Article(s) archivé(s) de la catégorie Collection les classiques

CLAIRE TOMALIN Samuel Pepys ou Monsieur Moi-même

CLAIRE TOMALIN Samuel Pepys ou Monsieur Moi-même

traduit de l'anglais par François Thouvenot

Le 1er janvier 1660, à Londres, un jeune clerc de l’Echiquier se lançait un défi inimaginable pour l’époque : tenir quotidiennement un journal en y consignant non seulement les événements importants, mais aussi les moindres petits détails de sa vie intime : quel morceau de musique il avait joué au flageolet le matin avant d’aller travailler, la consistance de ses selles, le nombre de harengs qu’il avait mangés dans une taverne, combien lui avait coûté le pot d’ale, ce qu’il avait fait chez l’une de ses maîtresses, quelle fourberie lui avait réservée un collègue de travail, pourquoi sa femme l’avait menacé d’un tisonnier chauffé au rouge.… En dix ans, d’une tachygraphie soignée couvrant chaque jour quelques lignes ou quelques pages, Samuel Pepys emplit six gros carnets qui, déchiffrés entre 1819 et 1970, permettent une plongée exceptionnelle dans le quotidien du dix-septième siècle londonien.
Samuel Pepys, peut-être l’écrivain anglais du XVIIe siècle le plus connu en Grande-Bretagne après Shakespeare, est donc célèbre pour cet étonnant Journal, inépuisable source de documentation pour les historiens.
Dans cette biographie célébrée par la critique en Grande-Bretagne et aux États-Unis (près de quatre cent mille exemplaires vendus !), Claire Tomalin nous raconte la longue vie (1633-1703) de celui qui va déployer ses talents d’administrateur pour bâtir la marine royale anglaise. La traduction de la biographie de ce personnage fantasque, la seule disponible en France aujourd’hui, nous entraîne dans une fascinante traversée de l’histoire de l’Angleterre mais aussi de la vie quotidienne à Londres à la fin du dix-septième siècle. Des sujets aussi variés que l’éducation, la chirurgie, le théâtre, les tavernes, la vie à la cour, les aventures galantes, les problèmes avec les domestiques, les conflits au travail ou les justifications devant les commissions parlementaires côtoient les anecdotes toujours cocasses qui émaillent la vie du diariste.

Lire le sommaire

Samuel Pepys ou Monsieur Moi-même
traduit de l’anglais par François Thouvenot
LE SOMMAIRE

ARBRE GÉNÉALOGIQUE DE PEPYS
PLANS DE LONDRES ET DE HUNTINGDON
LISTE DES PRINCIPAUX PERSONNAGES
NOTE DU TRADUCTEUR

PROLOGUE

Première partie
1633 – 1660

CHAPITRE I Le fils élu
CHAPITRE II Les années de guerre d’un collégien6
CHAPITRE III De Cambridge à la cléricature
CHAPITRE IV Amours et souffrances
CHAPITRE V Une maison sur Axe Yard
CHAPITRE VI Un journal
Deuxième partie
1660 – 1669

CHAPITRE VII Volte-face
CHAPITRE VIII Familles
CHAPITRE IX Travail
CHAPITRE X Jalousie
CHAPITRE XI Mort et peste
CHAPITRE XII Guerre
CHAPITRE XIII Vie conjugale
CHAPITRE XIV Le roi
CHAPITRE XV L’Incendie
CHAPITRE XVI Trois Jane
CHAPITRE XVII Dans l’ombre de la science
CHAPITRE XVIII Propos et anecdotes
CHAPITRE XIX Stupeur et désarroi
Troisième partie
1669 – 1703

CHAPITRE XX Après le Journal
CHAPITRE XXI Vie publique, vie privée
CHAPITRE XXII Complots
CHAPITRE XXIII Voyages pour les Stuarts
CHAPITRE XXIV La roue tourne
CHAPITRE XXV Le jacobite
CHAPITRE XXVI Le dernier voyage
ÉPILOGUE

POSTFACE
ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE
CRÉDITS DU TEXTE ET DES ILLUSTRATIONS3
LISTE DES ILLUSTRATIONS
CARTES
REMERCIEMENTS
INDEX DES NOMS PROPRES

Revue de presse

Books — Moi Samuel Pepys, inventeur du « Je » — avril 2014

Livres-hebdo — "Tamise en scène" Sean James Rose — 14 février 2014

Biographie

Ancienne rédactrice littéraire du Sunday Times, docteur honoris causa d'une dizaine d'universités anglaise, dont celle de Cambridge, CLAIRE TOMALIN est l’une des biographes les plus reconnues outre-Manche, notamment pour ses biographies de Katherine Mansfield, Jane Austen et dernièrement de Thomas Hardy et Charles Dickens. Traduite dans le monde entier, elle a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le Whitbread biography award et le Whitbread Book of the Year pour sa biographie de Samuel Pepys.

Samuel Pepys – Claire Tomalin 2014
Paru le 21 février 2014
13 x 20 cm, 540 pages
ISBN 978.2.87673 925.3
26 €

VINCENT MILLIOT Un policier des Lumières

VINCENT MILLIOT Un policier des Lumières

suivi de
Mémoires de J.C.P. Lenoir
ancien lieutenant général de police de Paris,
écrits en pays étrangers dans les années 1790 et suivantes

Cet imposant ouvrage en deux volets comprend d’abord un essai consacré à la police parisienne au temps des Lumières, inscrit dans les tendances les plus récentes de l’historiographie policière. Il propose un regard neuf et nuancé sur cette institution et sur ses transformations entre la fin du XVIIe siècle et la Révolution française. Cet essai est, notamment, nourri par la lecture critique des Mémoires de Lenoir, ancien Lieutenant général de police, en charge pendant la première décennie du règne de Louis XVI (1774-1785). Le second volet de cet ouvrage en propose, pour la première fois, la transcription et l’édition annotée.
Ces « Mémoires » souvent cités, utilisés ponctuellement, sont toutefois demeurés inédits jusqu’alors et n’ont jamais été donnés à lire dans leur intégralité. Ils constituent une sorte de monument inachevé, érigé en défense de la police parisienne de l’Ancien Régime, souvent considérée comme un modèle à l’échelle de l’Europe mais lourdement critiquée alors que s’ouvre la Révolution. Lenoir s’y montre à la fois mémorialiste témoignant de son activité passée et la justifiant face à la postérité, et homme d’expérience qui réfléchit sur les conceptions et les pratiques de la police.
Ces mémoires représentent également une source magnifique sur l’histoire de Paris, un vivier pour l’histoire administrative et l’histoire de la police, à une époque où les projets réformateurs abondent. La publication est assortie d’un catalogue du manuscrit qui est inédit.

Revue de presse

Criminocorpus — par Nathalie Dardenne — 18 novembre 2016

Médiapart — par André Burguière — 19 novembre 2016

Parutions.com — "Une police de proximité" par Matthieu Lahaye — 31 janvier 2012

Livres-Hebdo — "Lenoir pas si noir " par Laurent Lemire — 9 septembre 2011

Libération — "Lenoir et les Lumières" par Jean-Yves Grenier — 29 décembre 2011

Biographie

Vincent Milliot, ancien élève de l'ENS (Saint-Cloud-Fontenay), agrégé d'histoire, est professeur à l'université de Caen Basse-Normandie.

Un policier des Lumières – Vincent Milliot 2011
Paru le 22 septembre 2011
13 x 20 cm, 1152 pages
ISBN 978 2 87673 553 8
33.50 €

NICOLAS LE ROUX La faveur du roi

NICOLAS LE ROUX La faveur du roi

Mignons et courtisans au temps des derniers valois (vers 1547-vers 1589)

Dans la France de la Renaissance, la cour s’impose comme un outil de gouvernement. À la fois instrument et reflet de sa puissance, l’entourage du prince joue un rôle politique majeur. C’est dans ce monde aux contours mouvants qu’un cercle privilégié de familiers acquiert une position dominante: les mignons. Ce livre s’attache à ces personnages mal connus, à la réputation sulfureuse.
Jusqu’au milieu du XVIe siècle, seuls quelques grands barons jouent à la cour le rôle d’intermédiaires obligés entre les élites et le souverain. Avec les guerres de Religion (1562-1598), les conflits pour l’accès aux ressources de l’État et à la faveur du roi deviennent de plus en plus violents. Tandis que la reine mère Catherine de Médicis tente de rétablir l’unité du royaume, le futur Henri III prend la tête d’un groupe de jeunes gens soudé notamment par l’expérience des combats. Les mignons accèdent donc au pouvoir avec leur maître en 1574. Ils forment alors l’écrin qui magnifie la majesté du souverain. Les ducs de Joyeuse et d’Épernon émergent de cette nébuleuse, épurée par les assassinats, les duels et les disgrâces. Après la mort du premier et la mise à l’écart du second, la politique de la faveur s’éteint, obligeant le roi à reprendre lui- même en main le fonctionnement de la cour.
Cette histoire de la faveur propose une approche renouvelée de la formation de l’État royal: elle démontre que les figures du courtisan et du favori participent pleinement à la construction du pouvoir monarchique.

Revue de presse

LIBÉRATION
(jeudi 8 mars 2001)

MIGNONS REPECHÉ
Comment les jeunes gens scandaleux qui entouraient Henri III ont paradoxalement contribué à asseoir le pouvoir absolu de la monarchie française

Les « mignons » ont toujours eu mauvaise presse chez les historiens. Ces jeunes aristocrates de vingt ans, les Joyeuse, Epernon et autres La Valette dont Henri III aime à s’entourer dès son accession au pouvoir en 1574, ont toujours souffert d’une image scandaleuse. Considérés comme illégitimes auprès du roi parce que n’appartenant pas à la plus haute noblesse, la chronique contemporaine les présente comme des personnages efféminés qui ont dévergondé la vie de cour avec leurs jeux pervers. A eux seuls, ils symbolisent les excès du pouvoir personnel du monarque. Ces apparences sont trompeuses et simplificatrices car, derrière la promotion de ces favoris, avec lesquels Henri III entretient par ailleurs une véritable amitié remontant à sa jeunesse, il faut voir l’émergence d’un nouveau système de gouvernement.
C’est ce que montre Nicolas Le Roux dans ce gros ouvrage érudit qui se lit pourtant (presque) comme un roman historique. Il cherche moins à réhabiliter les mignons – on s’en serait douté – qu’à comprendre leur rôle dans la transformation des relations entre le pouvoir royal et la noblesse à ce moment crucial que sont les guerres de Religion. Il propose ainsi une anthropologie politique qui aide à renouveler notre vision de la formation de l’Etat moderne. Ce livre fait ainsi écho aux préoccupations actuelles de beaucoup d’historiens,soucieux de comprendre les fondements sociaux de la naissance de l’Etat qui, dans ces périodes anciennes, est moins une structure contenant en germe la modernité bureaucratique qu’un réseau de relations personnelles organisé autour de la personne du roi. C’est dans cette perspective qu’i1 faut lire cette reconstitution minutieuse des relations familiales aristocratiques, des jeux de cour et des stratégies royales dont le but est de montrer comment le monarque, qui est encore le roi suzerain plutôt que le roi absolu, peut tenir, avec des moyens somme toute modestes, un royaume très vaste,mesuré à l’aune du XVIe siècle, et contrôlé localement par les grandes dynasties nobles, soucieuses d’être associées au pouvoir.
L’instrument privilégié de cette politique est la faveur royale dont l’usage, précisément, est radicalement modifié à l’époque de Henri III. Jusqu’au milieu du XVIe siècle, les traités de philosophie politique considèrent que le modèle du bon gouvernement est celui de lafamille dans lequel la grâce du prince est répartie équitablement entre les sujets. Le massacre de la Saint-Barthélemy (en 1572) provoque une rupture profonde dans cette idéologie patriarcale, car les déchirements confessionnels et la mise en accusation du roi et de Catherine de Médicis conduisent progressivement à une autre façon de gouverner, fondée sur une restriction de l’accès à la personne du roi et une plus forte maîtrise des réseaux et des clientèles. Une nouvelle « économie de la faveur » se met en place au bénéfice des mignons qui vont vite monopoliser le lien avec Henri III. Cemonopole se traduit de multiples manières: larges pensions et nombreux dons royaux, responsabilités militaires et politiques importantes, positions honorifiques… autant de largesses qui échappent à leurs destinataires naturels, lesgrandes familles aristocratiques, qui ne voient dans les mignons que de simples « créatures royales », méprisables car dénuées de cet esprit d’indépendance qui fait encore le noble à la fin du XVIe siècle. Pourtant, malgré l’appui du roi, les mignons n’ont jamais réussi à s’implanter localement, y compris dans leurs régions d’origine, et à se substituer aux patrons régionaux que sont les grands princes, comme les Guise, ou les responsables de partis religieux. En bref, ils ne sont jamais devenus de vrais chefs de réseaux clientélaires.Cet échec est lourd de conséquences car il explique, à court terme, l’incapacité royale à empêcher la guerre civile. A plus long terme, en revanche, cette élection des favoris par la concentration de la faveur « participe d’une pédagogie royale visant à montrer que la noblesse n’a pas de légitimité hors du service direct du souverain ». Cette transformation majeure qui fait du roi, de primus inter pares, le maître de sa noblesse est un processus très long qui ne fait que commencer à la fin du XVIe siècle. D’autres étapes seront nécessaires, en particulier la domestication physique de l’aristocratie àVersailles, entreprise par Louis XIV. Il n’en est que plus paradoxal de montrer que c’est le règne d’un roi qui ne fut longtemps perçu, à la suite du grand historien Ernest Lavisse, que comme « un très mauvais prince, coquet et parfumé comme une femme » qui est à l’origine de ce pouvoir fort et absolu qui a façonné la monarchie française.
Jean-Yves GRENIER

LE MONDE
(vendredi 28 septembre 2001)
Confisquant l’accès au prince, le favori passa pour le bénéficiaire d’un simple caprice, sans portée politique. L’étude magistrale de Nicolas Le Roux rétablit le véritable enjeu d’un statut qui contribua en fait à l’établissement de l’absolutisme.

La réputation des « mignons », ces jeunes nobles cumulant charges, honneurs,commandements – et ennemis – qui composèrent l’entourage d’Henri III, n’est plus à faire. De leurs extravagances vestimentaires, de leur arrogance et de leur tempérament querelleur (en avril 1578, six favoris s’affrontent dans un duel d’une violence incroyable dans lequel Caylus, Maugiron, Schomberg et Ribérac perdent la vie), de leur cynisme cupide (Saint-Mégrin épouse en 1576 la veuve d’un homme qu’il a tué en duel un an plus tôt), parfois, mais aussi de leur dévouement au roi et de leur courage physique, tout semble avoir été dît, même le plus improbable et le plus improuvable. Cette réputation sulfureuse fut en fait l’œuvre des controversistes et des pamphlétaires contemporains qui s’indignèrent de la soudaine promotion sociale et politique de ces jeunes hommes impatients.
Inspirés par des mobiles dissemblables – amertume des exclus de la cour, incompréhension des notables devant les provocations et les scandales, manœuvres politiques des protestants et des ligueurs, ou des nobles révoltés, cherchant à affaiblir le roi en discréditant son entourage –, bien des écrits dénoncèrent alors les mœurs dissolues, l’avidité, l’extraction modeste de ces nouveaux maîtres de la faveur royale. Dès 1577, un sonnet partout diffusé ironise ainsi sur les honneurs trop facilement acquis des mignons: « Saint Luc, petit qu’il est, commande bravement / A la troupe Hautefort, que sa bourse a conquise / Mais Caylus, dédaignant si pauvre marchandise / Ne trouve qu’en son cul tout son avancement. » Les attaques les plus complexes et les plus sévères viennent pourtant plus tard contre les deux favoris qui monopolisent après 1580 les charges et les revenus, les ducs d’Epernon et Joyeuse. Elles débouchent cette fois sur une contestation théorique nouvelle de l’autorité monarchique, qui s’apparente à la naissance de l’ »opinion » qui entend soumettre l’exercice du pouvoir à la critique publique.
Nicolas Le Roux réussit parfàitement, dans ce livre au style plaisant, à transformer ce qui n’aurait pu être qu’anecdotes mille fois ressassées et interrogations scabreuses en matériau d’une enquête d’histoire sociale exemplaire. En retraçant les origines de la constitution du groupe étroit de courtisans qui vont petit à petit confisquer l’accès au roi et servir de « courtiers » dans la redistribution des honneurs, des charges et des gratifications, en examinant avec minutie la mise en place d’un système inédit de la faveur qui confère à quelques personnes à la fois des fonctions domestiques dans l’entourage du souverain et des positions politiques ou militaires de premier plan, en révélant aussi l’évolution spectaculaire des fortunes des mignons, leurs stratégies d’alliance si savantes, Le Roux montre en quoi l’institution des favoris, loin de relever d’un caprice royal un peu incongru, participe en fait d’une transformation réfléchie et extrêmement efficace du pouvoir monarchique et des conditions de son exercice. C’est tout le système traditionnel d’échange et de collaboration entre le roi et les nobles du royaume qui se trouve en effet modifié. A la figure humaniste du souverain, juste dispensateur des honneurs entre des nobles que distinguent leurs mérites et leurs services, se substitue brutalement celle du roi secret, caché et protégé par un entourage qu’il choisit de manière totalement libre. L’élévation des mignons n’est qu’un pur effet de la grâce royale: ceux-ci se pensent d’ailleurs eux-mêmes comme les « créatures » du souverain ainsi comparé à un dieu politique.
De cette transformation du pouvoir monarchique et de ses modes de représentation témoigne fort bien la modification des appartements royaux observée par Le Roux: en quelques années, la multiplication des antichambres accroît la distance entre les gentilshommes ordinaires et le roi, réservant l’accès à celui-ci à un noyau toujours plus étroit de nobles que le souverain distingue. Avec ces aménagements et la formalisation d’une véritable étiquette en 1578, la mise en scène du souverain subit une mutation radicale: « , L’accès au prince n’est désormais plus un droit pour personne, car seule sa grâce désigne les élus. »
L’intérêt du livre de Nicolas Le Roux, c’est de retrouver les enjeux politiques précis de ces changements brutaux dans l’organisation de l’entourage royal. Confronté à une situation politico-religieuse extrêmement difficile, dans laquelle les factions nobiliaires et les partis confessionnels s’affrontent dans une succession confuse de conflits, le roi tente de contrecarrer le jeu des forces centrifuges, qui sape son autorité et met en péril le royaume, en instaurant un nouveau mode de distribution des honneurs et de répartition des ressources économiques, politiques, symboliques de l’Etat, qui a pour principale caractéristique de tisser des liens de fidélités directes à sa personne et de court-circuiter les clientèles nobiliaires traditionnelles. On comprend mieux alors la virulence des critiques portées contre les favoris et les mignons, car derrière d’hypothétiques dépravations et d’inutiles provocations se profilaient bien d’autres enjeux, autrement plus redoutables ceux-là: l’exclusion d’une frange importante de la noblesse des affaires de l’Etat et l’affirmation d’un nouveau mode d’exercice de l’autorité royale. Nicolas Le Roux offre donc ici une contribution importante à l’histoire de l’Etat.
Olivier Christin

LES CLIONAUTES
(Janvier 2014)

Nicolas le Roux est spécialiste des guerres de religions dans le royaume de France, ainsi que des sociétés de cour et de la culture nobiliaire. Dès 1998, il devient maître de conférences à l’université Paris IV-Sorbonne puis reçoit son habilitation à diriger des recherches en histoire moderne en 2006. Depuis 2007 il est professeur d’histoire moderne à l’université Lumière-Lyon 2. Il est notamment auteur de La Faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (2001) et de Un régicide au nom de Dieu : L’assassinat d’Henri III (2006). Plus récemment il a dirigé Les guerres de religions(2009), sixième des treize ouvrages, s’inscrivant dans un projet de publication d’une histoire de France sous la direction de Joël Cornette.
C’est un livre extrêmement dense (808 pages) qui nous est proposé, édité pour la première fois en 2001 puis réédité en 2013 dans la collection « Les classiques » des éditions Champ Vallon.
L’attention portée aux Valois s’explique autant par les faits qui se déroulèrent à leur cour que par les crimes commis. L’entourage du dernier roi de la cette dynastie, Henri III, attire particulièrement l’attention. Ces proches sont progressivement qualifiés de « mignons », appellation devenue courante dans le vocabulaire populaire dès le début du règne. Pierre de L’Estoile décrit des êtres efféminés, gravitant dans l’entourage du roi, aux coiffures sophistiquées et exclusivement occupés à plaire au roi. Aussi, jeux, blasphèmes, danses et querelles viendraient jalonner leur activité quotidienne. La postérité a donc conservé de ces personnages une image sulfureuse, scandaleuse. Les contemporains du XVIème siècle ont étalement stigmatisé ces favoris, sans chercher toutefois à comprendre quel rôle politique ont-ils joué auprès du souverain. Il est vrai que l’image des favoris reste profondément marquée par les guerres de religion. Ils apparaissent comme des créations purement artificielles, vouées aux gémonies par les protestants. Pour autant, les successeurs d’Henri III, à commencer par le futur Henri IV n’ont pas cherché à réhabiliter l’entourage du souverain. La nouvelle dynastie des Bourbon se garde donc bien de louer son prédécesseur et en profite même pour mettre en œuvre une entreprise de diabolisation afin d’en tirer un maximum de légitimité auprès du peuple. Cette propagande royale a laissé dans la mémoire collective des contemporains l’idée d’une déliquescence des mœurs de la cour des derniers Valois et, comme corollaire, des gouvernants inconscients et inconstants. Ainsi le perçoit Victor Duruy dans son histoire de France, au XIXème siècle. Les favoris italiens auraient perverti le cœur du roi ; l’avidité des mignons permanente au sein d’une cour jugée féroce et licencieuse. Une littérature spécialisée s’est ainsi développée sous la IIIème République décriant avec verve les mignons d’Henri III. Pour autant, ces conclusions hautes en couleurs n’ont guère découragé les spécialistes qui se sont intéressés de près à Henri III. Ils se sont ainsi employés à laver l’image de ce roi des accusations pesant sur sa sexualité, opération nécessaire afin d’apprécier à sa juste valeur le prince raffiné ou les ambitions politiques et culturelles de l’homme d’Etat. Le livre de Nicolas Le Roux apporte de précieuses informations sur un point rarement étudié : celui du fonctionnement réel de la nébuleuse gravitant autour du souverain en tant que groupe social et culturel autonomisé. Cet ouvrage apporte autant sur le concept de faveur, sa pratique, sa théorisation et son utilisation que sur le système de signes de la faveur, c’est-à-dire les représentations et les manifestations politiques, économiques et symboliques traduisant ou reconnaissant la proximité avec le prince.

LA TROUPE DU ROI

Le règne d’Henri III se singularise, au cours des guerres de religion par une politique qui contraste avec les pratiques en vigueur sous les trois règnes précédents. Brantôme insiste sur la continuité qui semble prévaloir sous Charles VIII, Louis XII, Henri II, François II et Charles IX, à l’instabilité qui dominerait sous François Ier et Henri III. L’étude menée par Nicolas Le Roux nous plonge au cœur de la cour par la richesse des témoignages et des compositions polémiques qui évoquent ou mette en scène les proches du roi. Les mignons apparaissent ainsi comme instruments du pouvoir, comme autant d’ornements de la majesté, voire comme de véritables signes de puissance. Alors que l’entourage de Charles IX restait dominé par des figures placées par la reine mère Catherine de Médicis, celui de Henri III est d’abord composé de personnages l’ayant suivi pendant sa jeunesse, comme Lignerolles, Villequier, Bellegarde et Le Guast. Le second groupe de faveur qui fonctionne à partir de 1574 rassemble de très jeunes gens qui constituent un véritable écrin autour du roi, comme Entraguet, Caylus, Saint-Mégrin, Maugiron, Livarot, Saint-Sulpice, Souvré. Enfin, le troisième cercle se réduit à deux archimignons, Joyeuse et Epernon ainsi qu’à leurs frères. L’entourage du souverain apparaît donc comme une configuration numériquement limitée dans laquelle évoluent des individus en situation de proximité physique avec la personne du souverain. Il offre une zone de contact entre la société de cour, le royaume et le prince. Mais cet entourage forme également un écran qui masque ou met ce dernier en représentation. Rétribués de leur fidélité par l’octroi ostentatoire d’honneurs symboliques ou matériels, les favoris concentrent et monopolisent la grâce du prince, c’est-à-dire le don gratuit du regard et de la bienveillance exprimant sa liberté souveraine. La faveur peut ainsi être définie comme une situation de pouvoir informel ne reposant ni sur le statut social ni sur les charges officielles, mais sur un lien « dilectif » qui traduit une relation volontaire et affective avec des personnages choisis (la relation de dilection implique une opération sélective et une signification affective positive vécue par ses agents)
Dans le système de concurrence et d’exclusion que constitue la cour, le favori apparaît alors comme le personnage qui se caractérise par la plus grande capitalisation de signes de l’exception, qu’il s’agisse de dignités, de récompenses ou de prérogatives symboliques. Ces signes manifestent et affermissent sa position de privilégié dans l’entourage du prince. Cette politique se veut aussi une forme de sublimation et marque fermement le rapport de dépendance qui manifeste l’efficacité créatrice du pouvoir du souverain. La période des favoris s’étend du XVème siècle au XVIIème siècle. Leur présence autour du souverain participe d’une stratégie royale d’intégration politique. Le prince attire à lui des princes de régions éloignées de Paris et exerce ainsi un contrôle sur ces lointaines contrées. Cette politique est fondée sur l’exaltation de la souveraineté à travers l’exercice de la grâce et sur l’association directe de la noblesse au pouvoir. Nicolas Le Roux insiste sur l’histoire politique de la faveur qui conjugue avec la connaissance des organisations et du personnel politique avec l’approche de la culture, de l’imaginaire, des rituels et de la symbolique royale. En fait, l’objet de cette étude, l’entourage d’Henri III, n’émerge pas de définition officielle de la figure du favori. Sa situation reste ambivalente. Sa position correspond moins à une fonction qu’à une position particulière dans un système de pouvoir où s’exerce une mise en représentation des relations d’autorité.
La catégorisation sociale des individus dépend, à la cour, étroitement des représentations que les contemporains se font de leur proximité avec le prince. Les jugements des contemporains constituent-ils une source primordiale pour l’objet de cette étude. L’auteur part d’un point de vue nomaliste, c’est-à-dire qu’il interroge les sources et les textes dans les termes mêmes qu’emploient leurs auteurs, afin de discerner quels personnages sont identifiés dans l’entourage du roi et donc, comme favoris. Les sources narratives (mémoires, livres de raison, biographies), les pamphlets et textes polémiques sont aussi à même de nous introduire au cœur de la cour, de son fonctionnement et d’approcher les favoris. Enfin, les témoignages sont croisés avec les sources objectives que sont les les correspondances, les actes notariés et les archives de l’Etat (registres des Ordres de chevalerie, comptes royaux, rôle de compagnies d’ordonnance, pièce généalogique). Elles permettent ainsi d’appréhender, en tant que système, les individus dans leur dynamique interne. Enfin, centré sur l’entourage d’Henri III, ce livre trace également une généalogie de la pratique de la faveur dans la deuxième moitié du XVIème siècle. Son point de départ se situe à l’avènement d’Henri II, à l’époque où les représentations du politique sont sous-tendues par un imaginaire de la concorde dans lequel la faveur royale est moins conçue comme un rapport privé que comme la forme naturelle de la relation qui unie le prince à l’ensemble des membres de la noblesse. L’avènement d’Henri III consacre l’évolution du fonctionnement de la cour et des relations entre le pouvoir royal et la noblesse entamée au cours de la première décennie des guerres de religion. L’arrivée sur le devant de la scène politique d’une troupe de favoris confirme ces bouleversements. Ainsi, c’est toute l’histoire de la construction de l’Etat moderne qui peut être lue à travers la dynamique de la faveur royale dans un contexte particulièrement difficile des troubles religieux. Un livre incontournable si l’on souhaite appréhender la construction de l’Etat moderne.
Bertrand Lamon

Biographie

Né en 1970 à Tours, normalien, docteur d’histoire moderne, Nicolas Le Roux est professeur d’histoire moderne à l’Université Lumière-Lyon 2 et habilité à diriger des recherches en histoire moderne à l’Université Paris-IV.
Il a publié, entre autres, La Faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589) (Champ Vallon, 2001), Un régicide au nom de Dieu. L’assassinat d’Henri III (Gallimard, 2006) et Les Guerres de Religion (1559-1629) (Belin, 2009), Le Roi, la cour, l'Etat. De la Renaissance à l'absolutisme (Champ Vallon, 2013) et Le Crépuscule de la chevalerie. Noblesse et guerre au siècle de la Renaissance(Champ Vallon, 2015).

la Faveur du roi Le Roux Classiques
Réédité en 2013
13 x 20 cm, 808 pages
ISBN 978.2-87673-907-9
25 €

SOPHIE HASQUENOPH Histoire des ordres et congrégations religieuses

SOPHIE HASQUENOPH Histoire des ordres et congrégations religieuses

En France du Moyen Âge à nos jours

Comment dire l’extraordinaire diversité du monde des religieux, depuis les premiers temps de l’Église primitive jusqu’à l’aube du XXIe siècle? Face aux difficultés à en cerner la complexité et l’évolution, une clarification et une synthèse s’avéraient depuis longtemps scientifiquement nécessaires.
L’Histoire des ordres et congrégations religieuses de Sophie Hasquenoph a l’ambition d’offrir l’étude historique, culturelle et juridique du monde religieux qui manquait. Menée sur le long terme, elle permet de définir la nature spécifique des religieux à travers le prisme de l’événementiel et d’enrichir la chronologie par une véritable analyse historique et culturelle.
Après une approche générale du monde régulier et séculier, qui définit clairement l’identité du religieux à travers l’originalité de sa vocation, sa façon de vivre au quotidien et sa relation avec la société environnante, le lecteur suivra l’évolution des familles religieuses au Moyen Âge, aux Temps modernes et à l’époque contemporaine, dans le cadre plus large de l’histoire de l’Église de France. Les héritages, les permanences et les ruptures, à l’heure des grandes crises comme les guerres de Religion, la Révolution française, la séparation de l’Église et de l’État, donnent toute leur dimension et leur sens aux réussites, aux tâtonnements et aux fragilités, voire aux échecs, de telle ou telle expérience religieuse conduite à travers les siècles. Mais, du moine bénédictin jusqu’au «petit gris» d’après 1968, du jésuite missionnaire à la religieuse à cornettes des temps modernes, ce livre révèle la continuelle adaptation du monde des religieux et son étonnante permanence jusqu’à nos jours.

Revue de presse

La Croix — "Le dialogue fait le religieux" Claire LESEGRETAIN — 21 avril 2011

Biographie

Sophie Hasquenoph est née en 1962. Docteur en histoire moderne, agrégée, elle est maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Lille III. Elle a publié Une aventure bénédictine (Le Sarment/Fayard) et Les Dominicains de Paris au XVIIIe siècle (Ed. du Septentrion).

Histoire des ordres et congrégations religieuses – Sophie Hasquenoph 2009
Paru le 20 février 2009
13 x 20 cm, 1344 pages
ISBN 9782876734951
19.90 €

CHRISTOPHE BIDENT Maurice Blanchot : partenaire invisible — (réédition)

CHRISTOPHE BIDENT Maurice Blanchot : partenaire invisible — (réédition)

Essai

Est tenté ici le pari d’une biographie. Contre l’opinion, trop répandue, selon laquelle Blanchot lui-même interdirait ce type d’approche. Cet essai d’une biographie semble aujourd’hui nécessaire. Contre le déferlement d’interprétations stratégiques, jalouses, méprisantes, aveuglées de mauvaise foi, et aussi contre les sanctifications fanatisantes opérées par les gardiens du temple, il faut redire combien Blanchot est l’un des écrivains, des critiques, des penseurs les plus importants de ce siècle; et surtout, montrer comment il l’est devenu. De la transformation des convictions politiques à l’élargissement de la pensée, à la « légèreté prodigieuse » des récits, son parcours représente à la fois une riposte contre toute forme de prêt-à-penser et de prêt-à-écrire, et une exigence de commentaire puisant dans la nécessité de l’écoute inépuisable de l’autre, et dans la vigilance incessante de l’expression de soi.

Lire le sommaire

Maurice Blanchot: partenaire invisible
essai
Le sommaire

«De la vie comme de l’œuvre…»
I

Blanchot de Quain
GÉNÉALOGIE, NAISSANCE, ENFANCE, 1907-1918
Musique et mémoire familiale
MARGUERITE BLANCHOT À CHALON, Années 20
«Le feutre de la mort»
LA MALADIE, 1922-1923
II

La canne au pommeau d’argent
UNIVERSITÉ DE STRASBOURG, Années 20
Un éclair dans la nuit
RENCONTRE D’EMMANUEL LEVINAS, 1925-1930
«Il y a»
L’APPRENTISSAGE PHILOSOPHIQUE, 1927-1930
L’apparentement des convictions
PARIS ET LES MILIEUX D’EXTRÊME-DROITE, Années 30
«Mahatma Gandhi»
UN PREMIER TEXTE DE BLANCHOT, 1931
Le refus, I: la révolution de l’esprit
LA REVUE FRANçAISE, RÉACTION, LA REVUE DU SIÈCLE, 1931-1934
Journaliste, antihitlérien, national-révolutionnaire
LE JOURNAL DES DÉBATS, LE REMPART, AUX ÉCOUTES,
LA REVUE DU VINGTIÈME SIÈCLE, 1931-1935
La surenchère rhétorique
LANCEMENT DE COMBAT, 1936
«Le Terrorisme, méthode de salut public»
COMBAT, Juillet-décembre 1936
Le comble du patriotisme
L’INSURGÉ, 1937
Ces événements me sont arrivés en 1937…
ARRÊTS DE MORT, 1937-1938
«De la transformation des convictions»
UN JOURNALISTE D’EXTRÊME-DROITE, Années 30
«De la révolution à la littérature»
LA CRITIQUE LITTéRAIRE DES ANNÉES 30
«Les présages meurtriers des temps futurs»
L’ÉCRITURE DES RÉCITS:
«LE DERNIER MOT», «L’IDYLLE», 1935-1936
«Nuit à loisir recerclée, qui nous joue?»
THOMAS L’OBSCUR, 1932-1940 139
III

«L’Univers est dans la nuit»
RÉSISTANCE, 1940-1944
«Se servir de Vichy contre Vichy»
JEUNE FRANCE, 1941-1942
«L’admiration et l’accord»
RENCONTRE DE GEORGES BATAILLE, 1940-1943
Au nom de l’autre
CHRONIQUES LITTéRAIRES AU JOURNAL DES DEBATS, 1941-1944
«Un véritable écrivain est apparu»
PUBLICATION ET RÉCEPTION DE THOMAS L’OBSCUR, 1941-1942
«Soulève ce brouillard qui est déjà de l’aube»
PUBLICATION D’AMINADAB, 1942
«Aux écrivains qui ont trop donné à l’actualité…»
AUTOUR DE LA N.R.F., 1941-1942
«De l’angoisse au langage»
PUBLICATION DE FAUX PAS, 1943
«Le prisonnier des yeux qui le soumettent»
QUAIN, Été 1944
Le désenchantement communautaire
ACTIVITÉ ÉDITORIALE À LA LIBÉRATION, 1944-1946
L’année critique
L’ARCHE, LES TEMPS MODERNES, CRITIQUE, 1946
«Respecter le scandale»
CRITIQUE LITTÉRAIRE, 1945-1948
La tache noire
RÉDACTION DU TRÈS-HAUT, 1946-1947
La passion du silence
DENISE ROLLIN2
Le séjour méditerranéen
L’ÉCRITURE DE LA NUIT, 1947
Le point d’inflexibilité
LA FOLIE DU JOUR, UN NOUVEAU STATUT DE LA PAROLE, 1947-1949
Le tour d’écrou
DEUXIÈME VERSION DE THOMAS L’OBSCUR, 1947-1948
L’autorité de l’amitié
ACHÈVEMENT DE L’ARRÊT DE MORT, 1947-1948
Querelles de milieu
ÉDITION ET RÉCEPTION, 1948-1949

IV

Partenaire invisible
ÈZE, LE RETRAIT, 1949-1957
«La solitude essentielle»
L’ÉCRITURE DES RÉCITS, 1949-1953
Le rayonnement d’une puissance sans regard
AU MOMENT VOULU, 1949-1951
«écrivez-vous, écrivez-vous en ce moment?»
CELUI QUI NE M’ACCOMPAGNAIT PAS, 1951-1953
Le détour critique
QUELQUES ARTICLES DE CRITIQUE LITTÉRAIRE, 1950-1951
«L’auteur à rebours»
NAISSANCE DE L’ESPACE LITTÉRAIRE, 1951-1953
«Toujours déjà» (l’interruption poétique et politique de la pensée)
VERS LE LIVRE À VENIR, 1953-1958
«D’une légèreté prodigieuse»
LE DERNIER HOMME, 1953-1957
La grâce, la force et la douceur
RENCONTRE DE ROBERT ANTELME, 1958
«Sous le regard de la fascination»
RETOUR À PARIS, 1957-1958
Le refus, II: au nom de l’anonyme
LE 14 JUILLET, 1958-1959
V

«Je dis bien Droit et non pas Devoir»
DÉCLARATION SUR LE DROIT À L’INSOUMISSION
DANS LA GUERRE D’ALGÉRIE, 1960
Partenaires invisibles
LE PROJET DE LA «REVUE INTERNATIONALE», 1960-1965
Personnages de pensée
COMMENT L’AMITIÉ EST-ELLE POSSIBLE?, 1958-1971
«Fais en sorte que je puisse te parler»
L’ATTENTE L’OUBLI, 1957-1962
La pensée du Neutre
CRITIQUE LITTÉRAIRE ET PHILOSOPHIQUE
(L’ENTRETIEN ET LE FRAGMENT), 1959-1969
Premier hommage
CRITIQUE, NUMÉRO SPÉCIAL, 1966
Entre deux formes de l’inavouable
L’AFFAIRE BEAUFRET, 1967-1968
«De l’autre côté de la peur»
MAI 68

VI

La vie au-dehors
LE PAS AU-DELÀ, UN JOURNAL ÉCRIT AU NEUTRE, 1969-1973
L’amitié au désastre
ÉLOIGNEMENT ET DISPARITIONS, 1974-1978
Le dernier livre
L’ÉCRITURE DU DÉSASTRE, 1974-1980
La formation du mythe
LECTURES ET NON-LECTURES, 1969-1979
L’indisposition du secret
LISIBILITÉ ET VISIBILITÉ DE BLANCHOT, 1979-1997
«Avec cette cassure de l’histoire dans la gorge»
LA COMMUNAUTÉ INAVOUABLE, 1982-1983
«Il faut du temps pour accomplir quelques pas»
LITTÉRATURE ET TÉMOIGNAGE, 1983-1997

Bibliographie des écrits de Maurice Blanchot
Bibliographie critique
Index des noms de personnes

Maurice Blanchot (réédition) – Christophe Bident 2008
Paru le 30 octobre 2008
13 x 20 cm, 640 pages
ISBN 978.2-87673-496-8
19 €

ANDRÉ GREEN Propédeutique – réédition

ANDRÉ GREEN Propédeutique – réédition

La métapsychologie revisitée

La métapsychologie de Freud, issue d’une pensée qui, à bien des égards, continue d’être rattachée à des conceptions du siècle dernier, est critiquée de toutes parts. Mais André Green se refuse à l’abandonner, parce que les solutions de remplacement ne sont guère plus convaincantes. Cependant, la conserver nécessite aussi de la transformer à la lumière de ce qu’on sait aujourd’hui et que Freud ignorait. C’est à quoi s’attache l’auteur dans cet ensemble d’essais qui constituent les étapes préparatoires à la rédaction d’ouvrages plus généraux et éclairent par là même l’ensemble de l’œuvre d’André Green.

Propédeutique – André Green 2016
Réédité le 2 juin 2016
13 x 20 cm, 320 pages
EAN 9791026701149
19 €

JANINE CHASSEGUET-SMIRGEL Éthique et esthétique de la perversion — Réédition

JANINE CHASSEGUET-SMIRGEL Éthique et esthétique de la perversion — Réédition

Au travers des déviations de la conduite sexuelle s’exprime une dimension essentielle, une tentation permanente de l’esprit: le désir de s’évader des limites que le réel impose, et de faire advenir l’ »impossible ». Il s’agit de détrôner Dieu le Père, d’opérer une transmutation du monde. Sade, Wilde, Bellmer viennent, entre autres, illustrer le propos de l’auteur qui propose une théorie de la perversion fidèle à Freud bien qu’échappant aux schémas classiques et qui avance une hypothèse sur la nature des liens que la perversion entretient avec l’esthétique.

Éthique et esthétique de la perversion – Janine Chasseguet-Smirgel 2006
Réédition de 2006
13 x 20 cm, 320 pages
ISBN 2-87673-446-X
15 €

Michèle VIROL Vauban — réédition

Michèle VIROL Vauban — réédition

De la gloire du roi au service de l'État

« Le plus savant homme dans l’art des sièges et des fortifications, et le plus habile ménager de la vie des hommes « .
Saint-Simon dresse ainsi le portrait de Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707). Il le présente non seulement comme le maître inégalé de la guerre de siège, mais encore, loin des fastes de Versailles, comme l’un des grands témoins du siècle de Louis XlV.
Homme de plein vent, à pied, à cheval, en chaise à porteur, ou dans sa fameuse  » basterne  » transformée en cabinet de travail, Vauban ne cessa de parcourir la France en tous sens pendant plus de quarante années.
L’ingénieur perfectionne et innove dans les domaines militaires et techniques mais aussi administratifs et économiques. À partir des années 1680, le soldat longtemps fidèle à son roi se transforme en conseiller lucide : confronté au royaume  » réel « , il brosse un tableau de plus en plus critique de la monarchie ; il analyse et conteste les décisions royales sur la question huguenote (révocation de l’édit de Nantes) et la politique étrangère (des guerres ruineuses pour le royaume) ; l’homme du pré-carré pense le pays comme un territoire dont chaque élément  » aménagé  » doit améliorer le sort des plus démunis et il voit dans la réforme de la fiscalité le principal remède pour faire face aux  » années de misère  » qui stigmatisent nombre de provinces à la fin du règne de Louis XIV
Entre l’âge classique et celui des grands philosophes des Lumières, la plume prolifique de Vauban initie une science nouvelle, appelée à un grand avenir : l’économie politique.
Conçu comme une biographie intellectuelle, ce livre, écrit au plus près des archives inédites laissées par le maréchal-ingénieur, dévoile les aspects intimes d’un Vauban attachant et méconnu ; il replace l’œuvre écrite de l’auteur de la Dîme royale (1707) dans les courants de pensée qui annoncent les bouleversements à venir, au carrefour des sciences, du religieux, de la pensée administrative et d’une nouvelle conception de l’État, plus utilitaire, plus humaine aussi. Vauban qui dit  » aimer sa Patrie à la folie étant persuadé que tout bon citoyen doit l’aimer et faire tout pour elle  » fut l’un des premiers à vouloir faire passer les aspirations et les besoins de  » vingt millions de français  » avant l’intérêt du roi.

Biographie

Agrégée de l’Université et docteur de l'EHESS, Michèle Virol a consacré sa thèse aux «Oisivetés» de Vauban, dont elle prépare la première édition intégrale. Elle est maître de conférences à l'IUFM-Paris.

Vauban – Michèle Virol 2007
Paru le 17 avril 2007
13 x 20 cm, 448 pages
ISBN 978-2-87673-464-7
17 €

DENIS CROUZET Dieu en ses royaumes — Réédition

DENIS CROUZET Dieu en ses royaumes — Réédition

Une histoire des guerres de religion

Dieu en ses royaumes évoque les affrontements religieux dans la France des années 1490-1610 en racontant une histoire saturée d’angoisses et de rêves.
Au commencement, il y eut le tragique d’une grande peur de la damnation face à un Dieu toujours plus distant et menaçant. La fin des Temps approchait et chacun se devait de se préparer au face-à-face avec le Christ, dans la pénitence, la prière et une obsession de pureté exigeant l’éradication violente de tous ceux qui attisaient par leur impiété ou leur hérésie la fureur divine. En contrepoint de ce noircissement culpabilisant du monde humain, Calvin proposa au fidèle une voie alternative et libératoire qui supprimait l’angoisse du salut en portant le fidèle à vivre dans une «bonne crainte» de Dieu.
Au plus profond des guerres de Religion qui opposèrent «papistes» et «huguenots», ou plutôt au cœur même de la dynamique des fixations confessionnelles, s’installait la violence d’un conflit entre hantise eschatologique et désangoissement: deux royaumes de Dieu s’affrontaient.
Dans le cours de cette histoire saccadée, le centre de gravité dramatique se déplaça: le pouvoir monarchique tenta d’entraver la crise en fixant dans la personne royale la mission messianique d’établissement d’un ordre de paix transcendant le jeu mortifère des imaginaires. Dieu en ses royaumes raconte alors l’histoire d’un second grand conflit, opposant les rêves apocalyptiques et violents des catholiques intransigeants à l’utopie de modération d’un roi Christ luttant contre les passions de ses sujets, une modération dont les grandes figures furent Michel de l’Hospital, Catherine de Médicis, Charles IX et son frère Henri III.
C’est à la monarchie d’Henri IV qu’il revint de clore cette tragédie par le truchement d’un autre jeu de symbolisation. L’Histoire fut alors érigée, à travers la figure d’un roi providentiel guidant ses sujets vers un nouvel âge d’or, en une instance de résorption des angoisses et des peurs eschatologiques.

Dieu en ses royaumes (Denis Crouzet –2008)
Réédité le 16 avril 2015
20 x 13 cm, 544 pages
ISBN 979.1.02670.028.9
19.99 € / 24 €

DENIS CROUZET Les guerriers de Dieu — Réédition

DENIS CROUZET Les guerriers de Dieu — Réédition

La violence au temps des troubles de religion (vers 1525-vers 1610)
Préface de Pierre Chaunu
Avant-propos de Denis Richet

Tout commence vers 1525, quand monte en France l’angoisse du châtiment divin. Dans le ciel et sur la terre apparaissent des signes qui disent l’imminence du Jugement. Voici le temps des guerriers de Dieu: d’une violence d’abord intérieure surgit la force conquérante d’un prophétisme panique qui ordonne la mise à mort des hérétiques. S’opposant à la violence désacralisatrice des huguenots, la violence mystique des catholiques culmine en août 1572 lors du double massacre, royal et populaire, de la Saint-Barthélemy. La Ligue marquera l’ultime retour de l’angoisse prophétique, force agissante d’un long XVIe siècle, qui vise à unir le peuple au Christ de la Passion. La rupture surgit en la personne d’Henri II qui, en pacifiant le royaume, est l’artisan d’un désangoissement et d’un désenchantement du monde. La « félicité du royaume », ordonnée par le roi de raison d’une monarchie absolue et resacralisée, est à la source de notre modernité. Un livre « destiné à occuper dans l’historiographie du XVIe siècle, non seulement religieux, mais spirituel et mental, une place capitale. » (D. Richet)

Lire le sommaire

Les guerriers de Dieu
La violence au temps des troubles de religion
Le sommaire

PRÉFACE
Pierre Chaunu
AVANT-PROPOS
Denis Richet

CHRONOLOGIE

INTRODUCTION

LIVRE PREMIER
LE TEMPS DU «TRIOMPHE DE LA GUERRE»

Préliminaires
Première partie
«LES COMBATZ DU FIDELE PAPISTE…»
OU LES VIOLENCES DE DIEU

Chapitre I
Des historiens du XXe siècle
aux innocents des années 1560

1. Une histoire sans Dieu
Un point de départ: le modèle Hauser
Une histoire éclatée
2. L’indice d’une autre histoire: Dieu ou la violence, des Innocents
Du hasard à la nécessité
Une violence sacrale: acte, appel, possession, signe de Dieu
3. Premiers jalons dune problématique

Chapitre Il
Angoisse eschatologique
et genèse d’une conscience prophétique

1. L’astrologie des bergers et des laboureurs:
les faux-semblants d’un Temps dominé
2. Les pronostications pour 1524: la césure d’une première grande angoisse
De l’astrologie judiciaire en Allemagne et en France: des
problèmes différents
1524 en France: l’annonce du déluge universel
«Il estoit bruit que les astrologiens…»
3. Un monde qui s’enfonce dans le temps du malheur et de l’épouvante
Le pessimisme du premier XVIe siècle
Richard Roussat, astrologue de la fin du monde
Le temps noir des «occultes vaticinations» de Nostradamus
4. Une civilisation de l’angoisse astrologique?
L’obsession astrologique de la cour du roi
Les quelques indices d’une diffusion large
5. L’astrologie contre l’avènement de la Vérité ou la Vérité contre l’angoisse
Calvin: «se tourmenter sans nul profit»
Le prophétisme astrologique: un danger pour la restitution de la vraie église
6. Le calvinisme comme défense contre l’angoisse
Le calvinisme sous l’angle d’une fonction historique
Un premier schéma interprétatif: une crise dans la civilisation

Chapitre III
«Le terrible et merveilleulx assault donné contre la saincte cité deJerusalem»: le Temps de l’attente de Dieu

1. Des signes de Dieu dans le monde
«Amendez vous, car votre Dieu est prest à venir»
Hérésie et colère de Dieu
Une culture des prodiges de Dieu
L’ angoisse eschatologique vécue
2. Une conscience prophétique
Une diction collective de la violence de Dieu
Monluc: un prophète
3. Une civilisation de lafin des Temps
Des livres et des images sur les horribles signes du Jugement
Des prophéties paniques
4. Prophétisme et mobilisation catholique
Un personnage essentiel: Artus Desiré
Une intelligentsia de prophètes de la violence
Des prédicateurs paniques: François Le Picart et Pierre Dyvolé
5. Les années davant-guerre: Dieu d’immanence et d’imminence
Le temps de la pénitence
Obsession eschatologique et miracle
Conclusion: Calvin ou le désangoissement

Chapitre IV
Le Temps du Jugement de Dieu:
de la sacralité des violences collectives

1. Glissements vers Dieu
2. Les marques de l’accomplissement prophétique:
une violence du dévoilement
L’ abomination hérétique révélée
«Façons de faire» des ennemis de Dieu: la paillardise
Des corps qui disent leur abomination: la lubricité découverte
Le vrai corps du corps: la violence contre la volupté hérétique
Rituels de déshumanisation- l’aveu hérétique
En l’homme, la domination de l’impur
Malédiction: le corps souillé devenu souillure
Horreur du mort: une image de Satan
Violences d’animalisation: la bête démasquée
Images animales
« Les murtrissoient comme bestes»
3. Violence de Dieu et imaginaire du châtiment infernal
Condamnation de Dieu, élection de Dieu
Lapidation
Purification et jalousie de Dieu
Un théâtre de l’Enfer
Etre «monstres et diables encharnez»
L’épouvante infernale des visages huguenots
Anticipation des peine infernales
L’engloutissement par l’enfer: la fin des rituels
La sacralité de la violence: l’indice décisif de la danse macabre de Gaillac
Conclusion: en amont de l’angoisse, le problème du Temps humain?

Chapitre V
«L’extresme violence» des hommes,
une violence de la possession de Dieu

1. Les gestes de l’oubli de soi: une violence de la transe ?
Sur le seuil de la violence, le boire et le manger
nécessaires
Une dépersonnalisation des violents ?
L’impureté dévorée
Le«plaisir» des violents: le corps vaincu
La violence qui est une fête
Le rire de l’innocence qui est le rire de Dieu
2. Marches de rencontre sacrale et agressions
La procession meurtrière de Beauvais
L’expiation de Carcassonne
Les hommes et Christ ensemble dans la violence
Paris ville de l’Alliance
Aix: les marcheurs de la violence de Dieu
3. Mobilisation catholique et mystique
«La croix a esté le pont pour passer ceste mer»
Une piété du regard mystique
Le Livre enseignant de l’amour divin
L’exemple de Pierre Doré: mystique et défense de l’Eglise
4. Guerres de religion, guerres saintes
Premières expériences d’association: un lien renoué avec l’imaginaire de la croisade?
«Fraternités» et «croisades» de 1567-1568: mourir pour la croix
Quelques symptômes de la «pulsion» de croisade

Chapitre VI
Les prémices d’une autre crise ?

1. La loi face à la Loi
«Tués tout, pillés tout: nous sommes vos pères »
La violence et la prédication: le cri contre les lois iniques
Les prophètes contre les Princes
Quand le «peuple s’attribue de soy mesme la puissance du glaive»
2. De la violence institutionnalisée à la rébellion rituelle
«Le roy te salue»: le «corps du commun» justicier ?
La confrontation de deux ordres de Dieu: une violence du défi à l’ordre du roi
D’autres violences conflictuelles: de l’apparence à la réalité
«Regnum meum : il n’est en la manière du monde»
3. De la solitude des hommes à la mystique de la violence de Dieu
Un indice: Monluc et la quête solitaire du Roi des rois
Justice parfaite et violence du peuple: «C’est le peuple qui a crié, et les grands n’ont pas crié»
Avertissements et appels de Dieu
Des prédictions toujours calamiteuses et angoissées
Dieu parmi les Siens au temps des troubles de religion
Une humanité toujours plus proche de sa fin
4. La crise contenue: le mythe d’un roi qui va bientôt se révéler
L’Histoire enseignée au roi
L’attente d’un roi de violence

Seconde partie
LA «METAMORPHOSE CHRESTIENNE»
OU LES RAISONS DE LA VIOLENCE HUGUENOTE

Chapitre VII
L’Evangile, hic et nunc ? Problématique de l’iconoclasme

1. Avant la guerre, les séquences d’une première crise iconoclaste
Premières agressions
La première explosion iconoclaste
Une crise dans la crise: l’éradication de l’interdit, insurrection sociale ?
23 novembre 1561: la révolution à Fumel ?
Pourquoi le sud-ouest ? Un élément explicatif
2. L’iconoclasme de guerre: rationalité évidente et radicalité cachée
Chronologie d’un déferlement conquérant
La seconde grande crise iconoclaste, une explosion sociale rituelle?
L’iconoclasme huguenot à la lumière de l’iconoclasme européen

Chapitre VIII
Une violence du «désenchanternent» de l’homme

1. Une révolution mentale
L’enchantement des images- un système de pensée symbolique
La rationalité calviniste ou le refus de la connaissance analogique
Les images au centre du processus de désangoissement
2. De la Loi à la violence: la puissance de la Raison
Le prêche et l’agression: une immédiateté de la violence
Eradication des images et pédagogie de la Vérité
Rationalités d’un témoignage de la Gloire invincible de Dieu
Froideur et programmation de la destruction des idoles
3. Face aux papistes, le temps d’une logique optimiste de la violence
Intimidations et provocations
Les corps épargnés: un refus originel de la violence physique
De la propagande clandestine à là violence psychologique
4. Le temps d un autre désenchantement: une logique de la terreur sanglante
Rétablissement de l’ordre de justice et rationalité de la mort
des papistes
Pour la pérennité de l’espérance en le Règne de Dieu et pour la «juste querelle», la Terreur huguenote
5. La guerre aux «razés»
Le rêve originel de l’adieu au monde de la «malicieuse race du diable»
L’effort second d’anéantissement de la «peste du monde»

Chapitre IX
«Voicy le temps tant pretendu … »:
Règne de Christ et rire des hommes

1. Le rêve du Temps retrouvé
Une stratégie de la distanciation: faire de l’Histoire
«La succession des temps»
2. Le «vray homme»: mythe de l’âge d’or et chiliasme intérieur
Du «monde à l’empire» à la «Metamorphose chrestienne»
Une structure mythique chiliastique ? Saeculum aureum et
régénération
Une hypothèse sur l’univers social de la conversion
3. «La comédie du pape malade»: la mort du vieux monde
L’Eglise romaine ou le règne de la folie
Le rire: de la propagande religieuse à la violence collective
Un exemple de permutation carnavalesque: «Messe, vesse»
4. Dérision et théâtralité révolutionnaire
Satire et désacralisation: les peurs abolies par le rire
Le carnaval du départ ou de la mort de la Messe
Des violences du monde purifié

Chapitre X
Une révolution perdue ?

1. Blocages et obstacles doctrinaux
La patience voulue par Dieu
1562: la guerre de «vengeance publique»
2. Système idéologique et contrôle social
Thématique de la restauration de la police d’autrefois
Une stratégie de l’affermissement des hiérarchies sociales
Le thème du roi pur ou le pouvoir préservé
3. Actualité de la part cachée de la Réforme
Découverte et menace d’une autre «vengeance publique»
La «grande resiouissance»: l’intervention révolutionnaire de Poltrot de Méré
La tension régicide de la Réforme
La révolution rituelle: des iconoclastes qui sont aussi des régicides
Conclusion: la problématique de la religion et du Social

LIVRE SECOND
LE TEMPS DU REPLI DE LA VIOLENCE

Préliminaires
Première partie
DE LA CRISE DE VIOLENCE À LA CRISE DE LA VIOLENCE

Chapitre XI
Le premier «miracle» de la Saint-Barthélemy
«Et pour ce qu’aux seditions et factions,
Dieu a accoustumé d’estre le bouclier des Roys … »

1. La problématique de la violence de 1572: une programmation plurielle
2. L’obscure mémoire de la nuit du 24 août 1572
La fiction du complot: des résonances dans les années 1567-1570 Un chaînon manquant ?
3. Menaces sur le roi divin: le contexte idéologique de la crise
Les apparences de la guerre de résistance
Glissements progressifs vers une théorie de la Révolution
4. Violence et pouvoir: la royauté sacrale sur la défensive Les indices d’une appréhension monarchique
Contre la désacralisation, une sur-sacralisation royale

Chapitre XII
L’autre «miracle»: les violences mystiques du second massacre de la Saint-Barthélemy

1. Tensions et angoisses de 1572
Exaspération anti-huguenote et imaginaire de la violence
Une attente eschatologique continuée: les signes d’avant la violence
2. Du miracle de Dieu à l’autre Justice de Dieu
En marge de la justice du roi, la violence prophétique
Dans la ville de Dieu, un cadavre marqué par Dieu
Au commencement de la violence collective, Dieu
3. Les massacres provinciaux: de l’enthousiasme à la désillusion
Allégresse et violence
Les derniers massacres et les premiers indices d’une mélancolie violente
La rumeur de Paris
4. Les prémices d’un nouveau rapport de forces conflictuelles
Vers la grande crise: l’indice d’une tentative d’occultation Vers la grande crise: les premières critiques politiques

Chapitre XIII
Après la violence, un complexe de barbarie

1. L’autre, le barbare: répulsion etfascination
2. Présence de la barbarie: l’adversaire barbare
Catholiques et protestants: saisies d’un événement capital L’histoire barbare: tristes lendemains de la Saint-Barthélemy
3. La barbarie en soi: une stratégie de l’aveu et de la culpabilisation ?
Le vertige de Jean de Léry
«Nous qui les surpassons en toute sorte de barbarie»
4. Lesfictions de la guerre libératrice contre la barbarie
Une conscience douloureuse de l’Europe
Un processus de déstabilisation de l’imaginaire violent

Chapitre XIV
La violence intériorisée: modalités d’un reflux

1. La prééminence de la violence des mots
L’information: un enjeu de la lutte
Des combats de mots dans la ville
Des fabriques de rêves
2. Une violence qui bascule dans l’intériorité des hommes Un théâtre de la violence: l’offensive des catholiques anglais
Les cycles d’une guerre rhétorique: «responce», «replique», ou les masques qui tombent
De la capitulation du lecteur à la capitulation de la violence
3. Une arme contre la Ligue, la violence
Polémique et thérapie d’une «frenesie»
«…ce miserable royaume sera en très grand danger»
4. Magie ligueuse et exorcisme royaliste: l’arme d’un «langage oublié»
La Ligue: Circé et Médée
Sauver la France ou exorciser les Français

Chapitre XV
Une impossible violence collective ?

1. Les deux crises de la violence collective
Le trouble de conscience huguenot
Le ligueur face au Politique: un ennemi intouchable
2. Fictions et réalités de la violence à l’époque de la Ligue
La Ligue ou la violence contenue et contrôlée
Le problème de la terreur ligueuse
L’ordre royaliste, châtiment, contrôle, violence

SECONDE PARTIE
LE GRAND SOUBRESAUT DE LA VIOLENCE:
« … UN CHANGEMENT ADMIRABLE EN L’ESPRIT DE L’HOMME»

Chapitre XVI
Ira Dei super nos: le révélateur de la piété panique de 1583

1. A nouveau une histoire sans Dieu: sur les problématiques de la Ligue
2. Les processions blanches de 1583-1584: une tentative de reconstitution spatiale
«Depuis les frontires d’Allemagne…»
Un épicentre: le diocèse de Reims
Extension vers l’ouest
Les dernières marches de 1584
Un système ritualisé
Géographie et rituel des processions: une hypothèse de travail
3. Une spiritualité du Sacrifice et de la rupture avec le monde
La fausse piste de la piété pénitente
«…en vraie pureté et blancheur spirituelle»
Un avec Christ
4. Une grande pulsation d’angoisse eschatologique
La grande dorsale de l’angoisse de l’«année des processions»
Un contexte de signes de Dieu: le temps «vicieux et corrompu»
5. Vigilate et orate : l’imaginaire prophétique d’avant la Ligue
Une nouvelle grande conjonction astrale
«De mal en pis»: prodiges et signes de Dieu
Remarque sur les sorciers et sorcières

Chapitre XVII
Les imaginaires eschatologiques de la Ligue: de l’angoisse au règne de Christ

1. Miraculis annus: l’l’humanité sur le seuil de la grande tribulation
«Les mauvaises significations» des pronostications
Le vertige de l’accomplissement climatérique
Sur le militantisme panique des Seize
2. La représentation ligueuse du Temps: du «clouaque et esgoust des immondices des autres [siècles] passez» à l’enchantement d’une renaissance à Dieu
Le «glaive de vengeance» raconté aux hommes
Les prodiges au service de la Ligue: contre la faute, le zèle
Une anti-Renaissance ? La Ligue ou la recherche d’un temps perdu
3. Le Temps sacral des pénitents parisiens du premier semestre 1589
Paris-Jérusalem
Rupture, conversion, réformation
Un millénarisme ligueur
4. Une eschatologie de la guerre sainte
Une croisade spirituelle dans Paris
La Ligue située dans le contexte du rêve de croisade
La croix dans les hommes ou la croisade intérieure

Chapitre XVIII
La Ligue : une Union prophétique et mystique

1. Une diction prophétique
2. Une Ligue mystique: «…de la main particulière de Dieu»
Dieu et la fondation de la Ligue
Le zèle ligueur: la vie en Dieu pour Dieu
3. La Ligue replacée dans l’«invasion mystique»
4. «Vertu» et accomplissement spirituel de la société terrestre

Chapitre XIX
La Ligue et le régicide :
la trame d’une expérience mystique

1. Résistances
Le droit de la nature
Le droit de Dieu
Le droit du peuple
2. Mythes et silences
La mythologie royaliste de la «furie» régicide
La Ligue: des justifications rétroactives du meurtre de Blois
La destinée du roi-Antéchrist telle qu’elle fut dite avant le
régicide
3. L’aveu d’un Seize ou le régicide intériorisé
4. Jacques Clément: dans la geste collective de l’Union, l’acte mystique d un «saint»
Une représentation: la rencontre de l’Union pénitente et de Dieu
Clément: la piété de l’Union à l’origine de la désignation divine
La «force» de Dieu venue en Clément
5. Le deuil de la Ligue, un rituel d union sacrale
Le premier janvier, dans Sainte-Geneviève-des-Ardents
Le deuil dans tout Paris
Un grand rituel d’union
Piété doloriste et régicide symbolique
Identité d’affliction dans les villes de l’Union
6. Une tension de violence spirituelle
«Le perpetuel desir qui doit brasiller aux âmes des catholiques
à relever leurs cendres par une legitime vengeance»
Le deuil ou la quête de la sainteté des saints
Conclusion: le régicide comme accomplissement de l’Union mystique ou «estre ung en Dieu nostre maistre»

Chapitre XX
Face à l’angoisse collective, le roi de la Raison

1. La crise de l’institution royale: l’impossible royauté divine de Henri III
Histoire française et Histoire universelle: de la «fortune generale» du monde
Une royauté platonicienne
Le roi «unité d’unitez»
De l’exécution absolutiste de Blois
2. Montaigne: l’ébauche dune troisième voie ?
3. Du stoïcisme comme système de désangoissement: l’idéologie royaliste
«Ne se fault donc plaindre de ce qui avient en ce monde»
Une union philosophique: la sagesse stoïcienne des huguenots et des Politiques
Le retour en force de l’Humanisme: une autre définition de la vertu
4. Roi de la Raison, roi de Dieu: le destin d’Henri de Navarre
L’irrationalité ligueuse: «le grand chaos» revenu
Le roi de la régénération du monde: le thème de l’âge d’or qui vient
5. Henri de Navarre dans l’Histoire ou l’histoire d’un règne fatal
La monarchie attendue: le roi des «anciennes propheties»
La surhumanité du roi: le roi qui est le destin
Un roi pour l’Eternité ?
6. La seconde fin de la Ligue ou le roi sacrifié
Une angoisse ligueuse toujours menaçante
L’Entrée royale de 1610 ou l’ultime défi à la Ligue: un discours sur le «genus immortale» et la société du bonheur
«Une chimère, faite d’une tête léonine, d’un corps de chèvre»
L’œuvre de Dieu ou la royauté continuée

CONCLUSION GÉNÉRALE
LA FIN DES GUERRES DE RELIGION

SOURCES
BIBLIOGRAPHIE

LIBÉRATION: «Et DIeu entra dans l'histoire»

LE NOUVEL OBSERVATEUR: «Le feu de Dieu»

LE FIGARO LITTÉRAIRE: «Ces guerres civiles qui ont bâti la France»

Les guerriers de Dieu (Denis Crouzet – 1990)
Réédité le 16 novembre 2005
13 x 20 cm, 1532 pages
ISBN 2-87673-430-3
39.50 €