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LUDOVIC DEGROOTE 69 vies de mon père

LUDOVIC DEGROOTE 69 vies de mon père

Récit

«Je suis né le 2 avril 1920 à Hazebrouck, au 41 de la rue du Rivage, et mort à La Madeleine le 9 juin 1989, 143 avenue de la République. Né chez moi, mort chez moi. Entre ces deux dates, ma vie. Je crois qu’en mourant j’ai laissé quelque chose qui ne m’appartenait plus. Quelque chose que je n’ai jamais dit ni même raconté ni même cherché à exprimer, mais qui a constamment été là, fait de fragments, de bribes, de bouts, auxquels les limites déterminées par mes dates de naissance et de décès donnent, sinon un sens, du moins une espèce d’unité.»

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69 vies de mon père
L’extrait

(Pages 7-15)

Prologue
Je suis né le 2 avril 1920 à Hazebrouck, au 41 de la rue du Rivage, et mort à La Madeleine le 9 juin 1989, 143 avenue de la République. Né chez moi, mort chez moi. Entre ces deux dates, ma vie. Je crois qu’en mourant j’ai laissé quelque chose qui ne m’appartenait plus. Quelque chose que je n’ai jamais dit ni même raconté ni même cherché à exprimer, mais qui a constamment été là, fait de fragments, de bribes, de bouts, auxquels les limites déterminées par mes dates de naissance et de décès donnent, sinon un sens, du moins une espèce d’unité. En mourant il me semble avoir abandonné quelque chose qui ne m’appartenait pas, dès le début, quelque chose qui au fond faisait que je n’étais même pas le début, qu’il n’y avait pas de commencement mais une simple inscription dont la complication provenait de ce que je cherchais à lui fournir un sens et une unité. Un peu comme lorsqu’on entre quelque part, on laisse son manteau au vestiaire, et puis, à la fin, quand on repart, on le reprend; ça n’est pas ça qui donne du sens à la visite, ça en indique juste l’heure.

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Au bord de l’escalier

Mon père est là au bord de l’escalier, le pied droit posé sur la première marche, la main gauche en appui à moitié sur la boule de cristal taillé jauni qui enroule la rampe, enroulé c’est beaucoup dire car une boule qui enroulait une rampe c’était bien celle de l’immeuble de Bonne-Maman rue Jean Ferrandi, voilà une époque, ici c’est le bruit d’un parquet qui craque mal, avec des tapis en moins, et l’ajout du sommeil des enfants qui m’emmène loin du mien, il va plutôt sur la décision de monter, de franchir ce pas qui le séparerait de sa mémoire là, une image qui le retiendrait au bord de lui-même, un gouffre, moi qui ai fait la Tournette avant-guerre par deux fois dans la journée, et le Mont-Blanc avec mon frère Yves, tant de vertige aujourd’hui et cette chaleur interne de l’âge qu’on monte sans effort ni sans plus penser où ça peut s’arrêter, ce bout qu’on décale, et pourtant un jour on atteint les choses avec de la souffrance mon Dieu mon Dieu je vous offre cette souffrance ma mort et celle de ma fille et celle des autres à venir prenez ma pauvre souffrance jamais je ne pourrais l’oublier comment l’accepter sans vous, il est là au bord de l’escalier dans le bruit de sa main qui glisse, dans ce bruit, sa main glisse, dans ce bruit froid de la main, au bord de ce bruit qu’il sa main jaune il la passe sur sa main il la passe.

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Les escaliers branlants

Lorsque nous nous établissions à Brunehautpré pour les vacances, ce qui me fascinait le plus c’était ce petit escalier branlant qui avait été rajouté dans une vieille grange connue par la région à cause de l’épaisseur de ses murs dont les pierres avaient conservé, à la fois régulière et impossible, leur taille du xiiie siècle; il y avait dans chacune de ces marches qui semblait refuser de mener à la suivante un doute qui m’envahissait et me ramenait à la sensation de mon propre corps, alors que je dévorais quatre à quatre tous les autres escaliers, en pure insouciance; elles prenaient dans leur difficulté même et ce renvoi à moi-même une espèce d’existence qui ne me compliquait pas, mais me rendait tout simplement à mon existence; et chaque marche dès lors me conduisait en même temps dans une libération de mon esprit et le sentiment profond d’une habitude étrange qui échappait aux habitudes tout en se rappelant à une expérience que j’avais déjà vécue.

Rien là-haut ne semblait se charger d’autre chose que de la seule jouissance d’y avoir accédé; d’ailleurs il ne restait plus de l’ancien étage que l’amélioration des rendements avait nécessité à la fin du siècle dernier qu’un petit carré dans lequel je pouvais me tenir seul, et qui ôtait ainsi tout intérêt pour la fratrie et les cousins, puisqu’on n’y tenait qu’un. Seule donc la jouissance d’y avoir accédé pouvait expliquer ce goût, et c’est dire également le plaisir croissant d’en braver les étapes, dans l’obscurité demi passagère de cette immense grange aux ouvertures étroites, avec ces ombres vite franchies au dehors des nuages, et ce silence que me réservaient les marches un peu mobiles.

J’y construisais des histoires, avec des bruits qui avaient des pieds partout; les mots montaient en même temps que moi, en s’accrochant où ils pouvaient et dans l’espoir qu’ils tiendraient le coup; y arriver ne menait finalement nulle part: il n’y avait plus qu’à redescendre, plus vite et comme débarrassé.

Tu vois comme j’essaie de te raconter ça, comme du passé. trop joliment construit.

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Le front

Je pose la main sur le front, je ne pose pas la main sur le front mais deux doigts, en appui, ou peut-être quatre, je ne me souviens plus précisément, il faudrait pour cela que je retourne au vivant, à ce qui me reste de mon vivant, moi qui au moment de mourir ai tout oublié, ou de photos, je me rappelle une photo, moi qui n’ai aucune mémoire des dates et qui m’en fous tu devines, je me rappelle très bien cette photo, c’était en 78, difficile d’en savoir plus, ou en 76, c’est moi dans la bergère et j’ai le front qui repose au bout de quatre doigts, un bord latéral, on a dit un moment que cette photo c’était moi, cette façon de se retrouver c’est moi.

Je suis dans mon bureau je pose la main sur le front, qu’est-ce que je vais faire de cette brasserie bon sang, qu’est-ce que je vais faire de tout cet argent perdu, qu’est-ce que je vais faire de tout ce passé auquel je n’ai rien demandé, qu’est-ce que je peux faire de moi?

Alors voilà comment on croit qu’on naît.

La vie me préoccupe, et je n’avais rien demandé; c’est une attente comme une autre. Quand je te vois souvent, j’en ai mal aux yeux, et puis tant pis pour toi, j’en ai sauvé d’autres, et tant pis pour les autres, s’ils savaient tous comme je suis bien à cet instant présent. Chacun y pense ailleurs.

Je meurs, et toute ma petite famille autour – sauf Béa, pas arrivée à temps. Pas de chance pour un père qui meurt. Toute sa fille pas là, et dans ce désert de mes fils j’attends une voix, et rien qui vient, j’attends la voix de Godeleine, je suis en train de mourir, et j’ai du mal, les bruits s’extraient de ce qu’il me reste de vie pour dire que je suis déjà ailleurs, j’ai touché l’air et j’entends ma fille, pas la pas morte, je meurs un dernier coup, en apnée, je vois un garçon près de moi, un autre, un autre, je n’ai plus d’œil, je me secoue, je fais du bruit, je passe la langue partout, merci mon œil qui ribouldingue, merci mon Dieu, merci mes enfants, merci Geneviève, je meurs, passez-y votre main, chacun y sent son froid.

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Chez nous on partage

L’esprit de famille, la religion, les volontés des parents, le désir de continuer, les terres, les fermes, les cafés, les maisons, les actions, les meubles meublants, chez nous on partage tout, et on se finit avec les cendriers ébréchés, les cendriers ébréchés c’est l’essentiel, parce que toute notre enfance les a eus sous les yeux, et qu’on tient tous chacun à l’ébréchure. Bien sûr il nous faut d’abord partager les autres choses et nous voudrions tirer au sort des lots équivalents mais certains ne sont d’accord ni sur l’équivalence ni sur le tirage au sort. Ce qu’ils aimeraient, c’est pouvoir mordre dans la part d’un ou deux autres, non par haine ou vengeance, puisqu’on a réglé le problème de l’amour – on s’aime tous comme le souhaitaient nos parents – mais par goût, c’est dans leur nature; alors d’autres y sont prêts, ils ont mieux intégré la demande forte des parents et renoncent à l’absence de souffrance en offrant le surcroît de leur malheur à Dieu, se rappelant ainsi la parole de l’Évangile qui dit que Dieu favorisera l’intérêt 1. de ceux qui donnent, 2. de ceux qui aiment bien se faire pitié, sans parler 3. de ceux qui cumuleraient les deux placements. Par ailleurs d’aucuns pensent que tel ou tel lot leur conviendrait mieux pour des raisons variées: commodité géographique, proximité onomastique, superstition, premiers émois sexuels, espoir de rentabilité accrue, etc. Chez mon père c’était plutôt comique, puisqu’il expliquait à sa sœur unique que son statut de femme mariée sans enfant probable induisait qu’il valait plus pour chacun que lui-même héritât aux 4/5. Je ris tout haut en pensant à cela. Je ne ris plus du tout en pensant à nous. Car chez nous on partage, mais c’est plus difficile pour certains, et plus on avance plus c’est douloureux pour eux de devoir renoncer. C’en est à croire que l’un ou l’autre serait prêt à abandonner sa part de cendrier si, et je saisis aussi ce qui se passe en moi, je ne dérobais à son insu de brèves œillades vers une ébréchure négligemment posée près de lui.

 

Revue de presse

Remue.net — Jacques Josse — 27 janvier 2007

69 vies de mon père – Ludovic Degroote 2006
Paru le 17 octobre 2006
13 x 21 cm, 160 pages
ISBN 978-2-87673-451-7
14 €

JOSEPH CHENERAILLE La Bête ravissante en forme de loup

JOSEPH CHENERAILLE La Bête ravissante en forme de loup

Récit

Lorsque sur les murs de sa chambre d’enfant, à l’école communale où il vit, Caluchon voit défiler les Confédérés ou, courant sa montagne à vaches au début de l’été, il regarde grimper les cols au Tour de France, c’est vers sa mère qu’il va, la cherchant le plus loin possible des lunettes noires où elle cache ses deuils.

Lui ira dérober son secret, celui de la petite fille orpheline de sa mère, la femme au portrait dans la chambre qu’il voit tous les jours. C’est dans ce portrait qu’il écoutera les murmures venus des chambres lointaines, au cœur des montagnes du Sud, et triomphera de la Bête, avant que celle-ci ne le ravisse. Pour cela, il remontera le cours du temps, le sien, celui de ceux qui l’ont fait naître, les grands ancêtres.
C’est un récit sur la part de solitude que toute enfance contient, au milieu d’une campagne de paysans, mais aussi de guérison des cascades du deuil, par les légendes enfantines, le grand voyage généalogique, avec quelques vivants prestigieux, et les morts jamais inquiétants.

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Personnages

Caluchon L’Enfant
Joseph Troisième Le même plus grand

L’Instituteur Le Père
Mère, Ninette, Nini  Eugénie Valanchon

Le Pierre d’Anduze Pierre Bernard-Argenson

Le second Joseph, Jo Joseph Valanchon
Éliane, Yanette Éliane Mazoyer

La Mamé Gabrielle Argenson
Pauvre MaxMaximilien Mazoyer
Le BernichonPierre Bernard
La Tante MalvinaMalvina Mazoyer
L’Oncle Gabriel Gabriel Argenson

Avec la participation du Premier Joseph et de Lucien Valanchon son fils, dit Lucien V.

Le dix-sept juillet Mil neuf cent quarante quatre, douze heures trente minutes, est décédée, trois, rue de Goye, Alice, Éliane Mazoyer née à Saint-Privat-des-Vieux (Gard), le quinze juillet Mil neuf cent dix sept, sans profession, fille de Maximilien, Louis Mazoyer décédé et de Gabrielle, Fernande Argenson, son épouse et épouse de Joseph, Jean Valanchon. Dressé le jour susdit, quinze heures, sur la déclaration de Pierre Dassaud, âgé de soixante et un ans, industriel, domicilié, quatorze rue Saint Joseph à Ambert, oncle de la défunte, qui lecture faite a signé avec nous Raymond Lachal, Directeur Général de la Légion, Député et Maire d’Ambert.

P/O Henri Joubert, Premier Adjoint, officier de l’État-civil par empêchement de…
Combien de fois, sacredieu, n’ai-je pas désiré qu’on pût attaquer le soleil, en priver l’univers ou s’en servir pour embraser le monde ?

Sade

LA FEMME AU PORTRAIT
À Fritz Lang
De quelques pouces montés sur deux ou trois pieds, jeune sac de chair et d’os – beaucoup plus d’os – était Jacques Portefaix. À douze ans il en paraissait huit, le futur officier du Grand Roi allant mettre sur orbite, en ordre de bataille, ce qui serait son grand combat contre la Bête ravissante en forme de loup. Il placerait aux flancs de la mêlée les frères Panafieu – Joseph, Jean, ils se nommaient –, des saints de calendrier dont il voyait les effets où se comptaient les feux, images fixées aux planches mal équarries, sur les cloisons des fermes à reflets roussâtres. C’était droit sur l’une des plus hautes montagnes du Gévaudan un jour d’hiver plein et doux. Jusqu’au garrot la malbeste s’était enfouie dans la sagne. Son immensité incendiait par endroits, retroussant comme un revers de granite la gueule de glaire rouge où semblait nager même la joue du compère Panafieu dans la fournaise. Avec ces grands bâtons ferrés d’un métal le jeune Portefaix aurait pu embrocher un Turcoman à poil dru. Il n’avait pas plié. Ôtée la gaine de cuir, et la Bête avait reculé, lâché sa prise, de dessous sa grosse patte mollie. Eux, dans l’image, sauvaient Madeleine avec Jeanne. Caluchon, la graisse ne devait pas l’empêcher de courir, comme de Mère, il l’avait entendu dire depuis Grandval – Puy-de-Dôme –, de ceux qui avaient été mis bas, plus au nord en Auvergne, dans un autre vestibule du temps où lui, enfant de huit ans, avait voulu la sauver, Eugénie, fille du second Joseph industriel fabricant de croix, Ambert – Puy-de-Dôme. Mauvais petit diable construit à ses yeux coutelas aux côtés, il aurait aimé dépêtrer les sortilèges nés dans cette chambre de devant qui donnait sur la cour à L’École de Grandval, village où il habitait, du portrait d’Éliane jeune morte au mantelet de lapin blanc sa grand-mère, mère de Mère, à la fourrure de conte, regardé comme une brisure de verre lui courant au front, lui se perdant dans cette grisaille du mur, dont sortent encore aujourd’hui les Confédérés. En montagne nous étions allés à la rentrée des classes, l’automne précédant les premières vastes neiges à Caluchon, où Père était allé perdre Mère dans des tombereaux de silence, au milieu des corbeaux qui viendraient l’isoler, la confronter aux fantômes en une chambre glacée, celle de derrière, plus d’une nuit à ses côtés, L’Instituteur retourné au sommeil ronfleur où il avait passé sa jeunesse, couverte du drap blanc, jamais froid longtemps, près d’une chaleur dont Mère avait manqué son enfance durant. Il n’y vit que du feu.

Un virage avait été passé un peu après le col des Fourches d’où Joseph Troisième ne regarderait plus les montagnes bleues le soir, quand elles sont au balcon de La Villa aux limbes, puisque Ambert est quittée par Ninette sa mère, marmots en fagot, jamais Eugénie qu’elle ne voulait pas être, pour aller rejoindre L’Instituteur. Caluchon avait quitté la demeure, l’avenue Emmanuel-Chabrier – Ambert, numéro 17 –, l’allée menant au parc derrière habillé de ses hauts sapins très noirs, ses brouillards le matin montés de la rivière de Dore, allée tracée par la voiture automobile, une MARTINI rouge sang-de-bœuf au Premier Joseph, fondateur de l’EMPIRE VALANCHON. Sachant conduire par quelques tours de roues, sans permis, il était allé fabuleusement devant des gueux, sayons crasseux, sous le dôme de la Caisse d’Épargne – à Ambert une puissance. Caluchon lui gagnait les hauteurs boisées, avec prairies, petits champs, qui seraient son garni à miellat aux ricochets l’animant encore loin de l’Empire si mal habité par Mère maintenant trimbalée à la Marothe (Grandval) avec la femme au portrait logée au mur de sa chambre qui la mettait au noir. L’enfant ne serait plus Joseph Troisième. Perdue l’avenue avec La Villa aux tourelles, plus belle demeure d’Ambert, où il avait inscrit du feu de la fonderie sa joyeuse entrée, ses parents – eux avant, maintes fois s’approchant aux rues places du vieil Ambert, embouchure de toutes choses – avec ce regard à sa mère, qui fut nécessairement porté sur son père en scoutaire VESPA vers l’avenue, Eugénie dans son infinité de FILLE VALANCHON à vingt ans, masquée par le lourd portail au fer forgé couleur de sapin, alors qu’elle l’ouvrait pour l’attendre. Aux gestes qui apprennent les corps autres que le sien, leur temps de fréquentation s’était fini dans la petite chambre Sud, second étage, avant le jour de ma naissance, au numéro 17 où ils étaient domiciliés chez mon grand-père.

 

Revue de presse

France Culture — Les Bonnes feuilles par Sandrine Treiner — 15 décembre 2014

Biographie

Né en 1960 à Ambert en Auvergne, Joseph Cheneraille est professeur agrégé.

Bête ravissante en forme de loup (La) – Joseph Cheneraille 2014
Paru le 18 septembre 2014
13 x 21 cm, 96 pages
ISBN 2.87673.976.5
13 €

OLIVIER BARBARANT Élégies étranglées

OLIVIER BARBARANT Élégies étranglées

Hommage, oraison, tombeau aussi bien, quand notre modernité a tendance à en effacer douloureusement les traces, les Elégies étranglées tentent peu à peu de circonscrire le cataclysme intérieur que représentent la déchéance et/ou la mort des parents. L’hommage aux disparus est ainsi l’occasion d’un cheminement intérieur : à défaut de les avoir sauvés par la voix – il n’y a que de faux orphées – peut-être pourrait-on les aimer en respectant leurs combats, leurs amours, en poursuivant ce qui faisait battre leur cœur. Peut-être l’écriture, ici la déploration élégiaque, est-elle une manière de faire tenir ensemble les éléments démembrés de l’existence, et de retourner vers la vie ce qui la biffe sans pouvoir la nier.

Revue de presse

Le Monde Diplomatique — Marie-Noël Rio — juillet 2014

Le Magazine Littéraire — "Épitaphes sans emphase" par Jean-Yves Masson — mai 2013

L'Humanité — "L'amour au chevet de la mort" par Nicolas Dotent — 6 juin 2013

Europe — Lionel Ray — avril 2013

France Culture — Ça rime à quoi, Sophie Nauleau — 6 avril 2014

Biographie

Olivier Barbarant est né en 1966 à Bar-sur-Aube. Il vit et enseigne à Saint-Quentin, en Picardie. Tous ces livres ont paru aux Editions Champ Valon. Il prépare l'édition des oeuvres poétiques d'Aragon dans la collection de la Pléiade.
Voir aussi l'excellente biographie d'Olivier Barbarant parue sur le site du Centre International de Poésie Marseille (CIPm).

Élégies étranglées – Olivier Barbarant 2013
Paru le 15 février 2013
13 x 21 cm, 80 pages
ISBN 978-2-87673-871-3
12.50 €

JEAN-CLAUDE PINSON Alphabet cyrillique

JEAN-CLAUDE PINSON Alphabet cyrillique

Sous la forme d’un abécédaire, dont les 33 lettres de l’alphabet russe sont les étoiles, un voyage, réel autant qu’imaginaire, en Russie (ou plutôt en «Soviétorussie» comme disait Marina Tsvétaïeva).
Revenu d’on ne sait où, le poète Lermontov est le maître à danser de cet opéra-ballet linguistique. D’autres revenants (un sosie de Leopardi, un double de Kojève, un pseudo Beaudelaire…) lui donnent la réplique, tandis qu’un narrateur du nom d’Aïe Ivanovitch assure la mise en scène. Entremêlant micro-fictions, bribes de poèmes, fragments autobiographiques, dialogues et jeux sur les langues, Alphabet cyrillique est un livre au genre délibérément indécis. C’est aussi à l’occasion un abécédaire enfantin, contenant un bestiaire, un livre sur l’art d’être grand-père et même à l’occasion un manuel de russe pour grands débutants, doublé d’un cahier de solfège et de chant pour l’éternel étudiant en art de vivre qui sommeille en chacun.

Revue de presse

Europe — par Jean-Baptiste Para, mars 2017

Remue.net — Bruno Fern, 27 avril 2016

Chien de Lisard — Daniel Morvan, 4 mars 2016

Les Parutions — Tristan Hordé, 9 mars 2016

Europe — par Jean-Baptiste Para, mars 2017

Place publique — Jean-Claude Pinson, artiste du Tiers-Etat, par Daniel Morvan, mars-avril 2017

Matricule des Anges — Emmanuel Laugier, mai 2016

Biographie

Jean-Claude Pinson est né en 1947 dans la banlieue de Nantes. Vagues études de Lettres à la Sorbonne. Premiers essais poétiques, dans la mouvance du groupe «Tel Quel». Longue période d'activité militante, le regard tourné vers la Chine. Durable syncope de tout rapport à la littérature. Passe près de vingt ans à Saint-Nazaire. De cette expérience, résultera plus tard un premier livre de poésie, J'habite ici.
Tardives études de Philosophie : agrégation (1982), puis thèse sur Hegel (1987). Directeur de programme au Collège International de Philosophie (1989-1995). Nommé en 1990 à l’Université de Nantes, où il enseigne la philosophie de l'art, jusqu’en 2008.
Paraît en 1995 un premier essai sur la poésie contemporaine, Habiter en poète. Quelques autres suivront, en même temps que plusieurs livres de poésie. De forme de plus en plus « prosimétrique », ces derniers mettent en scène, à partir de Fado (avec flocons et fantômes) (2001), un petit noyau de personnages (fictifs ou non) qu’on retrouve en partie d’un livre à l’autre. Narration et invention dans la langue tentent de faire bon ménage entre les pages.
Voyages réguliers en Russie à partir de 2004. En est issu Alphabet cyrillique (2016).
Recensions régulières de livres de poésie, en lien avec une réflexion théorique qui se poursuit.
Jean-Claude Pinson est membre du Comité de rédaction de Place Publique, « revue urbaine » qui paraît à Nantes et où il publie des articles sur les sujets les plus divers.
Donne régulièrement des conférences – et plus rarement des lectures.

Jean-Claude Pinson, Alphabet cyrillique, éditions champ vallon
Paru le 8 janvier 2016
14 x 22 cm, 338 pages
ISBN 979-10-267-0084-5
24 €

ÉTIENNE FAURE Ciné-Plage

ÉTIENNE FAURE Ciné-Plage

Ciné-plage renoue avec la forme en vers.
Ciné-plage, qui emprunte son titre à l’une des parties, se déroule en quatorze séquences. Il commence avec des lettres d’amour sur du papier (juste avant la dématérialisation des mots et des correspondances qui vont avec…) et se termine par un seul texte qui vient clore le recueil en forme de salut aux poètes, hommes et femmes parvenus jusqu’à nous par le fil de l’écrit, et qui nous lient comme autant de mailles et maillons, en une invitation à poursuivre : continuons.
Le film entre-temps chemine à travers les amours, la plage, les vies aux fenêtres, les souvenirs dits de l’enfance, l’immuable émotion d’automne puis de la sève qui reprend, contre le froid les rencontres humaines — rapprochements —, les lieux d’Europe et de mémoire, l’histoire encore, saluant Kafka, Venise et son théâtre, la langue perdue puis retrouvée sans cesse, vieux fil.

Revue de presse

POEZIBAO — par Myrto Gondicas, 6 mars 2017

Jacques Bonnafé lit Etienne Faure (Ciné plage) — France Culture

Biographie

Etienne Faure, né en 1960, vit et travaille à Paris. Il a d’abord été publié en revues (NRF, Conférence, Théodore Balmoral, Rehauts, Le Mâche-Laurier, Pleine Marge), puis il a publié cinq livres chez Champ Vallon : Légèrement frôlée (2007), Vues prenables (2008), Horizon du sol (2011), La vie bon train (2013) et Ciné-plage (2015).

Ciné-Plage, Étienne Faure, collection Recueil, éditions Champ Vallon
Paru le 20 novembre 2015
13 x 21 cm, 136 pages
ISBN 979.10.267.0081.4
13 €