-François Mouhot

Une Histoire environnementale du monde
à l’ère des énergies fossiles (1800-2012)
John R. Mc Neil

Première partie
LA FRANCE ET LE MONDE

I. La France et ses colonies

1. Préserver la nature de l’Algérie française
L’Alfa est-il un colon comme les autres?
Hakim Bourfouka et Nicolas Krautberger
2. Mettre en valeur, préserver ou conserver? Genèse et déclin
du préservationnisme dans l’empire colonial français (1870-1960)
Yannick Mahrane, Frédéric Thomas et Christophe Bonneui
3. Dynamiques et temporalités des modes de protection de la nature
et de l’environnement libanais: une approche à la française?
Justine Pasquiee

II. La France et l’Europe

4. L’influence de la France dans la protection de la nature en Italie
au début du XXe siècle
Luigi Piccioni
5. Les liaisons sinueuses: les relations franco-allemandes en matière
de protection de la nature dans la première moitié du XXe siècle
Anna-Katharina Wöbse
6. Un faux départ? Les acteurs français dans la politique
environnementale européenne des années 1970
Jan-Henrik Meyer
7. Les «pluies acides»: une controverse des années 1980
Laurent Schmit
8. Les ordures ménagères et l’apparition de la consommation
de masse – Une comparaison franco-allemande (1945-1975)
Heike Weber

Deuxième partie
ACTEURS ET MOYENS DE LA PNE

I. Les parcs, un instrument français?

9. La mise en réserve des étangs de Camargue, un laboratoire
de la relation de l’homme contemporain à l’environnement naturel
Alexandre Serres
10. L’invention des parcs nationaux français entre modernisation
et décolonisation: la quête d’une singularité (1950-1970)
Karine-Larissa Basset
11. Essai sur la genèse idéologique et institutionnelle
des parcs naturels régionaux français
Nacima Baron-Yellès et Romain Lajarge

II. Les acteurs de la pne

12. Le dépeuplement des cours d’eaux: un marqueur de l’émergence
de la protection de la nature dans la Société d’acclimatation
et en France (milieu XIXe-milieu XXe siècles)
Rémi Luglia
13. L’origine de la protection des oiseaux en France
Valérie Chansigaud
14. Cohabiter avec l’ours, le lynx et le loup: le rôle historique
et stratégique des associations de protection de la nature en France
Farid Benhammou et Jean-Pierre Raffin
15. Les batailles de l’eau et de l’air purs -Transferts internationaux
et politiques d’amélioration de l’environnement urbain
en France des années 1900 aux années 1960
Stéphane Frioux

Troisième partie
PENSÉES ET REPRÉSENTATION DE LA NATURE ET DE LA PNE EN FRANCE

16. L’histoire cyclique de l’écologisme en France
et en Europe (1981-2010)
Jean-Paul Bozonnet

I. Représenter la nature et sa protection:
éducation et médias

17. Environnement et télévision depuis les années 1970
Michel Dupuy
18. Les programmes scolaires: de l’éducation à l’environnement
vers l’éducation au développement durable (1970-aujourd’hui)
Marco Barroca-Paccard
19. Les mémoires paysans et la transformation de la France rurale
dans l’après-guerre
Sarah Farme

II. Quel rapport des Français
à la nature et à l’environnement?

20. Protection de la nature et environnement en France:
une dynamique inaboutie
Lionel Charles et Bernard Kalaora
921. Les influences religieuses sur le mouvement écologiste français
Mark Stoll
22. De différentes pratiques d’ornithologie citoyenne:
une comparaison France/USA
Florian Charvolin

ÉPILOGUE
Existe-t-il une approche française de la protection de la nature?
Lucien Chabason

Normalien, ancien élève de Sciences-Po et agrégé d’histoire, Charles-françois Mathis, agrégé et docteur en histoire, enseigne à l’Université Paris Sorbonne. Il a participé à divers ouvrages collectifs et a publié en 2009 In nature we trust : les paysages anglais à l’ère industrielle (Pups, prix du livre d’histoire de l’Europe).

Jean-François Mouhot est docteur en histoire de l’Institut Universitaire Européen. Il est chargé de recherches à l’Université de Georgetown (Washington) et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris. Son premier livre, Les Réfugiés Acadiens en France (1758-1785) (Septentrion, 2009) a obtenu le prix Pierre Savard 2010. Il a récemment publié Des esclaves énergétiques (Champ Vallon).

Une protection de l'environnement à la française ? (Charles-François Mathis et Jean-François Mouhot – 2013)
Paru le 19 avril 2013
14 x 22 cm, 320 pages
ISBN 978.2.87673.606.1
25 €

ODILE MARCEL Littoral : les aventures du Conservatoire du littoral

ODILE MARCEL Littoral : les aventures du Conservatoire du littoral

Préface de Yves Colcombet

« Tu sais comme est belle l’eau qui baigne les rivages de France, tu la regardes volontiers au ras des plages ou bien, en surplomb, du haut de falaises prodigieuses. Caps, criques, baies, lagunes, dunes, horizon, tu aimes la lumière, le vent, le scintillement et l’écume. Près de la mer ont poussé des maisons, des immeubles, des ports de plaisance et des raffineries de pétrole. Comment conserver la beauté du monde dans un pays moderne ? »
Odile Marcel évoque dans cette promenade littéraire très personnelle l’invention du Conservatoire du littoral, en 1975. Elle raconte son travail, depuis trente-sept ans, pour obtenir la protection de près de sept cents sites « pour tous et pour toujours ».
En racontant plus particulièrement les histoires, heureuses et mouvementées, de neuf sites sur les rivages de l’hexagone et d’outre-mer (la Guyane, L’anse de Paupilles, le Domaine de Rayol, Agriate, l’abbaye de Beauport…), elle décrit la mission du Conservatoire, une initiative institutionnelle originale qui œuvre à construire un accord entre les propriétaires, les habitants et les élus. Une telle démarche a permis de protéger déjà plus du dixième des littoraux en France, illustrant la persistante capacité des citoyens à instituer le territoire en bien commun, à le tenir pour une ressource à partager dans le respect de la part qui doit rester à la nature.
Comme si les hommes, autour de bonnes lois et par des processus de fortes concertations, savaient trouver en eux le ressort pour s’entendre afin de favoriser la durée des choses…

Lire la préface

Préface de Yves Colcombet
En 2015, le Conservatoire du littoral fêtera ses 40 ans. Autant d’années d’exercice au quotidien de l’établissement public dont le cœur de métier, l’acquisition foncière des plus beaux rivages français, s’est nourri de péripéties, de rebondissements propres à constituer les aventures, non pas fictives mais bien réelles, du Conservatoire.
« La mémoire est la sentinelle de l’esprit », écrivait William Shakespeare (Macbeth, I, VII – 1605). Plus qu’un roman d’aventures, cet ouvrage, consacré à la mémoire du Conservatoire du littoral, se veut un livre sentinelle.
Il devenait urgent d’écrire cette page d’histoire pour conjurer la perte d’une mémoire dont on sait qu’elle peut disparaître en même temps que ceux qui la portent. Les aventures du Conservatoire s’attachent à faire ressurgir un passé déjà quelque peu enfoui, recherchent, par une enquête quasi-policière, les traces, les témoins, les détails a priori anodins et pourtant déterminants, compilent les petites histoires.
Le patrimoine protégé par le Conservatoire est aujourd’hui constitué de 800 sites : seuls neuf d’entre eux, parmi les plus emblématiques, ont été retenus pour faire l’objet d’une d’investigation poussée. Neuf sites de légende qui, par leur histoire, ont participé à la construction de l’établissement, à sa légitimité, à sa crédibilité, à sa notoriété, à son rayonnement. Neufs sites dont les noms sonnent comme des promesses : Marquenterre, îles Chausey, abbaye de Beauport, domaine du Rayol, Paulilles, Agriate ou encore îles du Salut… Mais neuf sites dont l’histoire retrouvée et relatée de leur acquisition démontre la complexité de l’exercice foncier opéré par le Conservatoire et ses partenaires.
Odile Marcel, philosophe et conseillère scientifique investie depuis longtemps auprès du Conservatoire, et Catherine Marette, sa fidèle acolyte, sorte de Dupond et Dupont ou Holmes et Watson au féminin des temps modernes, ont mené l’enquête : elles se sont rendues sur les « lieux du crime », ont retrouvé les protagonistes, interrogé les acteurs qui se sont souvenus de tout : des faits, des logiques, des heurts, des blocages, des tractations, des négociations, des échecs, des victoires, des pactes, des peines, des joies, des intrigues, des alliances, des stratégies, des rouages, des influences, des avancées, des désillusions, des accrocs, des bonheurs…
Elles ont écouté les hommes et femmes qui, pendant toutes ces années, ont mis leur talent, leur cœur, leurs convictions dans un combat d’une grande complexité : la protection du littoral. Elles ont recueilli les petites histoires du Conservatoire du littoral afin d’écrire la grande histoire de la préservation des rivages en France.
Mes remerciements chaleureux vont à toutes ces personnes sans lesquelles le Conservatoire ne pourrait ancrer son action, servir le public ni faire connaître ses valeurs sur le long terme.

Yves Colcombet
Directeur du Conservatoire du littoral


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Table des matières

Avant-propos

Chapitre I. Embarquement

Chapitre II. Guyane

Chapitre III. Retour dans l’hexagone

Chapitre IV. L’anse de Paulilles

Chapitre V. Domaine du Rayol

Chapitre VI. Agriate

Chapitre VII. Trois réserves naturelles
Orx, Moëze, Marquenterre

Chapitre VIII. Abbaye de Beauport,
archipel de Chausey

Agrégée de philosophie, Odile Marcel est professeur honoraire de l’Université Lyon III. Depuis plus de trente ans, elle mène des recherches sur l’espace et le paysage. Auteur de nombreux articles et de nombreux essais (La Maladie européenne : Thomas Mann et le XXe siècle, PUF ; Paysage visible, paysage invisible, Champ Vallon …), elle a aussi publié deux romans aux Éditions du Seuil (L’eau qui dort, L’Amazonie) et des livrets d’opéra. Elle est par ailleurs présidente de l’Association La Compagnie du paysage et membre du Conseil scientifique du Conservatoire du Littoral et des espaces lacustres.

Littoral (Odile Marcel – 2013)
Paru le 14 mars 2013
14 x 22 cm, 320 pages
ISBN 978.2.87673.877.5
24 €

JOHN R. MCNEILL Du nouveau sous le soleil

JOHN R. MCNEILL Du nouveau sous le soleil

Une histoire de l’environnement mondial au XXe siècle
(traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Beaugrand)

Guerres mondiales, essor et chute du communisme, diffusion de la démocratie : voici les événements qui forment l’histoire habituelle du XXe siècle. Mais, durant ce siècle, l’impact des hommes sur l’atmosphère, l’eau, le sol et la biosphère a atteint une intensité sans précédent. Comme l’écrit J.R. McNeill dans ce livre important, avec le recul, le changement environnemental apparaîtra comme le phénomène le plus important de l’histoire du siècle.
À partir d’une présentation passionnante, qui mélange anecdotes, données et analyses éclairantes, McNeill nous propose le premier récit complet de « l’expérience gigantesque et incontrôlée menée sur la terre » par l’espèce humaine au XXe siècle. Ce livre est rien moins qu’une réécriture de la vision de l’histoire communément admise : Thomas Midgley, l’inventeur de l’essence au plomb et du premier gaz CFC, devient un des premiers personnages du siècle, devant les acteurs de deux guerres mondiales.

Revue de presse

Du nouveau sous le soleil:
Dans L’Histoire (février 2011)
Entretien de John McNeill avec Jean-François Mouhot
John McNeill l’affirme dans son dernier livre : le XXe siècle restera d’abord marqué par le désastre écologique.

En ce qui concerne les relations entre les hommes et le reste de la biosphère, le XXe siècle se démarque fondamentalement des siècles précédents. Je partage cette conviction avec Paul Crutzen, qui utilise un néologisme, l’«anthropocène», pour désigner ce qui s’apparente à une nouvelle ère où l’humanité est devenue la force écologique et géologique dominante (les géologues envisagent d’ailleurs sérieusement d’adopter ce terme). J’ai voulu avecmon livre décrire cette révolution, intervenue dans pratiquement tous les domaines, de la croûte terrestre aux couches stratosphériques, en passant par les océans et les zones urbaines. C’est une vue d’ensemble qui bouscule les récits classiques. Les héros de cette histoire sont des hommes peu connus comme Thomas Midgley, l’inventeur de l’essence au plomb et des gaz CFC, ou Fritz Haber, père de la synthèse de l’ammoniac à l’origine des engrais chimiques modernes, dont les inventions ont – sur le long terme – un impact durable pour la planète. Le principal moteur de ces changements a été notre prédilection croissante, au cours du XXe siècle, pour les énergies fossiles (charbon et pétrole notamment). Ensuite, la multiplication par quatre de la population mondiale entre 1900 et 2000. Il y a encore, bien sûr, les innovations technologiques, étroitement liées elles-mêmes aux systèmes énergétiques, ou l’idéologie de l’expansion économique, dans le monde capitaliste comme non capitaliste.
Cet engouement pour les énergies fossile s’explique d’abord par la plus grande facilité d’obtenir du charbon et du pétrole, grâce à l’amélioration des techniques d’extraction et de transport. Très vite, grâce aux chemins de fer, camions citernes, pipelines et tankers, le marché a été abondamment alimenté en énergies fossiles. Le prix de l’énergie est aujourd’hui beaucoup plus bas qu’il ne l’était il y a trois cents ans, avant le charbon et le pétrole.
Par ailleurs, l’accroissement de la population, l’idéologie de la croissance économique et de l’industrialisation et le passage d’un mode de production agraire à un mode de production industriel ont dopé la demande en pétrole et en charbon. Au cours du XXe siècle, la consommation d’énergie a été multipliée par quinze; une expansion qui dépasse l’explosion démographique!
Cette consommation exponentielle d’énergie fossile a eu d’abord pour conséquence l’augmentation de la pollution atmosphérique, en particulier urbaine, résultant de la combustion du charbon et du fioul domestique. Dans le monde occidental au début du XXe siècle, la qualité de l’air urbain était plus mauvaise qu’elle ne l’avait jamais été, et plus mauvaise qu’elle ne l’est maintenant. D’où de graves problèmes de santé publique. A Londres, par exemple, en 1952, entre 4 000 et 12 000 personnes furent tuées par le «smog», cette brume sombre et épaisse constituée de fines particules de pollution et d’ozone. Au cours du XX° siècle, la pollution atmosphérique a causé sans doute autant de morts que la seconde Guerre mondiale (le nombre total de décès causés par la pollution de l’air au cours du XXe siècle est estimé à 40-50 millions, ce qui est comparable au nombre global de morts provoqués par la guerre de 1939-1945).
L’environnement a été aussi transformé plus directement par l’utilisation d’énergie bon marché. La déforestation a été accélérée par l’usage de machines fonctionnant aux énergies fossiles, de la tronçonneuse aux engins colossaux qui peuvent débiter un tronc en quelques secondes. Autre exemple: l’extraction minière. Là encore, seuls des engins très gourmands en énergie peuvent décapiter le sommet d’une montagne ou creuser d’énormes galeries dans la terre pour extraire quelques grammes d’or. De même, les baleiniers n’auraient pas été à deux doigts de faire disparaître plusieurs espèces de cétacés sans l’existence de navires gigantesques propulsés au fioul, comme ces navires soviétiques de la taille de porte-avions qui opéraient clandestinement durant la guerre froide.
Mais il est plausible que c’est le changement climatique qui apparaîtra à long terme comme la principale conséquence de la diffusion des combustibles fossiles. Au cours du XXe siècle, il est resté modeste : entre 1900 et 2000, l’élévation de température est inférieure à 1°C, et l’élévation du niveau des mers limitée à environ 20 cm. Mais le réchauffement de la planète offre un exemple éloquent de la fragilité des systèmes sur lesquels reposent nos sociétés. Espérons qu’au XXIe siècle nous saurons hâter les transitions nécessaires pour éviter de subir de plein fouet les pires méfaits du réchauffent du climat. Il faudra pour cela favoriser à la la transition énergétique vers des systèmes plus propres et la transition démographique.

(Propos recueillis et traduits par Jean-François Mouhot.)

Esprit
(mai 2011)

Nous vivons une époque qui, sur le plan des perturbations de l’environnement, est sans précédents. Pour en prendre la mesure, peu de livres se révèlent aussi instructifs et adoptent une perspective aussi profonde que celui-ci, paru en 2000, et qui vient d’être traduit en français. Les qualités de cet ouvrage le recommandent tant pour des historiens que pour des géographes, des personnes préoccupées d’économie ou de politique de l’environnement, voire des philosophes intéressés par la grandeur et les limites de la condition humaine. C’est que, grâce à un travail de plusieurs années et à de remarquables talents d’écrivain, MeNeill est parvenu à combiner de façon élégante des données précises issues des sciences naturelles avec des réflexions de haute volée, le tout relevé par des citations d’auteurs aussi disparates que Shakespeare, Swift, Machiavel, ou encore l’Ecclésiaste d’où est tiré le titre. « Rien de nouveau sous le soleil? » Et bien si : l’homme a modifié son environnement dans des proportions inédites, avec des conséquences qui continueront à se manifester pour des siècles ou des millénaires.
Le livre est construit en deux parties. La première aborde systématiquement les changements dans la lithosphère et la pédosphère (les sols), l’atmosphère, l’hydrosphère (eaux), puis la biosphère. Les analyses de chaque chapitre sont présentées à travers des cas d’études régionaux choisis dans le monde entier et accompagnées des tableaux de synthèse. Ces cas vont bien au-delà d’études multidisciplinaires au sens environnemental, puisqu’ils incluent également des motivations politiques (le nationalisme par exemple). L’auteur s’attaque ainsi avec méthode aux changements environnementaux sur l’ensemble de la planète durant tout le XXe siècle. Il remonte d’ailleurs souvent à des époques antérieures afin de préciser les spécificités de la période en cours, même si l’on peut discuter de «l’exceptionnalisme» du XXe siècle, qui poursuit et amplifie certaines tendances des âges précédents.
La seconde partie du livre, plus courte, concerne les «moteurs de changements», et compte un chapitre sur les mégapoles, un autre sur les combustibles, l’outillage et l’économie et le dernier sur les idées et la politique. Celui-ci s’ouvre sur le type de sentence que McNeill affectionne:
«L’une des raisons pour lesquelles l’environnement a tellement changé au XXe siècle est que — du point de vue de l’écologie — les idées et les politiques dominantes ont quant à elles si peu changé.»
Le chapitre n’en présente pas moins les évolutions du dernier tiers du XXe siècle dans la pensée environnementale, période à laquelle la plupart des rapports et ouvrages limitent l’objet des questions environnementales modernes.
On songera peut-être, en matière d’histoire de l’environnement et de ses enseignements, à Jared Diamond, auteur notamment de De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire (prix Pulitzer, 1998) qui a bénéficié d’un succès que n’a pas eu McNeill à ce jour, amplifié par son livre Effondrements. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2006). S’il fallait comparer ces deux auteurs, on peut noter que Diamond n’est pas historien, qu’il est plus axé dans le premier livre cité sur les déterminismes biologiques, et dans le second sur les «effondrements» massifs, avec en vue des leçons à tirer (difficilement) pour éviter l’effondrement possible de notre société globale. Pour sa part, l’histoire environnementale du XXe siècle de McNeill recense un grand nombre d’effondrements locaux, mais aussi de dégradations et d’évolutions, dus à des transformations environnementales non intentionnelles. L’un des intérêts du livre est d’aller rechercher quantité de problèmes environnementaux «d’avant l’environnementalisme» (si l’on date celui-ci des années 1960 aux États-Unis, avant de se diffuser dans le reste du monde): l’extraordinaire pollution des villes américaines, par exemple, ou celle des grands lacs dans les pays industrialisés ou de la région de la Ruhr. Toutes ces formes de pollution ont suscité à leur époque des réactions vigoureuses de différents groupes, notamment des femmes, en particulier contre les pollutions locales. Ces dynamiques de contestation, qui rencontraient souvent, en guise de réponse, l’indifférence ou la surdité avant les années 1960, sont reconstituées de façon vivante, de même que sont analysés les facteurs qui ont fait évoluer, depuis, les pratiques et les mentalités. Ce qui permet alors à l’auteur de justifier dans la dernière page de son épilogue, intitulé « Et alors ?», l’apport que peut avoir l’histoire environnementale.
«Si notre durée de vie atteignait 700 ou 7000 ans, nous pourrions comprendre [notre condition actuelle] sur la base de notre expérience et de notre mémoire. Mais pour des créatures dont l’espérance de vie est de plus ou moins 70 ans seulement, il faut procéder à l’étude du passé, tant lointain que récent, pour savoir quelle est la gamme des possibilités et déterminer ce qui va perdurer.»

Edwin Zaccai

La vie des idées
(juin 2011)

L’ouvrage de John McNeill comble en France une lacune : il est de plus en plus difficile de s’orienter dans le flot mondial de publications en provenance des sciences environnementales et des humanités qui traitent du rapport à la nature. Par delà l’anecdote de telle ou telle extinction ou invasion biologique, qui alimentent dans le creux estival les feuillets « sciences » des quotidiens et des magazines, que nous disent ces recherches de l’impact de notre mode de vie sur la planète et de son évolution à travers les âges ? Les coups de projecteur médiatique sur telle ou telle controverse obsidionale et hexagonale, sur telle ou telle catastrophe naturelle, pétrolière ou nucléaire, tendent à brouiller la perception des enjeux globaux de la mise en coupe réglée de la planète. En tout cas, ils ne facilitent pas la perception des tendances et des résultats les plus importants de la recherche et des conclusions qu’on peut en tirer pour notre existence. Il y a dix ans, McNeill, historien américain, auteur d’ouvrages remarqués en histoire environnementale, relevait le défi de produire une synthèse posant clairement les enjeux historiques des découvertes récentes. La version française est enfin disponible, et nous osons croire qu’elle aura l’impact qu’elle mérite.
Le XXe siècle est celui de l’apogée de la formidable croissance démographique et économique de l’humanité commencée au siècle précédent : la population mondiale et le revenu par tête ont été multipliés par quatre et la consommation d’énergie par seize. Cet accroissement s’est construit sur l’abondance des ressources fossiles et de l’eau douce à bon marché. En construisant son mode de vie sur ces prémisses, l’humanité a fait le choix inconscient de l’hyper-spécialisation sur un nombre limité de ressources – la « stratégie du requin », selon McNeill –, et non pas sur la faculté d’adaptation à des ressources diverses – la « stratégie du rat ». Cette stratégie globale de spécialisation, qui représente une bifurcation soudaine dans l’histoire de l’évolution humaine, est un pari reposant sur la foi que les conditions écologiques favorables à ce succès demeureraient les mêmes et qu’une croissance gagée sur elles serait continue. Or l’on s’est aperçu progressivement au cours du siècle que l’abondance de l’eau douce et du combustible est temporaire. En outre, elle se trouve de plus en plus menacée par notre spécialisation elle-même, la surconsommation énergétique. C’est là que le constat de L’Ecclésiaste ne tient plus, affirme McNeill, qui retourne le verset proverbial. L’avènement d’une nouvelle ère géologique, « l’anthropocène » (Paul Crutzen) a modifié ce qu’on croyait immuable, que la « terre demeure ferme pour jamais » et que « la mer ne déborde point » (I, 4, 7). La prévision de McNeill est modérément optimiste. Il rappelle que la destinée de celles des sociétés passées qui ont fondé leur survie sur une spécialisation exclusive (mais à une échelle bien moindre) permet de penser que la mutation de notre système socio-économique, de nos comportements et modes de pensée producteurs et consommateurs – la sortie du fossile – sera un douloureux ajustement.

Une histoire totale

Par rapport à d’autres synthèses classiques en histoire environnementale [1], l’ambition de McNeill n’est rien de moins que de proposer une somme des savoirs scientifiques sur la grande transformation environnementale du XXe siècle : les bouleversements de la planète sous l’action des évolutions humaines et des systèmes techniques, au centre desquels McNeill place les choix énergétiques. Pour organiser un matériau si important, il s’en remet au découpage proposé par les sciences de la planète : lithosphère et pédosphère (terre), atmosphère (air), hydrosphère (eau) et biosphère (faune et flore). À cette taxonomie, il adjoint trois chapitres consacrés à la démographie et à l’urbanisation, à la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et à l’impact politique des idées et mouvements environnementalistes.
Le lecteur tient là la synthèse de centaines de travaux de langues diverses spécialisés dans les sciences de la vie et de la terre : de la limonologie à la géologie en passant par l’épidémiologie. L’horizon intellectuel de l’auteur s’étale sur quarante pages de bibliographie (un millier de références). Il se fait passeur de savoirs depuis les sciences sur les écosystèmes jusqu’aux humanités qui raisonnent sur la « sélection non naturelle » introduite par les développements récents des sociétés humaines. Il embrasse les résultats de toute science, au mépris du cloisonnement des facultés et des peureuses hésitations, dans une étreinte digne d’un érudit de la Renaissance.
McNeill indique ce faisant une voie transdisciplinaire dont il démontre la productivité pour l’histoire. Sa conviction épistémologique est que « l’histoire moderne de l’écologie de la planète et l’histoire socioéconomique de l’humanité ne prennent leur sens véritable qu’une fois considérées globalement » (p. 20). Dès lors, on n’écrit plus la même histoire quand on décrit des événements fondateurs tels que la découverte du Nouveau Monde, la révolution industrielle et leurs ramifications socio-politiques. L’histoire doit prendre en compte l’évolution des « paramètres vitaux de la planète » qui sont le soubassement de toute activité humaine et la mettre en relation avec les transformations culturelles et mentales des sociétés humaines (p. 476).

Une histoire mondiale

L’augmentation de la population mondiale est le facteur le plus évident des modifications anthropiques sur l’environnement. Pourtant, McNeill propose une vision nuancée de cette influence en passant en revue les liens entre accroissement démographique et déforestation, épidémies, pollutions etc. (chap. 9). Sa conclusion est la suivante : la démographie pèse sur la planète moins à travers l’augmentation brute de la population qu’à travers l’urbanisation et les phénomènes migratoires qu’elle engendre dans un monde globalisé.

Du nouveau sous le soleil est une histoire mondiale, empruntant ses études de cas à toutes les latitudes. Outre les épisodes classiques (Dust Bowl, mer d’Aral, déforestation en Amazonie, pêche à la baleine, etc.), McNeill revient sur des histoires peu connues, comme celle de l’érosion au Kenya sous la pression des cultures de rente, de la bioinvasion du tilapia (ou « poulet aquatique ») sous les tropiques, de la pollution atmosphérique à Cubatão (Brésil), et des ravages sociaux et environnementaux de l’exploitation du nickel en Nouvelle Calédonie. La « transition épidémiologique », domaine de prédilection de McNeill, est exposée de manière particulièrement pénétrante (p. 272-279) [2]. Certes l’analyse est européocentrée, l’auteur ne s’en cache pas : c’est l’histoire de l’imposition à l’ensemble de la planète d’un mode de relation à la nature, caractérisé avant tout par l’exploitation à courte vue et ses conséquences imprévues et « dégâts collatéraux ». L’auteur rejette les autres civilisations dans le passé des sociétés pré-modernes, trop vite sans doute, pour se focaliser sur les tendances majeures du XXe siècle que sont la croissance et la consommation, véritable credo mondial.

Une histoire globale

Du nouveau sous le soleil est une histoire globale. Cela est dû à l’objet même : l’empreinte humaine sur la planète est passée d’un niveau local à un niveau régional puis global. McNeill insiste sur les changements d’échelle de la pollution de l’air et de l’eau : d’un problème riverain, local, elle devient un problème régional avec les fumées des cheminées d’usine, la pollution des grands fleuves et des mers ; et un problème global avec les modifications climatiques dues aux gaz traces. Ce qui intéresse McNeill avant tout, ce sont les chaînes de dépendance globale entre les échelles, et entre nature et société, car la transformation des écosystèmes implique toujours des modifications des rapports politiques et sociaux. Globalement, les moyens inventés pour lever certaines contraintes en créent d’autres : sur le Nil, le Pô ou le Colorado, l’irrigation révolutionne l’agriculture par l’augmentation radicale des surfaces cultivables. Mais les barrages coupent l’apport sédimentaire en aval, menaçant les deltas, détruisant les pêcheries et affaiblissant les populations qui en dépendaient. De bonnes terres sont rendues inaptes à la culture par la salinisation et les infiltrations et la pression agraire augmente sur les aires marginales et boisées. Sur le Nil, les infections parasitaires pullulent. L’irrigation pousse à l’utilisation d’engrais (dont la production pompe l’électricité produite par les barrages) et donc à la monoculture qui favorise certains exploitants et circuits économiques au détriment d’autres, et épuise les terres. Enfin, l’évaporation naturelle décuplée dans les réservoirs fait s’évaporer les promesses d’eau infinie et bon marché, entraînant les planificateurs dans une fuite en avant hydraulique.
La globalisation des interactions nature-culture est particulièrement visible dans la pêche, passée en un siècle d’activité locale et traditionnelle à la plus globalisée, uniformisée et moins réglementée des industries extractives (p. 330-338). Soumis à concurrence effrénée, bénéficiant d’innovation techniques capitales (sonar, image satellite, filets dérivants, chalutiers sophistiqués) et souvent du soutien de leur gouvernement, les pêcheurs ont écumé les mers dans un mouvement de balancier entre investissement, expansion, épuisement des ressources halieutiques, et subvention pour limiter la surexploitation. L’exemple du Pérou, le plus gros producteur dans les années 1960, mais ruiné dans les années 1970, est édifiant ; tout comme celui de Terre-Neuve : Ottawa finança la modernisation de la flotte dans les années 1980, mais dut très vite imposer un moratoire qui mit les pêcheurs dans de grandes difficultés. La pisciculture semble un moyen de remédier à la stagnation de la pêche, si ce n’est que les crevettes d’élevage se nourrissent de farine de poisson pêché quelque part.

Du XXe au XXIe siècle

Chacun regrettera que son thème préféré ne reçoive pas assez d’attention dans une synthèse nécessairement concise. Si la biodiversité n’occupe que trois pages, c’est sans doute que notre perception des priorités écologiques a changé depuis la parution de la version originale en 2000 (p. 352-354). Le nucléaire, qui nous préoccupe tant ces jours derniers, est considéré presque uniquement sous ses aspects militaires (p. 450-452). Pourtant, l’extraction de l’uranium – qu’on pense au Niger, ou, bientôt, à la Tanzanie –, la pollution des terres arables aux isotopes dangereux dans l’ex-Union soviétique et le stockage des déchets radioactifs ne sont pas des épiphénomènes du siècle passé, même s’ils n’ont sans doute pas eu jusqu’à présent un impact comparable aux hydrocarbures, étant donné la faible part du nucléaire dans la consommation d’énergie mondiale (6 %).
Dix ans se sont écoulés depuis l’édition originale. Si les analyses d’ensemble de MacNeill n’ont pas pris une ride, il en va autrement des séries statistiques et de l’énorme bibliographie, qui remontent aux années 1990. La préface à l’édition française permet à l’auteur de recontextualiser ses conclusions à dix ans d’écart. L’ascension de la Chine et son choix de fonder sa croissance sur les énergies fossiles (en particulier sur le charbon) en ont fait le principal émetteur de gaz à effet de serre. Cette tendance elle-même vient confirmer à la fois la centralité des systèmes énergétiques dans les transformations anthropiques de la biosphère et la prégnance du modèle industrialiste et consumériste sur les mentalités.
McNeill est étranger à tout catastrophisme et sensationnalisme, dans une matière où les motifs de pessimisme sont pourtant nombreux. Le bilan nuancé tient dans un paradoxe : la levée de contraintes millénaires sur la santé et la population – la médecine publique fait reculer les épidémies, la mise en culture de nouvelles terres permet de nourrir deux milliards d’être humains supplémentaires, la mécanisation met un terme au régime d’énergie somatique etc. – a fait apparaître de nouvelles contraintes, dont certaines sont globales – la saturation de la planète par nos déchets, l’apparition de nouvelles souches virales résistantes, les changements climatiques étant quelques exemples.
Il est regrettable que le copieux index de la version originale n’ait pas été reproduit dans la version française. La navigation dans une somme aussi dense n’en est pas facilitée. Le désintérêt des éditeurs pour les index persiste malheureusement dans l’édition francophone, au mépris des pratiques de lecture et de travail.

Marc ELIE

Biographie

John McNeill est né à Chicago et enseigne l’histoire, particulièrement de l’environnement, à l’Université de Georgetown (États-Unis).
Il est chercheur sur les questions d’histoire de l’environnement. Il publiera en 2010 un livre sur les conséquences politiques de la fièvre jaune et de la malaria dans les Caraïbes (du Surinam à la Virginie, de 1640 à 1914). Il a publié par ailleurs plusieurs livres, sur l’histoire environnementale pendant la Guerre froide par exemple, sur les liens entre l’économie écologique et l’histoire environnementale… Il travaille actuellement sur une histoire environnementale de la révolution industrielle. Something new under the sun a obtenu un grand succès aux États-Unis.

Du nouveau sous le soleil (John R. McNeill –2010)
Paru en 2010
14 x 22 cm, 528 pages
ISBN 978.2.87673.530.9
26 €

BERNARD KALAORA, CHLOÉ VLASSOPOULOS Pour une sociologie de l’environnement

BERNARD KALAORA, CHLOÉ VLASSOPOULOS Pour une sociologie de l’environnement

Environnement, société et politique

L’environnement est de plus en plus médiatisé dans la société française contemporaine. Pour autant un hiatus existe entre cette présence médiatique et la place qu’il occupe dans les sciences humaines et sociales en France. En effet, seul un petit nombre de chercheurs, sociologues, politistes, juristes, historiens, pour certains engagés, ont fait de la question environnementale leur thème de prédilection sans toutefois réussir à mobiliser leurs communautés respectives.
La résistance des sciences sociales à se saisir de cette question apparaît comme une spécificité française liée aux préjugés scientifiques, aux découpages institutionnels et aux conflits disciplinaires. L’environnement y est considéré comme un domaine relevant des sciences biologiques, climatiques, écologiques, géomorphologiques et non comme celui des sciences sociales. Ces raisons expliquent en partie sa relégation au rang d’objet périphérique. Rien de tel dans les pays anglo-saxons où l’environnement dans les sciences sociales occupe une place majeure comme processus dynamique d’interaction entre des facteurs naturels et sociaux
Cet ouvrage explore les causes à l’origine de cette relégation de l’environnement en France et les difficultés à faire valoir son existence dans la recherche sociologique et dans l’espace public. Ses auteurs pénètrent dans les arcanes de la construction sociale et politique de l’environnement, fouillant les coulisses de la recherche, des ministères et des grands corps d’Etat pour comprendre ce particularisme français et les conséquences cognitives et pratiques qui en découlent. Unique en son genre, ce livre est un outil de travail indispensable à tous ceux, étudiants, chercheurs, experts, décideurs.qui s’interrogent sur les relations entre Société, Politique et Environnement.

 

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Pour une sociologie de l’environnement
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Chapitre I.
LES CADRES COGNITIFS POUR PENSER L’ENVIRONNEMENT

Les cadres français : une émergence éclatée

Des filiations esthétiques et naturalistes
Des filiations hygiénistes
Des filiations technocratiques

L’invention moderne de l’environnement
dans les sciences sociales : une affaire anglo-saxonne

La filiation environnementaliste : Man and nature
Des précurseurs isolés
Vers une sociologie de l’environnement

L’apport de l’anthropologie, de l’histoire
Environnement et anthropologie
Environnement et histoire
Chapitre II.
LES OBSTACLES D’UNE SOCIOLOGIE DE L’ENVIRONNEMENT

L’héritage cognitif et institutionnel

Positivisme sociologique et processus de rationalisation
La rationalité étatique : maîtrise et prévoyance
Le contre exemple allemand
Vers un nouveau champ de recherche ?
L’institutionnalisation problématique de la recherche
Administration et bureaucratisation de la recherche
Chapitre III.
LA QUÊTE DIFFICILE DE L’INTERDISCIPLINARITÉ

L’interdisciplinarité, un trompe-l’œil ?

À la recherche d’un paradigme unifié
Un florilège d’objets face à des milieux confinés
Une tentative de périodisation

De l’interdisciplinarité à la réflexivité :
vers une approche pragmatique

La mutation des cadres conceptuels
L’environnement en contextualisation : la science dans l’action
Faits et valeurs, pensée et action : la fin des dualismes ?

Un essai de typologie des sociologies
concernées par l’environnement

La sociologie des sciences et l’environnement
La sociologie pragmatique et l’environnement.
La sociologie de l’action publique
Chapitre IV.
SOCIÉTÉ ET ENVIRONNEMENT

Autour des mouvements sociaux dit nouveaux

Les formes d’organisation
Le contenu des revendications
L’identité des acteurs
Le rapport au politique

L’écologisme introuvable en France

Se mobiliser pour la santé,la justice et l’environnement ?

« Santé et environnement » : un couplage problématique
Justice et environnement : une intégration difficile

Chapitre V.
L’ENVIRONNEMENT EN POLITIQUE

L’environnement comme enjeu institutionnel :
une nouvelle catégorie d’intervention publique

L’entrée dans l’ère environnementale
L’environnementalisation de l’appareil d’État

Construction politique des enjeux environnementaux

La protection du paysage
La pollution automobile
La pollution agricole
La canicule en France : un exemple de non-définition
et de dissonance cognitive
Mise sur agenda du dépérissement des forêts en Allemagne :
un processus d’interactions multiples 

Gouverner l’environnement autrement :
entre tradition et processus réflexif

Renouveau ou échec de l’action publique ?
Le Grenelle de l’environnement
Les pluies verglaçantes : emprise de la nature et déprise des institutions
Chapitre VI :
GLOBALISATION ET ENVIRONNEMENT

Global Age

Environnement monde
Natures en transformations
L’agir politique dans un monde globalisé

Globalisation localisée vs localité globalisée

Une rencontre paradoxale :
développeurs et environnementalistes

Philosophie du développement durable
Le développement durable, une idéologie libérale ?

Global expert

Le climat comme enjeu global

Problème d’environnement et politiques de mitigation…
… ou problème social – humanitaire et politiques d’adaptation
La complexité de la gouvernance climatique
Le changement climatique au prisme de la justice environnementale
Le changement du climat : quand les littéraires entrent dans le débat

Mouvements sociaux et globalisation

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

Revue de presse

Les Ethnographiques — par Marc Abelès — mai 2015

Revue d'anthropologie des connaissances — par Céline Granjour — février 2014 (vol.8 N°2)

Espaces et société — par Josiane Stoessel-Ritz — août 2015

Natures, sciences et sociétés — par Rémi Barbier — N°24, 2016

L'Essai et la revue du jour — France Culture — Jacques Munier — 14 janvier 2014

Biographies

Socio-anthropologue, professeur honoraire de sociologie de l’environnement à l’Université de Picardie, chercheur associé au laboratoire d’Anthropologie des institutions et organisations sociales (EHESS/LAIOS), Bernard Kalaora a été responsable de la mission Sciences sociales au Ministère de l’environnement de 1986 au 1992. Il est actuellement conseiller scientifique au Conservatoire du Littoral et intervient comme expert auprès d’organisations nationales et internationales dédiées à la gouvernance de la mer et du littoral. Il est l’auteur de nombreux ouvrages en matière d’environnement.

Docteur en science politique, Chloé Vlassopoulos est Maître de Conférences à l’Université de Picardie, spécialiste des politiques publiques de l’environnement. Elle est chercheur au Centre Universitaire de Recherche sur l’Action Publique et Politique (CURAPP/CNRS) ainsi que membre du comité de direction du réseau scientifique TERRA.

Pour une sociologie de l'environnement (Bernard Kalaora Chloé Vlassopoulos – 2013)
Paru le 15 novembre 2013
14 x 22 cm, 320 pages
ISBN 978.2.87673.916.1
24 €

DIANA K. DAVIS Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb

DIANA K. DAVIS Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb

(traduit de l'anglais par Grégory Quenet)

La thèse de ce livre est forte. La colonisation française de l’Afrique du nord, portée par un complexe unissant colons, politiques, administrateurs et savants, a donné naissance à partir des années 1860 à un grand récit du changement environnemental qui s’est révélé une arme aussi efficace que les lois et les rapports de force économique pour déposséder les indigènes algériens de leurs terres. Attribuant aux invasions arabes du XIIe siècle le déclin de ce qui aurait été le grenier à blé de l’Europe depuis l’Antiquité, les nomades musulmans furent rendus responsables du déboisement, causé par le bétail et les incendies, et par conséquent de la baisse des précipitations en Afrique du Nord. Fondé sur des données scientifiques contestables, ce mythe a pourtant eu une influence considérable, légitimant la politique coloniale d’expropriation de la population arabe et servant les intérêts du lobby colonial. La thèse a perduré sous d’autres formes aujourd’hui : le projet de ceinture verte contre le Sahara, la privatisation des propriétés collectives autochtones.
Écrivant la première histoire environnementale de la colonisation française, la géographe américaine Diana K. Davis ébranle de manière magistrale des certitudes bien acquises.

Cet ouvrage a reçu plusieurs prix aux Etats-Unis (de l’Association des géographes américains (AAG), de L’Association américaine d’histoire environnementale (ASEH)… ).

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Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb

PRÉFACE
Grégory Quenet

Chapitre I. Histoire coloniale
et preuves empiriques

Chapitre II. Nature, Empire
et naissance d’un récit, 1830-1848
La vision du Maghreb avant la conquête
Le commerce, la politique et l’histoire
Soigner la terre avec le feu:
nature et culture dans le maghreb précolonial 
La conquête, l’occupation et le récit colonial sur l’environnement

Chapitre III. Idéalisme, capitalisme et formation
des récits, 1848-1870
Révolution, désenchantement et «royaume arabe»
Un récit colonial et environnemental raffiné
émergence de l’environnementalisme et récit colonial 
La science de la sylviculture et son développement
en France et en Algérie 
Colonialisme, capitalisme et transformation
de l’environnement en Algérie

Chapitre IV. Le triomphe du récit, 1870-1918
La Troisième République, l’insurrection
et l’assimilation de l’Algérie
Puissance des colons, propriété privée 
et «fixation des nomades à la terre»
Essor et déclin des Eucalyptus
La sylviculture et le rôle de la Ligue du Reboisement
Un contre-récit botanique

Chapitre V. Récit, science, politique et pratiques,
de 1919 à l’Indépendance
La consolidation de la domination coloniale française
au Maghreb
Ressusciter la forêt:
le développement de la foresterie au Maroc
La phytogéographie française et son application
en Afrique du Nord
Cartographier le potentiel: l’écologie végétale française
et la déforestation en Afrique du Nord 
La restauration: récit, politique, pratiques

Chapitre VI. La décolonisation, le récit colonial
et la politique environnementale
aujourd’hui
Annexe
Une note sur la géographie
et l’écologie du Maghreb
NOTES

Revue de presse

La vie des idées — Claire Fredj — 20 septembre 2013

Mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb (Les) (Diana K. Davis – 2012)
Paru le 14 juin 2012
14 x 22 cm, 336 pages
ISBN 978.2.87673.531.6
17.99 € / 26 €

GUILLAUME DECOCQ, BERNARD KALAORA, CHLOÉ VLASSOPOULOS La forêt salvatrice

GUILLAUME DECOCQ, BERNARD KALAORA, CHLOÉ VLASSOPOULOS La forêt salvatrice

Reboisement, société et catastrophe au prisme de l'histoire

Au XIXe siècle, les Eaux et forêts et les Ponts et Chaussées rivalisent d’arguments pour faire valoir le rôle bénéfique des forêts sur l’environnement et le climat. Jouant sur la fibre émotionnelle de l’opinion, ils n’hésitent pas à prédire les pires catastrophes, associant le déboisement à la décadence et à l’effondrement de la société. Leur récit pourrait sembler faire écho au discours environnemental contemporain, alors qu’il est en réalité un plaidoyer pour la modernité et l’abolition de toutes les pratiques traditionnelles.
La relecture stimulante de cette controverse sur le rôle des forêts est une invite à débusquer, derrière les apparences, les intérêts en jeu de tout discours catastrophiste environnemental, les liens entre savoir et pouvoir, entre conservation et développement.

Revue de presse

Centre d'études et de prospective — par Bruno Hérault — 9 septembre 2016

FORET.NATURE, numéro 141, oct-dec 2016

Le Monde (03/06/2016)

La forêt salvatrice, Guillaume Decocq, Bernard Kalaora, Chloé Vlassopoulos, 2016, l'environnement a une histoire, éditions Champ Vallon
Paru le 04 mai 2016
14 x 22 cm, 285 pages
ISBN 979-10-267-0105-7
25 €

MICHAEL BESS La France vert clair

MICHAEL BESS La France vert clair

Écologie et modernité technologique en France, 1960-2000
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Jaquet)

L’interpénétration accélérée de la nature et de la culture est la principale caractéristique de l’ordre social « vert clair » apparu dans la France de l’après-guerre, affirme Michael Bess dans La France vert clair, qui nous offre un nouvel éclairage historique sur la France d’aujourd’hui. D’un côté, le souci de la qualité et de l’équilibre n’a cessé d’animer la vie économique et culturelle de ce pays ; de l’autre, les activités humaines n’ont cessé d’affecter, et de plus en plus, son environnement, que ce soit par l’intrusion de l’agriculture, de l’industrie et de la croissance urbaine, ou à travers les efforts moins visibles mais plus positifs de gestion écologique.
La France vert clair examine ces deux tendances sur les cinquante dernières années. L’essor de l’écologisme dans les années 1960 est né de la volonté de «sauver» ce qu’il y a de « sauvage » dans la nature, une nature conçue comme un domaine qualitativement distinct, totalement séparé des desseins et des entreprises des hommes. Et pourtant, montre Bess, après 40 ans d’agitation écologiste, qui n’a pas été sans réussir à atteindre ses objectifs, l’ancienne conception de la nature comme « sphère séparée » est devenue de plus en plus insoutenable. Dans la société vert clair, où l’écologie et la modernité technologique ne cessent de confluer, une nouvelle vision hybride du couple nature-culture a peu à peu émergé.

C’est le meilleur ouvrage sur l’impact de l’écologie sur la politique et la culture modernes. »
Donald Worster, University of Kansas
On a très peu écrit, sauf dans l’école des Annales, sur l’histoire de l’écologie en France. La Société vert clair est une analyse approfondie et passionnante des nombreux fronts sur lesquels l’écologie a porté le combat dans la société, la culture et la politique françaises. Bess nous offre une approche absolument nouvelle de cette histoire contemporaine. »
Gabrielle Hecht, University of Michigan
Ce livre original et passionnant montre comment le mouvement écologique s’est diffusé dans toutes les dimensions de la vie politique et industrielle française. La Société vert clair remet en cause les idées souvent fausses que l’on se fait de la France et ouvre un chapitre entièrement nouveau dans l’histoire de l’écologisme. »
Mark Cioc, University of California, Santa Cruz

Michael Bess est professeur d’histoire à la Vanderbilt University. Il est l’auteur de Realism, Utopia and the Mushroom Cloud : Activist Intellecutals and their Strategies for Peace, 1945-1989 [Le Réalisme, l’utopie et le nuage atomique : les intellectuels militants et leurs stratégies pour la paix] (University of Chicago Press).

Revue de presse

François Jarrige, « De l’écologie politique en France », La Vie des idées , 13 décembre 2011 (ISSN : 2105-3030)

La France vert clair, Michael Bess, Champ Vallon
Paru le 07 octobre 2011
14 x 22 cm, 356 pages
ISBN 978.2.87673.556.8
24,30 €