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JUDE STÉFAN L’angliciste

JUDE STÉFAN L’angliciste

Nouvelles

«Parmi ces dix-sept Variations les Sœurs sont encore là, présentes, l’Aïeul, et les Aimées de jeunesse ou l’Endeuillante, la Violence, la Satire, la Vieillardise, la Bibliomanie, l’Anglicisme, enfin la Mort même en personne ou accomplie dans une vie captive.»
J. S.

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(Pp. 47,52)
III

Le Brevet des collèges
J’ai passé le Brevet. C’est là mon premier examen, si l’on excepte communion et confirmation, et destiné à nous préparer au Baccalauréat – lequel est encore plus difficile, car il n’y a que 80% de reçus, outre le rattrapage (où certains même échouent) –, puis à la nuit de noces. J’avais ma bouteille d’eau et ma barre chocolatée, refait ma natte, et c’est ma grand-mère – ex-directrice d’école – qui m’avait amenée dans son Audi, car mon père, simple ouvrier, était à son travail. À neuf heures précises furent distribués les sujets, retirés d’une grande enveloppe bistre. Chacun avait sur sa table son numéro d’appel, sa carte d’identité, sa convocation. On aurait entendu une aiguille tomber, tant l’instant s’avérait important. C’était le sujet de Rédaction: la tête entre les mains je le découvris sans aussitôt comprendre: «Que feriez-vous si vous n’étiez pas né? Développez». La question me surprit, ayant plutôt révisé, comme le bruit en courait, le Néanderthalien au larynx trop haut placé. Certains se regardèrent, d’autres méditaient déjà sur la question, plusieurs même se mirent à écrire. Je ne découvrais guère la problématique, comme l’avait préconisé l’institutrice, mademoiselle Beaudrap. On entendait des toux, des raclements de pieds. Au bout de dix minutes un grand Noir se leva et alla réveiller le Surveillant, suggérant qu’il y avait une erreur dans l’énoncé. Ce dernier, qui n’avait sans doute fait que lire distraitement, approuva et, s’étant fait remplacer par un suppléant de couloir, alla en référer au Chef de Centre, qui, après avoir consulté le Rectorat – c’est ce qu’il nous annonça, descendu dans la salle – nous précisa qu’effectivement il n’y avait pas d’erreur, mais que le sujet aurait dû être réélaboré, qu’en tout cas il en serait tenu compte dans la correction, et que toute liberté était ainsi laissée aux candidats, qui pourraient même bénéficier de cet avantage. Tout était dans l’ordre. «Gardez votre calme!»
Je sentais la migraine m’obnubiler le cerveau. Je me mis à essayer de déconstruire l’énoncé, selon les conseils de l’année. La subordonnée conditionnelle d’abord, «si…»: il s’agissait là, grammaticalement, d’un irréel, une supposition contraire à la réalité, comme si j’étais morte, mais avant même d’être née – et qu’aurais-je bien pu faire alors? Quelque chose m’échappait, sans doute un piège qui pourtant devait être évident, j’eus honte de ne pas le trouver et même envie de pleurer, j’étais toute seule, sans ma mère, sans aide, à lutter. Je passai à la proposition principale interrogative – bien analyser les termes! -, que feriez-vous ne devait pas s’appliquer à une profession à exercer (moi, je voulais être puéricultrice ou aide-soignante afin d’aider de plus faibles, comme l’abbé Pierre), mais signifier: quelle serait alors votre attitude? Eh bien, quant à moi, si je n’étais pas née, je me tuerais, car comment accepter d’être privé des beautés de la nature, de la connaissance des grands hommes, Napoléon ou Zidane, de la Canicule même, qui permet la vente de milliers de ventilateurs? Voilà donc les idées que je jetai sur le brouillon avant de rédiger une page et demie et bien relire.
À la sortie ma grand-mère, ex-Directrice d’école, considéra le sujet pour déclarer qu’il s’agissait plutôt là d’un thème philosophique, qu’il y avait sans doute eu substitution de matière, et comme un attroupement déjà s’était formé à cet égard, qu’on saurait protester -quoique ce fût une profonde question! À la maison, le soir, on attendit le retour de mon père, qui n’est qu’un simple ouvrier: il chaussa ses lunettes, fronça les sourcils et, bizarrement, demanda à sa belle-mère: «Est-ce qu’il y a du potage?»

 

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Angliciste (L') – Jude Stéfan 2006
Paru le 17 janvier 2006
13 x 21 cm, 144 pages
ISBN 2.87673.419.2
13 €

JUDE STÉFAN Le Sillographe

JUDE STÉFAN Le Sillographe

(Diurnal invectif 1997-2003)

« Faisant suite à Senilia puis Silles – pensées grecques mordantes dues jadis à Timon dit « Le Sillographe » –, ce « diurnal invectif » (contre la Médiocrité, les vulgarismes, le Littérairement correct, la superstition religieuse de retour), daté de 96 à 03, au lieu de tendre à tout dire d’un soi égoïque, ne note que les riens vécus par anecdotes, propos ou fusées – avec en son centre l’imposibilité amoureuse de sortir de soi ou Apories »
J. S.

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(Pp. 112-116)

30/12. «Les Gens»
«Ah oui, les Gens, parlons-en, eh bien je n’en suis pas, des Gens, et d’ailleurs qui, les Gens? – vous et moi! – gens, la race humaine, gente dans trois langues latines, le oiJ povlloi des Grecs, le peuple, la foule, les 80% d’esclaves, à cause desquels on se tue, le commun, la majorité silencieuse, qui votent pour l’Un par peur de l’Autre, les éduqués à la famille, au travail et à la nation, les abonnés aux bonnes mœurs, qui comprennent l’art cent ans après au mépris des modernes, les catéchisés perpétuels de la faute et de la tolérance, aux héros futiles Bruel et Douillet, les suppôts de TF 1: Horreur des «gens», des euphémismes cache-pensée Vieilles gens (pour les Vieux), Jeunes gens (pour casseurs et violeurs), Honnêtes gens (pour Hypocrites), Pauvres gens (pour Misérables), Bonnes gens (pour badauds et crédules), Petites gens (pour laissés-pour-compte), Gens d’armes (pour flics sarkozyens), Gens de lettres (pour Paradeurs provisoires), Droit des gens (ne bombarder que si nécessaire), les Gens bien (pour Profiteurs), les Braves gens (pour les soumis) qui suivent humblement le sempiternel calendrier petit jésus – étrennes-impôt-vacances de neige-pâques-tour de France-rentrée-élections–toussaint-gels-guerres dans le tourniquet des années répétitives, avec mariages et enfantements, modes et clichés, solécismes et oublis, à quand les Dernières gens?
L’indifférenciation généralisée – qui n’est point l’anonymat ou rejet du nom – dans laquelle se couler afin d’inexister, par peur, par pudeur, par honte même, n’aura pu être le fait de quelques-uns qui réagissent contre le donné, se soulèvent, en vain, contre la mort, par refus d’être de ces gens, conservateurs nés, empêcheurs de toute révolution. Que réclament en effet «les gens»? La tranquillité, le Gris – du moins avec quelques «vacances» ou festoiements défoulateurs. Certes ils font pitié – une des «vraies valeurs » judéo-chrétiennes! –, ils sont émus aux enterrements, ils se vautrent sciemment dans leur vulgarité, on n’a pas le droit de les mépriser; alors on les leurre de bonnes paroles, ils ont le droit de protester en votant, une médaille à la retraite en récompense de n’avoir pas bougé, d’avoir pétitionné contre la pédophilie, réservé la peine de mort à certains cas – l’innocente enfance –, voilà le produit de l’éducation parentale et scolaire, «Les gens» – on songe à une chanson répétitive de Brel, avec grincements de dents.
Un des projets de Balzac frappait: «Les Gens ridés», ces gens soucieux que l’on rencontre dans les transports, rongés d’épreuves, aux années déjà enfuies, inquiets de la proche disparition et dont les plis du visage dénient la verdeur passée. De Dublin ou de Seldwyla, traités avec commisération grâce à l’humour – une satire bienveillante! –, nos gens sont pardonnés (ils sont comme nous, sinon notre prochain ou nos frères), il faut qu’ils soient «de sac et de corde», pillards ou patibulaires pour être condamnés. Ils demeurent supportables, on ne les changera pas, pardonnez-leur car ils ne savent ce qu’ils font, mais ils ne sont pauvres en esprit, sauf les pauvres avérés, les humbles et humiliés, qui, eux, n’aiment guère «les gens», la masse, qui peut dégénérer en canaille, en populace. Une monstrueuse globalité cachant les individualités irréductibles, mais confondues dans l’irresponsabilité déculpabilisante. L’artiste trahit donc les gens, qui lui préfèrent nombre de médiocres, mais expulse tous ceux qui auront écrit pour «les gens»: Balzac les étudiait, à Th. Bernhard ils répugnaient – pas son grand-père qui vivait à leur encontre. Alors, sauver les gens d’eux-mêmes, s’ils ne préféraient le général, la foire, la vallée promiscuitaire de Josaphat?
*

31/12
«On ferme». Oui, je suis un homme devenu fermé. À soixante-dix ans on ferme, comme on ferme à sept heures dans les boutiques. Je ne comprends pas que ces hommes ici-bas (se) parlent, écoutent des chanteurs vides, supportent des joueurs de pied ôtant leur maillot par orgasme procuratif, jouissent d’émissions les plus crapuleuses, se vautrent encore dans leurs superstitions – ô guerres religieuses autant qu’économiques! Les hommes puent – de vanité, d’inconscience: on ferme! Pas le droit d’aimer sa sœur, une fillette, des prostituées, de haïr son père, de fumer dans l’ennui de vivre, de boire trois verres de vin. Il faut jouer aux cartes, voter, fêter le faux Jésus, tuer les innocents animaux par plaisir: on ira voir ailleurs, la clé mise sous la porte, on sera parmi les 12 000 suicidés: on ferme, on arrête de jouer au billard, on range sa queue, on n’a jamais eu rien à faire parmi politiciens et veaux électeurs. Honneur aux handicapés, naines et charitons qui illustrent la misère!
Je n’aurai pas eu de biographie, sinon dans des documents, je ne serai plus né, renvoyé en fumée, cendres dispersées dans une décharge. On n’aura fait que me pousser dans collèges, casernes, salles crayeuses, stades, églises, précipité sur les corps féminins sans piété, renvoyé de ville en ville: comment être un château, une cathédrale, un port brumeux? Ce sont les autres qui parlent de vous, qui ne vous vivez même pas, soumis à vos organes fœtaux – ô bêtise des mères au-dessus des berceaux, joie des pères cloniques! C’est la rumeur qui décrit votre patronyme, c’est sa bouche qui dit: baroque, provocateur, fusillable. Cancer, Sida, États-Unis règnent. «La situation est désespérée, mais pas sérieuse», on ne quitte rien, souvenir de la mer monstrueuse et des météorites cycliques, les volets sont clos, un curieux est venu frapper dont la compagne conclut: «C’est fermé».
(mars 03)

 

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Sillographe (Le) – Jude Stéfan 2004
Paru le 19 février 2004
13 x 21 cm, 128 pages
ISBN 2.87673.369.2
15 €

JUDE STÉFAN Oraisons funestes

JUDE STÉFAN Oraisons funestes

Nouvelles ou variations VII

«Y no quiero inventar o que no sé», je n’aime pas inventer ce que j’ignore, écrit Borges (El cautivo), marquant ainsi le seuil ambigu de la Nouvelle, entre vraisemblance et créativité. Cinq nouvelles amoureuses (La Pharmacienne, Une Pléiade, La Tante Olga), quatre funèbres (Oraison funeste), une dialoguée en leur centre même, pour un ultime effort d’oraison — ou assemblage de mots construits selon le règles du genre, «une chose pour laquelle on n’était pas né» (Musil).

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X

Oraison funeste
L’abbé Bénigne enseignait jadis l’Instruction religieuse et le latin en classe de cinquième chez les jésuites d’Évreux. Prêtre autodidacte il avait repris des études après le séminaire et soutenu un diplôme sur Bourdaloue dont il aimait à rappeler que la marquise de Sévigné le préférait à tous autres orateurs. Malgré sa soutane il courait très vite lors des jeux et des sorties, affectait toujours un air jovial, quoique capable de sévérité quand il devint préfet de discipline et qu’il réclamait le silence au réfectoire, et savait passionner ses élèves en cours en les faisant rivaliser d’exactitude grammaticale, formés par groupes dont vérifier l’avance ou le recul sur un tableau garni de drapeaux les représentant dans leur parcours. Parmi ses élèves il avait distingué un garçonnet aimant déjà la lecture (Vigny, A.France, et comme il était souvent en retenue le jeudi, qui réclamait chaque fois le même ouvrage au bibliothécaire mécontent: – Mais vous l’avez déjà emprunté! – Justement!, «Le Grand Meaulnes»)
Après son départ du collège l’élève revenait visiter le professeur – et jusque dans l’adolescence, pour plus tard ne se revoir qu’épisodiquement, quand la teneur des ouvrages parus sous la plume du premier n’eût pu que déconcerter le second. Mais lors de la disparition de celui qui avait voulu devenir écrivain, il apparut naturel à la famille que l’on priât son vieux pédagogue de prononcer une courte homélie dans la petite église de Serquigny où l’urne serait déposée après incinération. Il parla donc à peu près en ces termes:
«Il m’était donc destiné, Messieurs et Lecteurs, de sauver la mémoire – et pour combien de temps! – de ce personnage protégé selon ses propos dès longtemps du diable même, notre ennemi à tous, celui qui objecte au bonheur de la naissance, à la beauté de l’univers, à la résurrection qui les effraie dans leur peccaminité, un être donc des plus regrettables qui ne connut que trop l’engeance féminine: ah si encore ce fût pour fonder une famille, trouver une ressemblance dans sa progéniture, qui aurait perpétué sa mémoire et sa sagesse – mais non, je n’ose ici le suggérer, ce fut à des fins bien plus inavouables, la chair complice du corps, la recherche de l’infâme coït adultérin, une collection de Muses profanes sous prétexte d’art. Car il n’est que trop vrai, le Défunt, ce malheureux suicidé, se piqua d’écrire, incapable d’accepter son sort d’heureux vivant qui n’a pas à demander plus que la vie à nous donnée, par l’entremise de l’étreinte parentale, par le divin Créateur. Que n’eût-il plutôt renoncé, au lieu de récidiver ces œuvrettes trop particulières pour toucher à l’universel, alors que notre Sainte Bible aurait dû à jamais annuler toute tentative de rivaliser avec elle, tentatives qui ne furent le fait que de drogués, de communistes, de borgnes, de moines défroqués, de trafiquants d’armes, d’anti-juifs, d’exilés, d’asthmatiques, d’ivrognes, de phtisiques: ah mes frères, c’est l’indignation qui me fait ainsi tonner dans cette chaire – tant le spectacle de notre misère en notre fin de siècle qui n’a pas encore connu l’Apocalypse pourtant prédite nous navre.
Je ne vais pas ici relater la carrière, s’il mérita ce terme, de notre prochain enfin délivré de ses errances. Né d’obscure origine, qu’il revendiquait plutôt que d’en reconnaître la honte, ne fut-il par la suite qu’une ombre littéraire essayant de parvenir à la lumière des élus éphémères de cette fausse religion qui en a tant trompé, la Littérature? Que figurent ces divers essais en leur genre sinon l’incapacité à une grande œuvre qui au moins aurait témoigné de sa reconnaissance d’avoir été un homme, placé en haut de la quête morale? Au lieu de quoi le voici voué désormais à quelques titres non indignes d’oubli, qui vont dans ma bouche récapituler son effort mesquin, Les Ironies, Le Bordelier, Les Règles, Journal d’Onan, La Chierie qu’en notre temple j’ai scrupule à mentionner en leur vertu provocatrice et malfaisante, mais en tant que son premier Confesseur je me dois d’obéir au devoir de commisération vis-à-vis d’un trépassé hélas voué aux enfers, septième cercle, deuxième giron, là où selon notre Saint Dante il aura été changé en arbre, parlant et se lamentant! Oui, un violent contre lui-même – et d’ailleurs contre l’art –, un infâme que seule l’insistance de sa famille m’oblige par déférence à elle à évoquer! Nos prières hélas lui seraient désormais inutiles, ne nous restent que les pleurs… Je le devine transformé en son arbre éponyme, le cyprès, qu’il avait choisi à l’orée de son parcours, placé sous le signe du cimetière, son lieu, qu’il hantait, décrivait, célébrait aux dépens de ses auditeurs ou hôtes, pour le peu qu’il en connut dans son insociabilité. Car ce fut un égoïste avoué, un Inhomme comme il aimait à se définir, aux valeurs de mépris et de haine, qui professait que l’amour même n’avait de cesse qu’il ne s’éteigne en raison de la souffrance qu’il infligeait.
Songez-y bien, mes frères, son péché fut celui de ne pas s’aimer – car celui qui ne s’aime pas, comment aimerait-il son prochain, son frère même? L’endurcissement le poussait à avouer qu’il n’avait guère chéri ses parents, que les enfants, innocence exempte de toute malignité, comme chacun le constate, lui étaient à détestation, et s’il n’a connu que trop de femmes, au lieu de s’en tenir à une et vénérée, ce n’était point par désintéressement ou générosité, mais pour le paraître, cette propension qu’offrent certains à s’exhiber aux côtés d’actrices, de mannequins, de danseuses, comme il fit, en toute odieuse vanité masculine – d’où son goût répréhensible des dépenses et des mécaniques automobiles, des habits surélégants et des soirées mondaines où le vin lui faisait, en sa verve oratoire, conter d’invraisemblables anecdotes ou facétieuses histoires destinées à le mettre en valeur; devrai-je vous rappeler ici le mot de l’Ecclésiaste «ô Vanité des vanités» qu’il incarna si passagèrement, pour sa punition?
En vérité, je vous le dis, ce douteux défunt devra nous servir d’exemple à ne point imiter, tels les Judas trahisseurs – car il trompait son monde par de plaisants dehors –, les diaboliques Marquis qui mettent en pratique le mal par peur de souffrir, l’infligeant plutôt à autrui, les obscurs romanesques Fowley, qui furent ses modèles! Moi, simple abbé de campagne Bénigne, j’ose vous prévenir en conséquence contre ce bas héros de province, ce scribe peu illustre qui voulut dans ses Litanies rivaliser avec nos vrais Saints qui règlent chacun de nos jours: or tous les siens furent des démons de la plume pénétrant par elle dans le cœur des naïfs Lecteurs!
Et certes je l’avais connu prometteur dans l’enfance, enfant de chœur et de cœur, si j’ose ce trope, avant qu’il ne fût dépravé – déjà – par des fillettes qui, me confessa-t-il, au Collège où il brillait, lui firent commettre le péché d’Adam, notre père à tous, Adam qui signifie le terrestre, le glébeux, et qui fut loin d’être un singe essaimant ça et là dans la terre africaine, comme on voudrait nous le faire accroire au nom de la science ennemie de notre foi révélée. Alors il pouvait augurer d’un jeune homme voué à la condition médiocre qui nous fait tous égaux, au lieu de rechercher l’originalité dans une quête de l’art hostile à toute normalité – autre péché d’orgueil, car il les eut tous, hormis la gourmandise trop empreinte à ses yeux de corporalité –, cela à partir de l’adolescence quand il me rendait encore visite et qu’il pratiquait l’ascèse, en s’égarant dans divers systèmes, bouddhisme, taoïsme, stoïcisme, autant que trotskysme en politique, ce qui témoignait au moins d’un souci hélas qui le quitta bientôt, une fois renoncée toute exigence, sinon épicurienne. Dès lors il fut perdu, tomba dans l’écriture, la quête de la sexualité, l’inespoir dans la mort finale. Qu’il nous soit un exemple, Messieurs, à ne pas suivre, en quoi il aura au moins non démérité entièrement – pour lui trouver une excuse; que ces quelques silhouettes féminines que j’entrevois parmi vous voilées de deuil, ses Sœurs sans doute qu’il avait tant autrefois aimées, sa Servante dévouée qui veilla son cadavre troué de balles, que la mémoire de sa mère qui jamais ne le condamna, nous enseignent à le sauvegarder dans notre mémoire avant, par seules bonté et indulgence, de le confier à l’Oubli qui est l’envers de notre divin Père présent dans son absence même.
Ce Très-bas, saluons-le néanmoins, puisque j’ai ce devoir devant une dépouille, car comme chacun il eut à souffrir et vivre, et ce pendant quarante ans de réflexion, si l’on excepte la décennie d’inconscience dévolue aux jeux et à l’obéissance. Messieurs et frères, je ferai état pour conclure d’une confidence à moi faite dans sa jeunesse et selon laquelle il eût souhaité un jour dominer ses exercices d’écriture découragés afin de pouvoir enfin parler d’une voix qui lui eût été propre, alors que je lui avais fait lire nos père orateurs, qu’il admirait. Puissé-je donc, me substituant à lui dans une certaine ressemblance – car je n’étais pas sans l’aimer pédagogiquement –, avoir été digne des Uns et de l’autre, ce fils non revenu dans la maison paternelle, où sa place est demeurée vide.»

Au cimetière attenant à l’église de la Couture, comme une partie de l’assistance s’étonnait du ton quelque peu vindicatif du prédicateur, la Sœur cadette du défunt, celle qui toujours avait eu la langue acérée, répliqua qu’il s’agissait d’un «Jésuite» – elle entendait dire: féroce par état – et qu’il avait bien fait. L’aînée avait disparu depuis longtemps – vingt ans –, que son frère avait ainsi rejointe dans le seul geste conséquent sur cette terre.

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Oraisons funestes – Jude Stéfan 2003
Paru le 18 février 2003
13 x 21 cm, 112 pages
ISBN 2.87673.369.2
12 €

JUDE STÉFAN Vie de Saint

JUDE STÉFAN Vie de Saint

Nouvelles

«Un Saint : qui vit selon la perfection du Néant en une donnée profane vouée à nudité, vengeance, inimitié, duel, collection de dates, camaraderie, agonie même relatés en style sec ou à l’occasion trivial afin de répondre au pire et diversifié quant à la facture — Histoire, Conte, Récit, Lettre, Nouvelles, alternant en dix Variations.»

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Vie de Saint – Jude Stéfan 1998
Paru le 2 novembre 1998
13 x 21 cm, 112 pages
ISBN 2.87673.265.3
11.50 €

JUDE STÉFAN Scènes dernières

JUDE STÉFAN Scènes dernières

Histoires de vie-mort
Nouvelles

«Encore onze “Histoires de vie-mort”, lesquelles ne font qu’une. Racaille, Retraites, Rats et Ratés nés de vers de La Fontaine; deux éclaircies féminines en non-rencontres de Gina Vialli et de “Le Crémationniste” ; deux amis flaubertiens se retrouvent; puis viendront vers chacun son Jugement déjà premier, son Coma, sa Page des Obsèques, à lui le Nouveau-mort… Au centre: Que des journées !» J.S.

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Scènes dernières – Jude Stéfan 1995
Paru en 1995
13 x 21 cm, 128 pages
ISBN 2.87673.216.5
13 €

JUDE STÉFAN Le Nouvelliste

JUDE STÉFAN Le Nouvelliste

Nouvelles

«Treize mauvaises nouvelles gnostiques! Les jeunes Triestins heureux ne savent pas ce qui les attend: la Beauté accidentée, une Vie de Médiocre, du Suicide dans l’air chez l’oncle Fabian ou chez les germanistes, alors l’inscription au fameux Club de Stevenson, avant la Vieillardise et la notice nécrologique — en illustrations du seul véridique penseur de l’ère : “Un homme qui pratique toute sa vie la lucidité devient un classique du désespoir” (Le Crépuscule des pensées).»

Lire un extrait

(pp. 41-44)
LE NOUVELLISTE
«Egon Roman naquit aux bords de la mer où souvent il se rendait pour écouter le cri des mouettes l’hiver, l’été observer les ébats joyeux des chiens, n’aimant pas ses semblables — trop “normaux” disait-il, c’est-à-dire ayant refusé d’assumer leur originalité propre. Il ne pouvait rien leur dire de lui-même: sinon ils fuyaient. Il fit des études quelconques, quitta l’étouffoir familial et devint tôt nouvelliste à L’Echo rislois, métier consistant à rechercher et débiter des nouvelles, pour n’en citer qu’un exemple, emprunté à l’une de ses voisines, miss Webb venue s’établir depuis son Shropshire natal en France avec son amie: celui d’une vieille fille qui ne recevant jamais de fleurs, eut une fois l’idée, après avoir beaucoup économisé en se privant de l’essentiel, de s’en faire adresser elle-même le jour de sa fête un colis, mais toute à la joie de cette attente, n’en éprouva pas la moindre, sa propriétaire ayant détourné le cadeau vers une homonyme, actrice de cinéma habituée à en recevoir, car elle avait jugé qu’il ne pouvait y avoir de doute sur la destinataire habitant le même immeuble! C’est en se mêlant aux conversations de cafés, en parlant avec des connaissances — il en avait de nombreuses, mais pas d’amis —, en assistant aux séances hebdomadaires du tribunal, en suivant les enterrements ou encore chez le coiffeur, aussi bien en dépouillant les faits divers d’autres journaux qu’en fouillant les vieilles chroniques dans les bibliothèques qu’il parvenait ainsi à toucher une modique mensualité lui permettant de subsister afin de pouvoir écrire ses propres nouvelles. Il en acheva à peine une soixantaine au cours de sa carrière, qui lui ressemblent.
C’était un être antipathique, qui ne serrait jamais la main, répondait régulièrement aller mal (“et les inondations, le cancer, les guerres civiles, ça ne vous fait rien?” rétorquait-il vindicativement), cherchait querelle dans les assemblées, portant sur lui couteau ou pistolet qui surprenaient tôt l’adversaire espérant se battre à la loyale, insultait les prêtres inoffensifs dans la rue ou les ministres au cours des actualités cinématographiques, jurait haut et fort. Il avait emprunté sa devise à une Galloise qui l’avait aimé presque une décennie: “y gwir erbyn y byd”.
Car il eut de nombreux succès féminins, sachant parler aux femmes, avec tendresse et vérité immédiates (“c’est simple, disait-il, il suffit de faire ce que devraient les maris”) et à chaque fois qu’il paria séduire en une seule demi-journée, il gagna. Si on lui demandait son nom, même en présence d’un tiers connu, il en donnait un faux: Aber, Botz, Lamer, Bouxx, Saint-Aubin ou bien Agog, Offal, Skandahl, selon l’inspiration, on lui en compte une trentaine. Il avait constamment assuré qu’il ne supporterait la vieillesse ni l’impuissance, qui commença à se déclarer après la soixantaine. Vers la fin il retournait tout courrier indésirable avec la mention dcd. Il mit donc le feu à sa maison, laquelle il avait acquise à bas prix en milieu de sa carrière pour y passer les fins de semaine à la campagne, après avoir brûlé joyeusement ses milliers de livres inutilement lus sinon par désennui, et disparut, une fois liquidés ses deux comptes en banque, son automobile n’ayant pas été retrouvée sous la grange où il la garait — il avait toujours déclaré vouloir se retirer, soit forfanterie, soit véracité, à Cuba — et en effet il avait rencontré au festival de Cabourg une journaliste de ce pays courageux, cousine de la fameuse athlète Anna Quirot. Depuis longtemps il négligeait la tombe de ses parents. A la cinquantaine il se rasa le crâne et porta en conséquence une casquette de marin, qui le signalait aisément à ses concitoyens. Il ne votait pas, le siècle n’étant son affaire. Une seule chose le maintenait dans l’existence, tant qu’il ne souffrait trop physiquement, le tourment ambigu de la mort, la Salope, la Garce. (Or il fallait bien qu’il mange, dans un restaurant discret, toujours à la même table, dans un coin, le dos tourné aux clients, vers les derniers temps ne buvant plus qu’un demi-verre de vin par repas, ne fumant plus qu’un cigarillo matinal.)
Il marchait calmement, les mains dans les poches depuis l’enfance, ne regardait jamais un passant; il aimait porter un insigne — décoration fictive ou épinglette indéchiffrable. Il laisse six recueils, Ego Roman, la Chierie, le Bordelier, les Règles, Journal d’Onan — tous publiés aux Editions S. Bottin. La nouvelle que nous offrons présentement dans notre anthologie est une des plus connues et représentatives de son style incisif, serré, anti-poétique, cru, “merdique” comme il l’avouait, “Evangile selon Judas”».

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Nouvelliste (Le) – Jude Stéfan 1993
Paru en 1993
13 x 21 cm, 128 pages
ISBN 2.87673.163.0
13 €

JUDE STÉFAN La fête de la Patronne

JUDE STÉFAN La fête de la Patronne

Nouvelles

«Ce titre doit s’entendre moins comme une concession grotesque à des lecteurs indésirables que comme une provocation dégoûtée à l’égard des mœurs humaines découvertes dès les rédactions d’enfance, la perspective d’un triste altruisme pour des jeunes gens infectés d’exigence, la monotonie d’une profession sans âme éclaircie d’amours plurielles, la visite d’un mouroir dominical, ou l’achèvement d’un vaincu de la société: la Fête de la patronne, un toast adressé à l’horreur de naître, la joie d’en finir avec leur curriculum mortis, leur course obligée à l’oubli.»

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Fête de la patronne (La) – Jude Stéfan 1991
Paru en 1991
13 x 21 cm, 160 pages
ISBN 2.87673.124.X
14 €

JUDE STÉFAN Dialogues des Figures

JUDE STÉFAN Dialogues des Figures

Dialogues

«Si l’entrée en littérature, puis son parcours équivalent à un sérieux faux-pas ou impasse, le congé pris peut s’en révéler plutôt désinvolte par la distance qui déprend de ces Figures même admirées, pratiquées et remerciées.Elles représentent ici quinze Noms de l’ère moderne, de Gide à Sollers, affirmés sur un siècle (1880-1980) et donnant lieu à autant de chapitres acerbement dialogués et intitulés Aragon, Céline, Beckett, S. Weil ou autres.» (J.S.)

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Dialogues des figures – Jude Stéfan 1988
Paru en 1988
13 x 21 cm, 144 pages
ISBN 2.87673.008.1
12 €

JUDE STÉFAN Dialogues avec la Soeur

JUDE STÉFAN Dialogues avec la Soeur

Dialogues

Si l’Entretien suppose la libre intrusion d’un interlocuteur chez l’autre, le Dialogue quant à lui réfère à un respect sans concession entre deux êtres intimes, tel qu’on peut le discerner jadis chez Lucien ou Fontenelle, et fomenté d’ironie, de connivence et de surprise.Jude Stéfan poursuit le genre littéraire et le renouvelle dans les objets — l’écriture, la mort, la satire, les chiens, les noms, les mois, les Muses, entre autres — par lesquels Elle et Lui se maintiennent dans leur pur face à face.

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

Dialogues avec la Soeur – Jude Stéfan 1987
Paru en 1987
13 x 21 cm, 192 pages
ISBN 2.87673.000.6
15 €

JUDE STÉFAN Les états du corps

JUDE STÉFAN Les états du corps

Nouvelles

Dix nouvelles ou Variations agencées autour du thème de l’âge et présentant diverses situations changeantes en rupture: la découverte du corps à corps avec les adultes, la perte violente d’un proche qui devient l’origine de l’écriture, un bal ronsardien, une demande en mariage, le bonheur chez les Filles, aimées en tant que compagnes de misère et de plaisir, un célibataire magnifique, le pourrissement final d’hospice, enfin le passage à la légende… Une mise en forme musicale de phrases.

Revue de presse

Libération
(22 janvier 1987)

Jude Stéfan.
 » Troué d’un chagrin fatal  »
Pourquoi 1’affirmation que ce monde n’est qu’une vaste merde emplit-elle le cœur humain d’une telle allégresse ? Comme un prisonnier, je suppose, qui ayant, par de savants calculs, déterminé la date et le mode de son exécution, se roule de joie en apprenant que la finesse de son esprit lui avait permis une exacte prévision. Voilà: j’ai déjà commis deux indélicatesses envers le personnage de Jude Stéfan en employant les mots cœur et esprit. Le livre s’intitule Les états du corps, du corps nous disons bien, et cela est le mieux expliqué aux dernières pages de la dernière nouvelle: « …il pratique le sport dans sa jeunesse, dont il disait que c’était un bonheurphysique en même temps qu’une ineptie de l’âme, qui pour lui était partout dans le corps, les pieds, le sexe, la bouche, mais non dans le cerveau, et c’est pourquoi on la sentait le mieux en faisant l’amour. » (Les misanthropes ont donc une âme Pourquoi faut-il aussi que je vous dévoile tout de go la noirceur finale du héros, moi qui eus le plaisir de découvrir en toute innocence la progression féroce des dix nouvelles de l’enfant aux yeux trop grands ouverts au vieillard cynique ? (Cynique, dans le livre, ne serait pas un adjectif accolé à vieillard, mais un synonyme). Si le cœur vous en dit, arrêtez-vous maintenant de lire cet article, allez acheter Les états du corps de confiance, pourquoi pas ? Il n’y a pas que dans les romans policiers que l’on aimerait préserver une sorte de surprise. Pourtant, il n’y a pas d’intrigue. Et dans ces dix nouvelles, qui s’échelonneront par âge, de douze ans à soixante-dix (y compris la légende, sorte de total en fin d’addition), le héros, qui n’est pas forcément l’auteur, n’est pas non plus toujours le même. « Lathuille Jules, négociant en vin », à l’hospice de vieillards, ne devrait avoir que peu de rapport avec le fonctionnaire gris de la cinquantaine, ou l’écrivain de 35 ans dévôt du stiyle. Mais de l’étonnement à la lucidité, à la déception; du renoncement au refus, c’est toujours de l’Homme qu’il s’agit, cet animal auquel le Sphinx attribuait un nombre de pattes variables. Les états du corps est un roman d’apprentissage qui va jusqu’aux portes de la mort, mot encore inexpliqué, commis à toutes les sauces fallacieuses. A chaque étape, celui qui parle compte ses billes (ou nous les comptons pour lui): à chaque étape il en a moins, et dans cette perspective de l’ascèse et du mépris, chaque fois, il est plus fort. Ce pourquoi, à mon sentiment du moins, les nouvelles vont en intérêt croissant, en puissance accumulée, jusqu’à la magnifique imprécation des vieillards; . « …malheur, à celui qui voudrait nous nous inscrire à des jeux, nous initier au Carrousel, nous faire chanter des psaumes, nous confesser tardivement, nous les vieux disons merde et chiotte à tous les lâches, ceux qui croient en quelque chose… »). Celui qui en déduirait que les premières ne sont pas aussi bonnes n’aurait rien compris: Jude Stéfan est un grand écrivain, chacune de ses phrases semble obligatoire. Depuis le suicide de la sœur aînée (« … On vous le dit, vivants, suicide est un bien grand mot d’aveugle. et de partisans, simple geste libre pourtant et conscient, sans pathétique … »), à la récapitulation des attachements qui restent au misanthrope trentenaire… « qui font que l’on reste néanmoins enclin à vivre, non parce qu’on aime la vie, mais parce qu’elle est le seul lieu connu… « , jusqu’au saut de la cinquantaine, quand aucun plaisir n’est plus là mais qu’il en reste le langage, et l’homme gris trouve sa jouissance à faire des listes de noms, noms propres, noms très communs, « voyelles et consonnes ayant servi à maintenir dans leur fière et passagère durée les êtres, les objets, les lieux avant qu’ils ne disparaissent… » Il va de soi que toute apologie du silence, que toute communication de la solitude, ne peut être qu’une immense contradiction, et que l’écrivain qui écrit l’écrivain renonçant à l’écriture est aussi menteur qu’un Crétois, et que le vieillard sénile retournant doucement à l’état de légume, cabaretier de son état qui plus est, qui part en considérations « fichtéennes sur de sombres weltanschauung » et « le pet quasi métaphysique pour épigones heideggeriens dans la lignée du premier pet de l’homme » est une douce et triste plaisanterie, pour nous réjouir et nous désoler.
Vie de Bélial, la dernière des dix nouvelles est sous-titrée « (dans la légende) ». Hypothétique historiographie par hypothétiques disciples, ce n’est donc plus un  » état du corps  » ? « La vie de Bélial le négativiste ( … ) un des hommes rares qui . eurent le courage de se renier et protester contre l’infamie voilée de leur condition contient les formules les plus concises (du mépris, il faisait vertu… On cite aussi comme de lui que Vivre est impossible, la Mort une saloperie,  » Dieu  » une rocambolade) ». Et les déclarationf, les plus contestables: « Il ne riait jamais car dès que l’homme rit, c’est un porc ». Allons plus loin : l’impropriété évidente de cette allégation (car nous savons tous, n’est-ce pas, qu’un poerc riant à l’idée d’une saucisse serait de facto note frère) confirme par l’absurde le pessimisme absolu du héros: Bélial drapé dans la légende, Bélial déjà trahi par les siens.
Michèle Bernstein

Biographie

Jude Stéfan est né en 1930. Il vit en Normandie, où il mène parallèlement une oeuvre poétique et, depuis 1973, de nouvelliste.

Aux Éditions Champ Vallon
Les États du corps, nouvelles, 1986.
Dialogues avec la Sœur, 1987.
Dialogue des Figures, 1988.
La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991.
Le Nouvelliste, nouvelles, 1993.
Scènes dernières, nouvelles, 1995.
Vie de Saint, nouvelles, 1998.
Oraisons funestes, nouvelles, 2003.
Le Sillographe, nouvelles, 2004.
L'Angliciste, nouvelles, 2006.

Aux Éditions Gallimard
Cyprès, poèmes, 1967.
Libères, poèmes, 1970.
Idylles & Cippes, poèmes, 1973.
Vie de mon frère, nouvelles, 1973.
La Crevaison, nouvelles, 1976.
Aux chiens du soir, poèmes, 1979.
Laures, poèmes, 1984.
À la vieille Parque, poèmes, 1989.
Xénies, essais, 1992.
Élégiades, poèmes, 1993.
Prosopées, poèmes, 1995.
Povrésies, poèmes, 1997.
Épodes, poèmes, 1999.
Génitifs, poèmes, 2001.
La Muse Province, poèmes, 2002.
Caprices, poèmes, 2004.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait
Lettres tombales, 1983.
Gnomiques, 1985.
Faux journal, 1986.
Alme Diane, poèmes, 1986.
Litanies du scribe, 1988.
De Catulle, essai, 1990.
Stances, poèmes, 1991.
Scholies, notes, 1992.
Épitomé, notes, 1993.
Senilia, diurnal, 1994.
Variété VI, essais, 1995.
Silles, journal, 1997.
Variérés VII, 2000.

Aux Éditions La Table ronde
Chroniques catoniques, 1996.

Aux Éditions Ryôan-ji
Suites slaves, poèmes longs, 1983.
Les Accidents, nouvelles, 1984.

États du corps (Les- – Jude Stéfan 1986
Paru en 1986
13 x 21 cm; 160 pages
ISBN 2.903528.80.2
13 €